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[e-med] (4)Les médicaments n'agissent pas sur la plupart des patients
- From: jeromjet@easynet.fr]
- Date: Mon, 15 Dec 2003 04:36:53 -0500 (EST)
E-MED:(4)Les médicaments n'agissent pas sur la plupart des patients
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La plupart des communiqués de presse sur la vie des entreprises ne sont
autres qu'une communication publicitaire en direction du public ou des
investisseurs. Le communiqué de l'AFP intitulé "Les médicaments n'agissent
pas sur la plupart des patients" en est un exemple.
Sous ses airs de reconnaissance d'efficacité non constante des médicaments,
le vice-président de la division "génétique" de GlaxoSmithKline cite des
chiffres aussi peu fondés que ceux présentés par les documents publicitaires
des délégués commerciaux des firmes (ou visiteurs médicaux).
Ainsi, cette personne aurait déclaré que " les médicaments contre la maladie
d'Alzheimer ne sont efficaces que sur moins d'un patient sur trois? "
Un tiers ? Ce n'est pourtant bien loin de ce que montre l'évaluation de ces
médicaments.
Pour la maladie d'Alzheimer, la tacrine a été commercialisée, avec un effet
spécifique à la tacrine chez seulement 10 % des patients, sans qu'on sache
si l'effet se prolongeait au-delà de 6 mois. Ce bénéfice a été acquis au
prix d'une toxicité hépatique importante : en situation de prescription hors
essai clinique, 44% des patients traités avaient une élévation des
transaminases à plus de 5 fois la normale, 20% avaient arrêté prématurément
le traitement pour effets indésirables. La commercialisation de la tacrine a
été progressivement interrompue (Rev Prescrire 1995;15(148):96-100 et 1998;
18(189):736-738 et 2000;20(210):674).
Le donépezil a ensuite été commercialisé. Bilan de l'évaluation : seulement
10 % des patients ont un bénéfice clinique du fait d'un effet spécifique du
donepézil, au prix de nausées, diarrhée, insomnie, crampes musculaires,
asthénie. On ne sait pas si l'effet se prolonge au-delà de 6 mois (Rev
Prescrire 1998;18(185):403-406).
La rivastigmine a été comparée au placebo : seuls 4 % des patients auraient
un bénéfice possible en rapport avec un effet spécifique de la rivastigmine,
au prix de nausées-vomissements, diarrhées, vertiges, etc. On ne sait pas si
l'effet se prolonge au-delà de 6 mois. (Rev Prescrire 1999;19(191):15-17).
Pareil pour la galantamine comparée au placebo : 5 à 13 % des patients
traités par galantamine sont susceptibles d'être cliniquement améliorés par
un effet spécifique de la galantamine, au prix de nausées, vomissements,
diarrhée, douleurs abdominales, dyspepsie (Rev Prescrire 2001 ; 21 (220) :
574-576).
Répétition pour la mémantine comparée au placebo : selon le critère retenu 5
% à 19 % des patients auraient une amélioration clinique par un effet
spécifique de la mémantine, au prix d'hallucinations, vertiges, céphalées.
On ne sait pas s'il se prolonge au-delà de 6 mois (Rev Prescrire 2003 ; 23
(241) : 485-488).
Au moment de leur commercialisation, en l'absence d'essai comparatif de ces
trois derniers médicaments versus donepezil, ou en situation d'échec du
donepezil, on voit mal comment estimer combien de patients ont tiré
réellement un bénéfice de ces médicaments. Il y aurait donc environ 10 % des
patients qui tireraient un bénéfice temporaire du donepezil, et les autres
médicaments apportent un bénéfice supplémentaire probablement proche de 0 %.
Autre affirmation " les médicaments contre le cancer agissent sur un quart
seulement des patients ".
Difficile de mettre tous les médicaments contre le cancer dans un même
panier, mais de quel type d'action s'agit-il ? Il s'agit malheureusement
souvent d'une diminution partielle et temporaire de la taille de la tumeur
sans modification de la durée survie.
Dernière affirmation déjà nettement plus publicitaire : " En 2002, le groupe
a dépensé 2,7 milliards de livres (près de 4 mds EUR) dans la recherche,
soit plus de 400.000 euros de l'heure. Cela porte le coût moyen d'un
médicament avant sa mise sur le marché à 500 millions de livres (700 M EUR)
".
Comme par hasard, on retombe encore une fois sur le chiffre estimé par le
Trufts Center for the Study of Drug Development pour le coût de recherche et
développement d'un nouveau médicament, soit environ 800 M dollars US. Le
principal client de cette entreprise est l'industrie pharmaceutique, les
calculs sont invérifiables et contestables. Cette estimation ne concerne que
les nouvelles entités chimiques totalement développées en interne. En
réalité, une partie seulement de ce coût est dépensée par les firmes, car la
moitié correspondent à des coûts financiers, sans décaissement (Rev
Prescrire 2003;23(244):782-787).
On suspecte donc que le calcul ait été fait à l'envers : puisque le coût
habituellement annoncé est d'environ 700 M EUR par nouveau médicament, on va
donc déclarer que GSK a dépensé 4 milliards EUR en 2002. Ça tombe bien,
c'est un peu plus que les dépenses de promotion de GSK en 2002 : un peu
moins de 3 millliards EUR.
La conclusion a en tirer est que recevoir ces communiqués de presse n'est
pas très différents de recevoir les représentants commerciaux des firmes
pharmaceutiques. La seule information valable à en tirer est interrogative :
quel est leur objectif ? quel terrain préparent-ils ? Le reste n'est
qu'emballage sans intérêt.
Jérôme Sclafer
Rédacteur la revue Prescrire
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