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[e-med] L'industrie pharmaceutique sans scrupule
- From: "SEYLER, Abidjan" <dseyler@club-internet.fr>
- Date: Tue, 15 Apr 2003 08:56:20 -0400 (EDT)
E-MED:L'industrie pharmaceutique sans scrupule
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Libération mercredi 09 avril 2003
L'industrie pharmaceutique sans scrupule
Philippe Pignarre, ex-cadre dans un grand laboratoire, dénonce la dérive du
secteur.
Par Florent LATRIVE
Au hit-parade des grands méchants du monde moderne, l'industrie
pharmaceutique occupe désormais une place assez paradoxale, quelque part
entre les marchands de canons et les dictateurs. Entre autres explications à
ce phénomène, il y a bien sûr le procès de Pretoria, où l'on a vu 39 des
plus grands labos du monde vouloir interdire aux malades africains du sida
l'accès aux trithérapies, au nom de la défense de leurs brevets. Avant de
reculer devant la réaction outrée de l'opinion publique. C'était en 2001 et
l'effet de souffle de ce Vietnam moral n'en finit plus d'éclairer d'une
lumière glauque le moindre scandale.
Dans son Grand Secret de l'industrie pharmaceutique, Philippe Pignarre tente
d'expliquer comment et pourquoi celle-ci «a dilapidé tout le capital de
sympathie que lui avaient procuré les innovations thérapeutiques qui ont
changé la vie des habitants des pays riches» pour apparaître aujourd'hui
comme «un des secteurs du capitalisme parmi les plus avides au gain, les
plus dénués de scrupule». Pignarre, ex-cadre dans un grand labo pendant
dix-sept ans, réfute l'explication simpliste de la brochette d'ordures
sacrifiant l'Afrique pour le confort de leurs actionnaires. Son «grand
secret» est avant tout une crise de croissance : l'industrie pharmaceutique
est acculée, dit-il, par un ralentissement phénoménal de l'innovation de
moins en moins de médicaments mis sur le marché chaque année, pour des
budgets de recherche toujours croissants. Un effet ciseau qui menace
l'existence même des labos.
Face à cette baisse de rendement, l'industrie pharmaceutique ne cesse de
multiplier les tactiques dans une sorte de bougisme déroutant : gober son
voisin et créer de gigalabos, ou flirter avec de petites firmes de
biotechnologies innovantes. Mais les labos réagissent aussi par les
dérapages les plus délirants, de la raideur dogmatique dans la défense des
brevets à l'invention de maladies, en passant par les pressions sur les
médecins ou les Etats.
Philippe Pignarre en est certain, toutes ces stratégies dictées par
l'urgence ne changeront rien. Selon lui, les laboratoires ne sortiront de
cette impasse, autant morale qu'économique, qu'avec une intervention accrue
des citoyens.
C'est donc un appel franc à une solution politique, qui n'aurait rien dans
ce cas d'un crime de lèse-marché tant le marché des médicaments est déjà
«l'un des moins libres qui soient». Contrôles nombreux de la puissance
publique, autorisations administratives, «les médicaments s'inventent dans
une procédure politique, dont tout le monde peut être amené logiquement à se
mêler», rappelle-t-il. Les citoyens doivent donc se mêler résolument de la
recherche elle-même, et l'aiguiller dans des directions choisies
démocratiquement (par l'Etat, mais aussi les malades eux-mêmes) et ainsi
éviter l'inflation de médoc comme-le-précédent-mais-un-peu-mieux. Pignarre
plaide aussi pour une réforme du système mondial des brevets, réforme sur
laquelle, justement, les pays en négociation à l'OMC ne parviennent toujours
pas à s'entendre. Si toutes les pistes évoquées ne sont pas également
convaincantes, la conviction de Pignarre semble juste : les grands labos ne
se sauveront pas eux-mêmes, et seule la politique peut les aider .
[Modérateur: il s'agit du livre ^récédemment présenté par Serge
Barbereau.CB]
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