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[e-med] (2)Corruption et traffic de médicaments en Albanie


  • From: "Marina Benedik" <m.benedik@psf-ci.org>
  • Date: Fri, 31 Jan 2003 11:16:51 -0500 (EST)

E-MED: (2)Corruption et traffic de médicaments en Albanie
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Rebond sur l'article de l'AFP : Corruption et trafic de médicaments en
Albanie (23/01/03)

Le décès d'un patient albanais imputé au non paiement de pots-de-vin à ses
chirurgiens a déclenché une polémique sur la corruption du corps médical.

Au cours de la dernière décennie, Pharmaciens Sans Frontières-Comité
International a développé plusieurs programmes en Albanie. L'association a
acquis une certaine connaissance du secteur pharmaceutique et médical
albanais. Témoin privilégié de pratiques déontologiquement condamnables
(dessous de table, « business » de médicaments, racket des patients, etc.),
l'article de l'AFP occulte, selon nous, un élément beaucoup plus préoccupant
: la faillite du système de santé publique. Vu sous cet angle, ces dérives
peuvent apparaître comme les avatars de dysfonctionnements structurels et de
choix politiques partiellement dictés par les institutions financières
internationales.

A la fin des années 80, les infrastructures, la formation et les
rémunérations des personnels médicaux atteignaient un niveau honorable.
L'accès des patients aux soins (coût, qualité de prise en charge,
traitements, etc.) étant garanti par l'état. En une quinzaine d'années, la
situation n'a cessé de se détériorer pour atteindre aujourd'hui un niveau
alarmant.

Le secteur pharmaceutique public n'échappe pas au marasme. Même si les
hôpitaux consacrent une part très importante de leurs faibles budgets à
l'achat de médicaments et de consommables médicaux, les besoins sont loin
d'être couverts. Pour les patients, l'unique alternative reste alors le
recours à un secteur privé florissant. Les « officines » privées sont légion
aux abords des hôpitaux quand elles ne se situent pas à l'intérieur même des
enceintes. Les chances d'y trouver le médicament approprié sont aléatoires
mais une personne en blouse blanche peut souvent proposer un produit de
substitution?

Concernant l'approvisionnement en médicaments, les autorités
médico-sanitaires disposent de moyens trop faibles pour exercer leurs
prérogatives. Malgré l'existence de sociétés spécialisées et le timide
développement de l'industrie pharmaceutique, une large part des produits est
importée en marge des circuits officiels pour palier la pénurie chronique.
Faute de contrôles, de surveillance et de scrupules, cette situation laisse
la porte ouverte à tous les dérapages.
L'assistance humanitaire n'est pas non plus exempte de reproches. Lors de la
« crise du Kosovo », le pays a facilité l'arrivée de l'aide en ouvrant
largement ses frontières. PSF-CI a entrepris de centraliser les dons de
médicaments en provenance de France (laboratoires, hôpitaux, associations,
etc.) et constaté, une fois encore, les effets néfastes d'une certaine forme
de générosité. L'étude des donations, toutes origines confondues (Etats
Unis, pays européens et arabes), menée en collaboration avec l'OMS a montré
que : la moitié des produits reçus était inadaptée, les dénominations de
près d'un tiers des médicaments étaient inconnues des pharmaciens albanais,
enfin, 65% des produits étaient périmés ! Parallèlement, des tonnes de
donations directes ont engorgé les pharmacies hospitalières et déstabilisé
durablement leur gestion. Le marché noir a su, bien entendu, profiter de
cette manne inespérée?

Au-delà de toute polémique, le fait divers révélé dans l'article de l'AFP
illustre une triste réalité : l'Etat albanais n'est plus en mesure d'assurer
à ses citoyens l'accès à des soins de qualité et un niveau de rémunération
satisfaisant aux personnels de santé. Dés lors, les pratiques dénoncées ne
sont-elles pas avant tout les funestes conséquences de l'effondrement du
système de santé public ? Dans l'affirmative, on peut déplorer que la survie
de l'offre de soins publique passe par une « privatisation informelle ». Ce
constat peut être étendu à nombre de pays à ressources limitées. Les effets
de la crise du Kosovo dans les pharmacies hospitalières albanaises montrent
comment la « générosité dangereuse » aggrave la situation et combien elle
est préjudiciable aux efforts de réorganisation d'un secteur sinistré. Dans
les pays donateurs, l'adoption de cadres législatifs basés sur les
recommandations de l'OMS et les besoins exprimés par les autorités
sanitaires des pays bénéficiaires permettraient d'éviter ces écueils. Face à
l'inconséquence de certains acteurs de l'aide humanitaire, on peut espérer
que de telles mesures favoriseraient les politiques de développement
durable.

Marina BENEDIK (Directeurs des missions) et Jérôme SCHELL (Assistant
technique)
Service Missions, Pharmaciens Sans Frontières-Comité International
m.benedik@psf-ci.org

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