[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]

[e-med] Troubles du goût d'origine médicamenteuse


  • From: remed@remed.org
  • Date: Thu, 30 Jan 2003 04:16:15 -0500 (EST)

E-MED: Troubles du goût d'origine médicamenteuse
---------------------------------------------------------------------

MINIDOSSIER du CNHIM ? Décembre 2002 ? n°4

EFFETS INDESIRABLES
Troubles du goût d'origine médicamenteuse

Le goût peut être modifié par des médicaments appartenant à des classes
pharmacologiques différentes. L?altération de cette fonction sensorielle
peut avoir deux conséquences : quantitative, diminution de l?acuité
gustative (hypo ou agueusie) et qualitative, distorsion du goût
(dysgueusie). Cette dysgueusie survient au cours des repas et donne à la
nourriture un goût inattendu et souvent désagréable ; elle peut être plus ou
moins permanente en dehors des repas (fantogueusie) (1). Les changements
peuvent altérer l?appétit, la prise de nourriture, modifier la qualité de
vie et nécessiter l?arrêt du médicament. Chez le sujet âgé, l?élévation du
seuil gustatif peut partiellement contribuer à l?anorexie, fréquente dans
cette catégorie d?âge.

Les cellules réceptrices gustatives sont contenues dans les papilles. Elles
se trouvent essentiellement au niveau de la face dorsale de la langue, mais
aussi du voile du palais, de la face liguale de l?épiglotte, du pharynx, du
larynx et du tiers supérieur de l??sophage. L?innervation est assurée par
les nerfs facial, glossopharyngien et vague (2).

Le mécanisme de transformation du signal gustatif en influx nerveux au
niveau de la cellule gustative fait intervenir des canaux sodiques, des
canaux potassiques, des canaux calciques voltage dépendants, et des
récepteurs liés à des protéines G (2).

Différents mécanismes (3-5) ont été suggérés pour expliquer ces troubles,
parmi lesquels :
- une altération des flux d?ions des canaux précités,
- une altération de la fonction des protéines G,
- une chélation ou une déplétion en zinc,
- une perturbation du catabolisme de la bradykinine dont l ?augmentation
altère le système second-messager de la cellule gustative notamment.

Différents médicaments peuvent être responsables de troubles du goût parmi
lesquels :

Inhibiteurs de l?enzyme de conversion (IEC) :
Parmi les médicaments antihypertenseurs, c?est avec le IEC que des troubles
du goût ont été le plus souvent rapportés.
- Avec le captopril (2), des ageusies, dysgueusies ont été rapportées. Il
existe un effet dose
puisque les effets indésirables sont rapportés chez 1 à 3% des patients
traités par une posologie supérieure à 150 mg par jour, pour s?élever à 6
voire 10 % des patients traités par une posologie supérieure à 150 mg jour.

L?existence d?une insuffisance rénale pourrait constituer un facteur
favorisant ; par ailleurs, une prédominance féminine a été constatée dans
certaines études.

Le trouve gustatif apparaît classiquement au cours du premier mois de
traitement, mais peut également survenir au-delà du troisième, voire du
sixième mois. Il peut être transitoire et céder malgré la poursuite du
traitement au cours des 5 semaines suivantes, même si la posologie est
augmentée, ou bien persister tant que le médicament est administré.

Les symptômes cèdent en général en 10 à 14 jours après arrêt du traitement.
Cependant, certains auteurs ont rapporté une persistance de l?effet plus de
6 mois après l?arrêt du traitement.
- Avec d?autres IEC, des troubles du goût ont également été rapportés mais
avec une
incidence inférieure à celle du captopril : énalapril*, 0.2 à 0.5%,
quinapril 0.6 %, fosinopril* 0.6 à 0.7 %, ramipril* inférieur à 0.1 % (2),
lisinopril*.

Comme d?autre peptidases, l?enzyme de conversion de l?angiotensine est une
métallo-protéase, enzyme zinc-dépendante. Les IEC agissent en complexant le
site zinc actif. Les troubles du goût sous IEC pourraient être expliqués,
soit par la chélation de zinc nécessaire à la synthèse de protéine, soit par
la chélation de zinc au niveau de récepteurs actifs du goût, également
zinc-dépendants (6). L?hypothèse d?une chélation du zinc a été largement
discutée, mais pour certains patients, une supplémentation en zinc s?est
révélée inefficace. D?autres hypothèses ont alors été proposées : carence en
sélénium, lésions buccales infra-cliniques, perturbation du système
second-messager de la cellule gustative par augmentation de concentration de
bradykinine.

Inhibiteurs calciques et autres médicaments en cardiologie
- Une dysgueusie, de délai d?apparition variable, et d?évolution favorable
en 24 à 48 heures
à l?arrêt du traitement, a été rapportée chez deux patientes traitées par
nifédipine. Une supplémentation en zinc et vitamines s?est avérée inefficace
chez l?une d?entre elles.

Par ailleurs, un cas d?agueusie a été rapporté après l?introduction de
diltiazem chez un patient, alors que la nifédipine précédemment utilisée n?
avait pas provoqué de trouble gustatif (2).
Cet effet pourrait résulter d?un blocage des canaux calciques impliqués dans
le fonctionnement de la cellule gustative.

D?autres inhibiteurs calciques tels que l?amlodipine* ou des bêtabloquants
sont également cités, mais leur rôle est difficile à évaluer en raison d?une
association fréquente à des médicaments classiquement pourvoyeurs de
troubles gustatifs tels que les IEC.

- Parmi les autres médicaments du système cardiovasculaire, les
antiarythmiques telle que
l?amiodarone*, les anticoagulants anti-vitamines K, les héparines et la
molsidomine, seraient également à l?origine de troubles du goût.
Des cas ont aussi été publiés avec les sartans notamment le losartan (7)

D-pénicillamine**
Des agueusies partielles ou totales, des hypogueusies et des dysgueusies
métalliques ont été rapportées.
Elles apparaissent en général au cours des 6 premières semaines de
traitement. L?évolution est généralement favorable en 2 à 6 mois, que le
traitement soit arrêté ou non. En fonction de la dose utilisée, les
dysgueusies apparaissent chez 10 à 25 % des patients et chez plus de 50 %
des patients lorsque la dose journalière dépasse 900 mg (2.8).
La dysgueusie semble liée à une déficience en cuivre ou en zinc, mais la
relation entre le trouble du goût et l?excrétion urinaire de cuivre n?a pas
été démontrée. Les concentrations plasmatiques de cuivre correspondent aux
valeurs limites normales et la supplémentation en cuivre ne s?est pas avérée
efficace. Dans une autre étude, une supplémentation en zinc, chez les
patients ayant de faibles concentrations plasmatiques en zinc a permis de
recouvrer le goût.
Les dysgueusies n?ont pas été observées dans plusieurs études utilisant la
D-pénicillamine chez les enfants.

Antithyroïdiens de synthèse
Les troubles du goût (dysgueusie, agueusie) constituent un effet indésirable
rare mais bien établi de plusieurs antithyroïdiens de synthèse (9-10) dont
le carbimazole** et le propylthiouracile. Le trouble gustatif survient dans
un délai moyen de 5 semaines. Des sensations de brulures buccales peuvent s?
y associer. L?évolution est généralement favorable à l?arrêt du traitement,
dans un délai variable de 10 jours à 10 semaines.
Le rôle du groupement SH (thiol) présent dans tous les antithyroïdiens de
synthèse a été évoqué à l?origine de cet effet. Ses capacités de liaison au
zinc pourraient provoquer, par le biais d?une réduction des taux de zinc
salivaire, une diminution de la synthèse de la gustine, protéine du goût
zinco-dépendante (2). Par ailleurs, des troubles du goût ont été observés
chez des patients avec hypothyroïdie primaire sans aucun traitement (11)

Autres médicaments
D?autres médicaments peuvent être cités :
- la zopiclone*, à l?origine d?un goût amer à distance de la prise orale,
- certains antidépresseurs : fluoxétine, lithium
- les antimigraineux : élétriptan*,
- certains anti-infectieux à l?origine de dysgueusies : métronidazole,
clarithromycine, foscarnet, zalcitabine*, indinavir*, ritonavir*,
voriconazole*, kétoconazole, fluoroquinolones (8).

* effet indésirable « dysgueusie » présent dans le RCP
** effet indésirable « agueusie » présent dans le RCP
Pas d?* : pas d?information dans le RCP

Références bibliographiques :
1. Le Manuel Merck, 3éme édition, 1999, MH Beers, R. Berkow ?
2. Ratrema M, Guy C, Nelva A, Benedetti C, Beyens MN, Grasser L, Ollagnier
M. Troubles du goût d?origine médicamenteuse : analyse de la banque
nationale de pharmacovigilance et revue de la littérature. Thérapie 2001 ;
56 : 41-50 .
3. Henkin RI. Drug-induced taste and smell disorders. Incidence, mechanisms
and management related primarily to treatment of sensory receptor
dysfunction. Drug Saf 1994 ; 11 (5) : 318-77.
4. Ackerman BH, Kasbekar N. Disturbance of taste and smell induced by drugs
. Pharmacotherapy 1997 ; 17 (3) : 482-96
5. Henkin RI, Schecter PJ, Friedewald WT, Demets DL, Raff M. A double blind
study of the effect of zinc sulfate on taste and smell dysfunction. Am J Med
Sci 1976 ; 272 (3) :285-99.
6. Abu-Hamdan DK, Desai H, Sondheimer J, Felicetta J, Mahajan J, McDonald F.
Taste acuity and zinc metabolism in captopril-treated hypertensive male
patiens. Am J Hypertens 1988 ; 1 (3) :303S-308S.
7. Heeringa M, Puijenbroek EP. Reversible dysgueusia attributed to losartan.
An Intern Med 1998 ; 129 (1) : 72
8. Meyler?s side effets of drugs. 14th edition, 2000, MNG Dukes, JK Aronson.
9. Emy P et coll. Agueusie due aux antithyroïdiens de synthèse : étude de la
physiopathologie et traitement par le sulfate de zinc. Une observation. Rev
Fr Endocrinol Clin 1988 ; 26 : 251-255
10. Tauveron I et Thieblot P. Régression d?une dysgueusie au
propylthiouracile avec traitement apr le zinc. Thérapie 1991 ; 46 : 410.
11. McConnell RJ, Menendez CE, Smith FR, Henkin RI, Rivlin RS. Defects of
taste and smell in patients with hypothyroidism. Am j Med 1975 ; 59 (3) :
354-64



--
Adresse pour les messages destinés au forum E-MED:
<e-med@usa.healthnet.org>
Pour répondre à un message envoyer la réponse au forum
ou directement à l'auteur.
Pour toutes autres questions addresser vos messages à :
<e-med-help@usa.healthnet.org>