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[e-med] Corruption et traffic de médicaments en Albanie
- From: remed@remed.org
- Date: Thu, 23 Jan 2003 03:56:17 -0500 (EST)
E-MED: Corruption et traffic de médicaments en Albanie
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La corruption met des vies en danger en Albanie
TIRANA, 23 jan (AFP) - 9h31 - Bien que combattue par le gouvernement, la
corruption est largement répandue en Albanie, notamment dans le secteur de
la santé où ce fléau mine le fonctionnement des hôpitaux et met
épisodiquement en danger la vie des patients.
"La corruption entache la réputation du corps médical albanais", dénonce le
responsable de l'Ordre des Médecins, Dine Abazi.
Le responsable vient de saisir la justice après la mort d'un malade
hospitalisé à Korça (sud-est) que les médecins n'ont pas voulu opérer parce
qu'il n'avait pas versé les pots-de-vin exigés.
Ces versements illégaux d'argent, généralement incontournables pour pouvoir
accéder aux soins, peuvent atteindre des montants relativement élevés dans
un pays où le salaire mensuel moyen est de quelque 150 euros.
Admis à l'hôpital de Tirana, où la gratuité est en principe la règle,
Dhimiter Bixho a récemment dû payer plus de 1.000 euros à un médecin pour se
faire opérer de la vésicule biliaire. Une intervention qui s'est, de
surcroît, rapidement, mais tardivement avérée inutile : l'ablation de
l'organe en question avait été réalisée plus de dix ans auparavant !
"J'avais très mal au ventre et le médecin, après m'avoir ausculté durant
deux minutes, m'a dit que je devais être traité en urgence. Je n'ai pas
trop réfléchi même si les pots-de-vin réclamés me paraissaient trop
importants", témoigne cet homme de 50 ans, alité depuis une semaine dans une
chambre crasseuse, froide et sombre de l'hôpital.
"Nous sommes en train d'examiner le dossier", assure sans conviction le
Conseil de l'Ordre, d'autant plus mal à l'aise que le "scandale" met en
cause un des chirurgiensles plus connus en Albanie.
Sans faire référence à des cas précis, le Premier ministre Fatos Nano, a
lancé un sévère avertissement à "tous ces médecins qui mettent en péril la
vie des patients".
"L'irresponsabilité dont ils font preuve oblige beaucoup de gens à dépenser
tout leur argent pour se faire soigner à l'étranger", a déploré M. Nano.
Les témoignages sur les bakchichs touchés dans les hôpitaux albanais par le
corps médical sont légion.
Avant même de consulter un praticien, le malade a pour premier réflexe de se
renseigner sur le montant de "l'enveloppe" qu'il devra lui remettre.
Pour une opération chirurgicale, il doit s'attendre à dépenser entre 500 et
2.000 euros. Un avortement coûte entre 100 et 300 euros.
Pour tout service rendu, une infirmière exige un minimum de 10 euros et les
patients sont "taxés" depuis l'accueil jusqu'à la sortie de l'hôpital.
La situation n'est pas meilleure dans les cliniques privées où les médecins,
par cupidité, n'hésitent pas à diagnostiquer des maladies imaginaires.
"Notre intérêt est de nous lier la clientèle", reconnaît une pédiatre de
Tirana, qui partage son activité entre l'hôpital public et une clinique
privée.
Selon elle, le système est bien rodé et "fonctionne à la perfection", de la
consultation aux résultats d'analyses --souvent faux--, en passant par la
prescription d'une liste interminable de médicaments que le patient doit
acheter dans une pharmacie "recommandée" par les médecins.
Ces derniers touchent en général 10% du montant de la valeur des médicaments
prescrits et vendus. "Ils ont donc tout intérêt à prescrire le plus grand
nombre de médicaments, et parmi les plus chers, même si ces produits peuvent
avoir des effets nuisibles sur leur santé", fustige Gjergji Leka, un
responsable de la Santé publique albanaise.
"La mafia qui chapeaute le secteur des médicaments menace la vie de milliers
de personnes", s'indigne, dans un entretien avec l'AFP Sali Berisha, un
cardiologue, ancien chef d'Etat et actuel dirigeant de l'oppositon.
Selon lui, "le marché pharmaceutique est entre les mains de trafiquants qui
font entrer en Albanie des stocks de produits périmés, représentant un vrai
danger pour la santé" des Albanais.
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