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[e-med] Un labo chinois sort son «cocktail» antisida
- From: remed@remed.org
- Date: Tue, 21 Jan 2003 03:54:46 -0500 (EST)
E-MED: Un labo chinois sort son «cocktail» antisida
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Un labo chinois sort son «cocktail» antisida
Une société privée va produire un traitement dix fois moins cher que ceux
importés.
Par Pierre HASKI
samedi 18 janvier 2003
La Chine refuse toujours de s'engager dans la production de médicaments
génériques.
Le «cocktail» de la société Desano est donc à base de deux molécules tombées
dans le domaine public et d'une autre dont le brevet a été acheté.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=81892
Shanghai envoyé spécial
Les médicaments antisida «made in China» vont bientôt faire leur apparition
sur le marché chinois, mais pas dans des conditions qui permettront à
l'immense majorité des malades d'y accéder. Li Jinliang, le jeune PDG de
Desano, une société pharmaceutique chinoise privée, fait lui-même visiter à
Libération son usine toute neuve du quartier de Pudong, à Shanghai, où des
ouvriers sont en train d'installer les unités de production des composants
des trithérapies antisida. Le «cocktail» produit par son entreprise sera
disponible fin janvier, mais Li Jinliang précise aussitôt, pour dissiper
toute attente irréaliste, que seuls 1,5 % environ du million de Chinois
officiellement contaminés par le virus VIH y auront accès. La production
initiale sera de 20 000 doses, mais la capacité de production
installéepourrait, selon le PDG, toucher 500 000 patients.
Abandon. Le traitement de Desano coûtera «entre 3 000 et 5 000 yuans» (entre
375 et 625 euros) par an, soit dix fois moins que les produits importés,
mais toujours hors de portée de la plupart des malades, en particulier les
centaines de milliers de paysans pauvres de la province du Henan, dans le
centre de la Chine, contaminés en vendant leur sang dans les années 90.
Selon certains médecins, le gouvernement envisagerait de distribuer
gratuitement le «cocktail» de Desano dans le Henan.
Mais, jusqu'ici, les villages sinistrés, auxquels ni la presse, ni les
humanitaires étrangers n'ont accès, restent privés de soins. Une situation
d'abandon en contradiction avec l'importance que le gouvernement chinois
affirme désormais accorder à cette épidémie qui, selon l'ONU, pourrait
toucher 10 millions de personnes avant la fin de la décennie.
C'est que la Chine refuse toujours de s'engager dans la production de
génériques, ces copies de médicament vendues très peu cher. Pour une raison
d'affichage politique et surtout d'intérêts industriels.
Pour contourner les brevets et produire ces génériques, la Chine devrait
décréter un état de catastrophe sanitaire sur le sida, un pas que ses
dirigeants, en partie pour des raisons de prestige, n'ont pas voulu
franchir jusqu'ici. «Je ne peux pas dire s'il faut le faire, ce n'est pas à
moi de le faire, c'est au gouvernement de dire si cette épidémie menace les
fondements de la santé publique», commente prudemment le PDG de Desano, dont
le client est le ministère de la Santé. Résultat, le «cocktail» de Desano,
à base de didanosine et de stavudine (deux molécules tombées dans le domaine
public) et de névirapine (dont le brevet a été acheté par la société)
devrait être produit «dans le strict respect des droits de la propriété
intellectuelle».
Négociation difficile. Ce mélange est déjà critiqué par les spécialistes du
sida, pour ses effets secondaires douloureux pour les malades. Li Jinliang
reconnaît qu'il serait effectivement préférable de produire de la lamivudine
à la place de la névirapine, mais c'est le géant pharmaceutique
GlaxoSmithKline qui en détient le brevet. «Nous allons négocier avec Glaxo,
mais ça semble assez difficile», redoute-t-il. Un autre laboratoire chinois
également habilité à produire des trithérapies, Northeast General
Pharmaceutical Factory, se trouve dans la même situation. Glaxo
s'apprêterait en effet à investir dans un centre de production à Tianjin, à
l'est de Pékin, afin de prendre sa part de ce vaste marché, la lamivudine
étant utilisée, outre le sida, pour le traitement de l'hépatite B. «Malgré
ses prises de position officielles dans les négociations internationales,
Pékin semble plus intéressé par l'investissement de Glaxo que par la
promotion des produits génériques», note un expert du dossier.
«Supériorité». En plus de favoriser, sur son sol, l'investissement des
grands laboratoires étrangers, la Chine veut promouvoir l'émergence de
grands groupes nationaux, et redoute que le choix des génériques ne leur
ferme l'accès aux marchés des pays développés. Le pays compte pas moins de 6
000 entreprises dans ce secteur, dont pas une n'a encore atteint la taille
critique. «D'ici cinq ans, de nombreux regroupements auront eu lieu, et
grâce à notre travail sur le sida, nous avons acquis une supériorité»,
confie le PDG de Desano. Cette toile de fond industrielle explique en partie
l'attitude prudente du gouvernement chinois, qui n'a reconnu qu'à reculons
l'existence, puis l'ampleur, de l'épidémie de sida. Il aura fallu la visite
du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, cet été, pour que Pékin s'engage
plus sérieusement. La journée mondiale du 1er décembre en a été la première
démonstration. Mais le passage à l'acte semble encore douloureux.
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