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[e-med] Dossier génériques du Monde diplomatique
- From: "Christophe luyckx" <cluyckx@hotmail.com>
- Date: Fri, 27 Dec 2002 09:29:12 -0500 (EST)
E-MED: Dossier génériques du Monde diplomatique
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Pour info, il y a un dossier très intéressant sur le développement et les
génériques à l'url suivante....
http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/generiques/
Christophe Luyckx
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L'ÉCHEC DE DEUX ANNÉES DE NÉGOCIATIONS
A l'OMC, toujours pas d'accord sur les médicaments
(23 décembre 2002)
Doha, novembre 2001 : les discussions de l'Organisation mondiale du commerce
(OMC) menacent d'achopper sur la question de l'accès aux médicaments
génériques. Emmenés notamment par le Brésil, les pays pauvres refusent un
compromis qui ne comporterait pas un volet leur permettant de procurer à
leurs populations des traitements antisida. La conférence est sauvée par
l'Union européenne (UE), qui obtient des Etats-Unis la promesse que ce point
sera réglé avant la fin 2002. La presse s'extasie : la mondialisation ? - ça
marche !
Depuis cette date, cinq millions de personnes ont contracté le virus du sida
(VIH) ; environ un million d'entre elles étaient des enfants de moins de 15
ans. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le
paludisme, monté par l'ONU, n'a réuni qu'un dixième des sommes nécessaires,
et se trouve au bord de la cessation de paiement (1). Et la promesse de Doha
vient de voler en éclats. Vendredi 20 décembre, à Genève, les ambassadeurs
réunis pour donner une réponse formelle à la question des génériques ne sont
pas parvenus à s'entendre.
Tout juste nommé représentant au commerce par M. George W. Bush, en mars
2001, M. Robert Zoellick avait suggéré que la position des Etats-Unis serait
plus flexible que celle de l'administration précédente : « Qu'il s'agisse du
travail des enfants, du travail forcé ou du VIH/sida, nos compatriotes
doivent se confronter à ces sujets. Et, franchement, les compagnies
pharmaceutiques devraient le faire aussi. Sans quoi l'hostilité que cela
engendre mettra en péril l'ensemble du système de la propriété
intellectuelle. » Vendredi 20 décembre, l'ordre de rompre les négociations
est venu, d'après le Guardian de Londres, directement du vice-président
Richard Cheney, soumis à un intense lobbying des compagnies pharmaceutiques
qui - est-ce un hasard ? - figurent parmi les principaux financiers des
récentes campagnes électorales républicaines.
A Genève, « 143 pays sur 144 avaient atteint un consensus », se lamente le
négociateur brésilien Antonio de Aguiar Patriota. Un consensus considéré
comme inacceptable à la fois par les associations qui, depuis 1999, alertent
l'opinion publique et mobilisent pour l'accès aux traitements dans les pays
pauvres, et estiment trop contraignantes les conditions mises à
l'exportation de génériques, et par les Etats-Unis, pour des raisons
opposées. La quasi-totalité des brevets pharmaceutiques sont contrôlés par
des firmes installées aux Etats-Unis, au Canada, dans l'Union européenne, en
Suisse et au Japon. Ce sont aussi les principaux marchés pour les
médicaments. Au final, le système fonctionne à merveille pour ces
industries, qui d'année en année engrangent des profits gigantesques.
Vertige impérial : la crainte qu'elles affichent est de voir apparaître, au
Brésil et en Inde, de nouveaux industriels qui « profiteraient » de la
situation pour gagner des marchés !
Le point de rupture, cette fois-ci, aura porté sur l'étendue (scope) de
l'accord : impossible, pour l'industrie, d'accepter que les pays définissent
eux-mêmes leurs besoins sanitaires. L'offre américaine concernait
exclusivement le sida, la tuberculose et le paludisme, plus une liste
limitative de maladies tropicales (dont l'ebola, maladie pour laquelle... il
n'existe aucun traitement). Oublié, le fait que les Etats-Unis avaient
menacé de suspendre le brevet de Bayer sur la ciprofloxacine, en octobre
2001, pour faire face à une attaque biologique à l'anthrax, la maladie du
charbon (5 morts).
Faut-il regretter l'échec du 20 décembre ? Pour l'ONG britannique Oxfam, les
pays riches « portent la responsabilité de l'échec. (?) Ils ont placé sur
les pays en développement une pression politique énorme pour leur faire
céder du terrain et pour qu'ils prolongent les négociations à l'OMC aussi
longtemps que possible, afin d'affaiblir leur résolution. (?) Quant aux
propositions faites par l'Union européenne - qui se présente comme
l'intermédiaire dans cette négociation -, elles furent constamment
inacceptables. Pis, l'UE s'est alignée sur les Etats-Unis à propos de
l'étendue de l'accord (2). »
Médecins sans frontières (MSF) estime qu'il est maintenant « temps de
rechercher des solutions en dehors de l'OMC. S'il existait la moindre
flexibilité, les Etats-Unis en auraient déjà fait part. Cet épisode ne
représente pas l'échec des pourparlers de Genève, mais de deux ans de
négociations (3) ». Pour MSF, les pays doivent désormais autoriser, de
manière unilatérale, leurs fabricants de génériques à exporter vers les pays
qui ont besoin de médicaments à bas prix et qui, bien souvent, ne disposent
pas d'une industrie pharmaceutique locale.
Pour Celine Charveriat, de l'organisation Oxfam, « les gouvernements des
pays riches qui choisissent de complaire aux lobbies les plus puissants
sapent l'OMC de manière beaucoup plus efficace que tous les manifestants ».
Les Etats-Unis soulignent déjà que la proposition de consensus allait ouvrir
la porte à la copie de tous les médicaments, « y compris du Viagra » ; ils
martèleront sans doute, dans les semaines à venir, ce slogan à destination
des journalistes. Leur offre, toutefois, n'incluait pas non plus les
médicaments nécessaires contre des maladies courantes telles que l'asthme,
le cancer, le diabète ou les maladies cardio-vasculaires - dont les prix
pèsent sur les systèmes de santé. « George W. Bush et Robert Zoellick
veulent-ils nous convaincre que les traitements que leurs enfants reçoivent
sont hors-limite pour les enfants des pays pauvres ?, s'indigne le Consumer
Project on Technology, un des moteurs de la campagne pour les médicaments
génériques. Ils ne pourront pas gagner avec cet argument (4). »
La dette, le délabrement et la privatisation des services de santé, le prix
des soins sont les principaux obstacles à une politique de santé publique
mondiale à la hauteur de l'urgence. Une politique sans laquelle, selon
toutes les projections - notamment celles effectuées par les propres
services de renseignements des Etats-Unis (5) -, la vague de sida emportera
la vie de plusieurs dizaines de millions de personnes d'ici 2010, ne
connaîtra pas de reflux avant 2050, et pourrait déstabiliser des pays comme
l'Afrique du Sud, l'Inde ou la Chine.
PHILIPPE RIVIÈRE.
<Philippe.Riviere@Monde-diplomatique.fr>
(1) Lire Sebastian Mallaby, « An Aids Policy That Would Add Up », The
Washington Post, 2 décembre 2002.
(2) Communiqué de presse d'Oxfam, 21 décembre 2002.
(3) BBC, « US blocks cheap drugs agreement », 21 décembre 2002.
(4) www.CPTech.org
(5) Voir notamment le rapport de la CIA, The Next Wave of HIV/AIDS :
Nigeria, Ethiopia, Russia, India, and China.
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