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[e-med] Perspective genre dans les programmes médicaments essentiels


  • From: remed@remed.org
  • Date: Tue, 24 Sep 2002 05:31:50 -0400 (EDT)

E-MED: Perspective genre dans les programmes médicaments essentiels
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Introduction de la perspective genre dans les programmes nationaux des
médicaments essentiels
Jeanne Bisilliat, anthroplogue
Mai 1999

Programme Médicaments Essentiels
Organisation Mondiale de la Santé


Préambule
Les médicaments constituent une des premières réponses à la maladie.
Probablement depuis que le monde est monde, l?être humain a un besoin
ontologique d?avoir un médiateur -le thérapeute- et une substance
médiatisante -le médicament- pour écarter de lui la maladie, signe de la
mort. De tout temps aussi, le médicament a été payé, qu?il soit de nature
spirituelle ou matérielle. C?est vraisemblablement notre naïveté
ethnocentrique liée à l?image du « bon sauvage » encore prégnante qui nous
fait croire que les soins traditionnels étaient gratuits. Inscrit dans un
système de dons contre-dons ou dans un échange monétaire -cauris ou
dollars- le médicament qui promet la guérison, la fait espérer, a un prix
fixé par la société. « ...le paysan quitte lentement le quartier commerçant
et, en longeant le ruisseau, retourne vers les hauteurs de Paklarev. D?un
côté, dans sa poitrine il a sa douleur persistante; de l?autre côté, dans sa
poche, la poudre de Mordo (nom du tradipraticien) enveloppée de papier bleu.
Et, répandue dans tout son être, une autre douleur bien distincte, celle que
lui causent le regret d?avoir jeté son argent, le doute et la crainte d?
avoir été trompé. Il marche droit vers le couchant, l?air absent et
découragé, car il n?est pas de créature plus désemparée et plus pitoyable qu
?un paysan malade. »(Andric, 1987).

Par ailleurs, et comme une confirmation: «les médicaments constituent la
part la plus importante du budget santé des individus et des ménages. Une
étude réalisée au Mali a révélé que les ménages consacrent 80% de leur
budget santé aux médicaments modernes, contre 13% à la médecine
traditionnelle...En Côte d?Ivoire et au Pakistan, plus de 90% des dépenses
de santé des ménages sont consacrées aux médicaments. Les médicaments ou les
produits traditionnels représentent 62% du coût d?un traitement complet au
Burkina Faso (WHO/DAP/97.12).

Et pourtant, dans l?énorme littérature consacrée à la santé et aux
médicaments, on ne trouve pratiquement pas d?études sur l?accès des femmes
et/ou des hommes aux médicaments; en revanche, on parle de l?accès de « la
population » ou d?un groupe spécifique, le plus souvent celui des femmes et
des enfants, aux soins de santé. Ces derniers impliquent, bien évidemment,
les médicaments mais les uns ne recouvrent pas les autres. Les médicaments
sont des objets concrets face à la notion abstraite de la santé: parler au
neutre pluriel de personnes, de population et de leur insertion dans les
systèmes de santé n?est-il pas, d?une certaine manière, un moyen de gommer l
?humain, de maintenir « la souffrance à distance » ? (Boltansky, 1991) C?
est possible et c?est sûrement nécessaire si l?on veut traiter de la
globalité des problèmes posés par la maladie et son traitement.

Néanmoins, en même temps que nos connaissances se développent, elles se
heurtent -contradiction apparente- à un besoin d?approfondir, d?explorer les
relations entre le général et l?individuel. L?anthropologie médicale apporte
quelques réponses à cette exigence mais cela reste insuffisant; les
différents spécialistes de la santé et des sciences sociales doivent
travailler ensemble pour mieux décrypter les imbrications, les
interrelations positives et négatives entre malades et maladie, entre
malades et soignants afin de les interpréter et de les prendre en compte. Si
« l?individu s?individualise et les références se planétarisent » (Augé,
1995) les références doivent également obéir à la loi de l?individualisation
et retrouver les fondements de la diversité humaine.

C?est dans ce double mouvement que s?inscrit la volonté de l?OMS -un des
espaces mondiaux où s?élabore le général- de chercher à savoir comment
introduire la perspective du genre dans les programmes nationaux de
médicaments essentiels. Mais il faudra, au préalable, se demander pourquoi
cette volonté apparaît-elle ?

L?objectif principal de ce document est de fournir une cadre conceptuel
explicatif de la situation des femmes et des hommes vis à vis de la santé et
plus particulièrement des médicaments. Néanmoins, si les médicaments sont au
centre de cette étude, ils sembleront recevoir paradoxalement une attention
minime, mais ceci seulement d?un point de vue nominaliste. En effet:

- si les pratiques relatives à la maladie, donc l?emploi des médicaments,
sont indissociables « d?un système symbolique articulé » et que « les
discours qui les sous-tendent participent de théories générales qui
ordonnent les symboles servant à penser le social dans son ensemble »
(Augé., 1986);

- si le rôle des médicaments dans la santé est fondamental mais s?accompagne
d?une absence quasi totale de données sur les usages qu?en font les femmes
et les hommes;

il apparaît que la seule méthode pertinente pour traiter le sujet soit de
comprendre, avant tout, le contexte global -culturel, social, économique-
dans lequel les médicaments se déploient et à partir duquel on pourra
raisonnablement émettre des hypothèses de travail.

On ne trouvera donc pas une nouvelle énumération des problèmes de la santé
féminine, mais plutôt, en voulant dépasser la mode terminologique de l?usage
du mot genre, une certaine manière d?ordonner les faits. Ainsi, tout en
reconnaissant la légitimité et la nécessité des mesures actuelles,
immédiates, ponctuelles, sectorielles, on essaiera de montrer que l?emploi
de la notion de genre débouche, en fait, sur une reconsidération des actions
à prendre, à moyen et long terme, dans une approche résolument globale: «ce
ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c?est
le courage de comprendre ce que nous savons et d?en tirer les conséquences»
(Lindqvist., 1998).

Notion de genre
Le genre, dans sa définition la plus concise, veut dire le sexe socialement
construit, qu?il soit féminin ou masculin. C?est dans les années 70 que les
féministes anglo-saxonnes commencent à utiliser les termes genre/relations
de genre. On passe ainsi de « l?étude de la différence sexuelle...à celle
des rapports entre les sexes, dans le double sens de rapport social et de
relation conceptuelle »(Rouch, 1991). Le terme genre va connaître, à partir
des années 85 ( Conférence de Nairobi, 1985) un développement foudroyant
dans les pays anglo-saxons, latino-américains mais aussi dans toutes les
organisations internationales; adhésion facilitée par la tenue successive
des grandes Conférences internationales du Caire (1994) et de Beijing (1995)
au cours desquelles le terme s?impose définitivement. Mais, si l?on pense au
contenu subversif de la notion de genre, on doit s?étonner de cet
engouement. Il faut donc apporter quelques réserves et faire remarquer que,
trop souvent, le mot est simplement utilisé comme synonyme de celui de
femme, ou de sexe féminin; cet emploi non pertinent consiste justement à
masquer, à gommer quelque peu celui de sexe. On peut donc suspecter, à juste
titre semble-t-il, que ce soit ce contenu adouci, presque « assoupi » du
terme qui, en lui ôtant beaucoup de sa force épistémologique et idéologique,
autorise son usage immodéré.

C?est pourquoi il est important de préciser les implications les plus
fondamentales de la définition fournie ci-dessus car ce sont elles qui
guideront et orienteront la réflexion de ce travail. [...]


[Modératrice: le moins qu'on puisse dire c'est que le concept de "genre" n'a
pas connu un développement foudroyant dans le monde francophone! D'ailleurs,
vous constater que la version française vient d'être mise à disposition sur
le site web de l'OMS
http://www.who.int/medicines/information/infnews2.shtml, plus de 3 ans après
sa publication en anglais!
CB]

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