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[e-med] (2)Faire face à la crise émergente de la méningite en Afrique


  • From: CMACE@paris.msf.org
  • Date: Fri, 20 Sep 2002 08:15:40 -0400 (EDT)

E-MED:(2)Faire face à la crise émergente de la méningite en Afrique
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Communiqué de presse de MSF

L'émergence d'une nouvelle souche de méningite menace de nombreux pays
d'Afrique. La communauté internationale n'est pas préparée pour y répondre.

Genève, le 19 septembre 2002 - L'absence de volonté pour rendre accessible
aux pays africains les plus touchés par la méningite un vaccin abordable et
efficace pourrait entraîner la mort de milliers de personnes. Cette mise en
garde de Médecins Sans Frontières intervient au moment où les experts
internationaux de la méningite se préparent à une rencontre prévue dès lundi
au Burkina Faso. Cette rencontre aura pour objectif de discuter des
stratégies à mettre en ?uvre pour combattre la maladie. MSF appelle à une
action immédiate de l'OMS, des gouvernements et des compagnies
pharmaceutiques afin d'empêcher un désastre.

La méningite bactérienne, une infection potentiellement mortelle de la
membrane du cerveau, provoque le décès de 25'000 personnes chaque année en
Afrique lors des saisons épidémiques. Elle touche les pays situés entre le
Sénégal et l'Ethiopie, dans une région appelée "ceinture de la méningite".
Pour la première fois depuis l'apparition de la maladie, une nouvelle forme
de méningite, due à la souche W135 est apparue au Burkina Faso en février
dernier, infectant près de 13'000 personnes et en tuant 1?400. La
propagation de cette souche dans les pays voisins lors de la prochaine
saison épidémique qui pourrait débuter en novembre prochain est une réelle
menace. Or, les vaccins utilisés en Afrique aujourd'hui sont inefficaces
contre le W135. Un produit efficace existe pourtant sur les marchés des pays
industrialisés, mais non seulement il n?est pas disponible en quantités
suffisantes pour l?Afrique, mais en plus son prix le met hors de portée des
gouvernements africains.

"Le cas des vaccins contre la méningite montre bien l'existence d'une santé
à deux vitesses aujourd'hui" dit le Dr Bernard Pécoul, directeur de la
campagne pour l?accès aux médicaments essentiels de MSF. "Il n'existe pas de
vaccins pour protéger les Africains contre cette nouvelle souche, tandis que
des dizaines de milliers de citoyens français et anglais sont vaccinés
aussitôt que quelques cas sont détectés dans leurs pays. "

Un groupe d'experts réunis par MSF a identifié des stratégies qui
permettraient de lutter efficacement contre l'épidémie en Afrique. (voir
tableau annexé). "Nous ne pouvons pas compter uniquement sur le secteur
privé dans ce cas. Ce dont nous avons besoin actuellement, c'est d'un plan
d'action d'urgence dirigé par l'OMS et les gouvernements, qui force
l'industrie à trouver une solution rapide et abordable pour les pays
d'Afrique avant la prochaine saison épidémique" dit le Dr Pécoul .

Deux options existent, mais elles n'ont pas encore été exploitées : la
première consiste à rendre le vaccin tétravalent, avec lequel les voyageurs
occidentaux et les groupes à risques sont immunisés, accessible pour les
pays Africains, c'est à dire à moins d'1 dollar US la dose. La meilleure
offre faite à ce jour par la compagnie GlaxoSmithKline (GSK) s?élève à 3,5
dollars US la dose. A ce prix, ce sont 100 millions de dollars US qu?il
faudra réunir pour répondre aux épidémies des 5 prochaines années.

Si le prix-cible de 1 dollar US la dose n'est pas atteint, MSF recommande la
production d'un vaccin monovalent destiné à combattre le seul W135 à moins
de 0,5 dollar US la dose. Ce vaccin pourrait être combiné au vaccin bivalent
(A+C) existant, actuellement utilisé en Afrique.

(*)En l?absence de traitement, la méningite est mortelle dans 50% des cas.
De plus, même si la maladie est diagnostiquée à temps et traitée avec les
médicaments appropriés, elle tue encore 5 à 10 % des malades. 15 à 20% des
patients souffriront de séquelles neurologiques graves telles que la surdité
ou l?arriération mentale. La vaccination de masse est un élément essentiel
du contrôle des épidémies et la stratégie de lutte contre la méningite.

Contact: Laura Hakokongas / MSF, Campagne pour l?Accès aux Médicaments
Essentiels, tél ++41-22-8498 402 ou ++41-76-570 2325

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DEUX POIDS, DEUX MESURES? ET NEGLIGENCE :
l?histoire des vaccins contre la méningite

« Une nouvelle souche de méningite à méningocoques menace les pays d?
Afrique. Si rien n'est fait, des milliers de personnes mourront alors que
les moyens de les protéger existent depuis longtemps. »

Note d?information de Médecins Sans Frontières
Septembre 2002

Introduction

La méningite bactérienne* tue plus de 170 000 personnes chaque année dans le
monde. Des cas isolés sont régulièrement recensés dans les pays
industrialisés mais c?est en Afrique que l?on dénombre la grande majorité
des cas de méningite et des décès. Les épidémies surviennent régulièrement
dans les pays situés dans la région dite de la ceinture africaine de la
méningite qui s?étend d?Ouest en Est du Sénégal à l?Éthiopie. La population
à risque dans les pays touchés par la maladie est estimée à environ 300
millions de personnes.

Environ un tiers des décès par la méningite bactérienne sont dûs aux
différentes souches, ou séro-groupes, de la Neisseria meningitidis ; les
séro-groupes A, B, C, Y et W135 sont les plus communs. Les premiers vaccins
dits polysaccharides ont été mis au point dans les années 1960 et 1970 pour
répondre aux épidémies. Ce sont ces vaccins qui continuent à être utilisés
aujourd'hui, en particulier dans les pays en développement. Leur efficacité
est relativement élevée chez les adultes (85%), mais elle s?estompe et
disparaît au bout de deux à trois ans chez les enfants, qui sont pourtant
les plus vulnérables à la méningite.

Afin d'augmenter l?efficacité des vaccins et assurer une protection à long
terme contre la méningite, une nouvelle classe de vaccins, appelés vaccins
conjugués, est en cours de développement. Ces produits ne seront
malheureusement pas disponibles avant 2006, dans le meilleur des cas.

Une nouvelle menace pèse sur l?Afrique

Jusqu?à il y a peu, 80-85% des épidémies de méningite en Afrique étaient
provoquées par la méningite du groupe A, contre laquelle un vaccin existe.
Une nouvelle menace se profile aujourd?hui avec l?apparition de la souche
W135 lors de la dernière épidémie de méningite au Burkina Faso en
février-mai 2002. Cette souche provenait vraisemblablement d'Arabie
Saoudite, et a été transmise à la population du Burkina Faso par les
pèlerins qui s?étaient rendus à La Mecque. L'épidémie a touché au moins 13
000 personnes et en a tué 1 400.

Auparavant, la souche W135 n'avait pas été identifié à grande échelle en
Afrique. Il est certes difficile de prévoir une épidémie mais le risque est
sérieux de voir la souche s'étendre aux pays voisins. Or, ni le continent ni
la communauté internationale ne sont pas préparés à une telle épidémie.

Des normes différentes selon les continents

Sans traitement, la méningite bactérienne peut tuer jusqu?à 50% des
patients. De plus, même si la maladie est diagnostiquée suffisamment tôt et
traitée avec les médicaments appropriés, le taux de létalité peut encore
atteindre entre 5 et 10% et 15 à 20 % de ceux qui en réchappent souffriront
de séquelles neurologiques telles que la surdité ou le retard mental. Les
vaccinations de masse, lorsqu?elles sont menées à temps, sont le moyen le
plus efficace d?endiguer les épidémies. L?Organisation Mondiale de la Santé
(OMS) estime que les campagnes d?immunisation de masse en réponse aux
épidémies en Afrique permettent de prévenir jusqu?à 70% des cas.

Dans les pays riches, le seuil d'action est bas. Par exemple, les autorités
sanitaires françaises ont déclaré une épidémie de méningite à méningocoques
au début de cette année à Clermont-Ferrand après que 18 cas de méningite
aient été recensés en une année, à la suite de quoi 80 000 bébés, enfants et
jeunes adultes ont été vaccinés. De même, au Royaume Uni, de très nombreuses
personnes considérées à risque ont été vaccinées après que quelques cas
isolés aient été signalés. Les autorités sanitaires des pays industrialisés
prennent rapidement de telles mesures, pourtant coûteuses alors même que les
avantages de ces actions à grande échelle n?ont pas été démontrés dans de
telles circonstances.

En comparaison, les épidémies africaines atteignent des proportions énormes.
Ainsi, au cours de la flambée de méningite la plus récente qu?a connu le
Burkina Faso et qui a duré 19 semaines, le nombre de cas recensés était de
100 la première semaine pour atteindre jusqu?à 2 300 cas par semaine.

Actuellement, Aventis Pasteur et GlaxoSmithKline (GSK) sont les deux seules
compagnies qui produisent un vaccin tétravalent polysaccharide qui immunise
contre les souches A, C, Y et W135. Dans la mesure où le W135 pourrait bien
être au c?ur de la prochaine épidémie de méningite en Afrique, c?est ce
vaccin qui devrait être utilisé plutôt que les vaccins bivalents habituels
contre les souches A et C. Il permettrait ainsi, à moyen terme, d?immuniser
efficacement la population jusqu'à ce qu'une solution plus viable à long
terme soit trouvée.

Mais, les deux compagnies se sont entendues pour partager selon leurs
propres critères le marché mondial du vaccin contre la méningite : Aventis
Pasteur couvre les besoins des Etats-Unis (2 millions de doses par an),
tandis que GSK approvisionne l?Europe et le Moyen-Orient (10 millions de
doses par an). L?Afrique a été oubliée lors du partage car elle n?est pas
considérée comme un marché lucratif. Les compagnies pharmaceutiques n'ont
donc pas prévu de produire le vaccin en quantité suffisante pour répondre
aux besoins des africains alors même qu?ils sont les plus durement touchés.
Aventis Pasteur a certes fait don de 25 000 doses de vaccin au Burkina Faso
lors de l'épidémie du printemps dernier, et GSK a bien annoncé que de
petites quantités pourraient être mises à disposition lors de la prochaine
épidémie. Mais, les deux compagnies prétendent que leur capacité de
production est simplement insuffisante pour couvrir toute l'Afrique. On
estime que 20 à 50 millions de doses seront nécessaires pour couvrir les
besoins des 5 prochaines années.

De toute évidence, il ne s?agit pas seulement d?un problème de
disponibilité. Le prix du vaccin tétravalent polysaccharide (de 50 dollars
US la dose aux États-Unis à 4 dollars US la dose au Moyen-Orient) est un
obstacle qui le met d?emblée et définitivement hors de portée des peuples et
des gouvernements africains. Les experts estiment que les coûts de
production d'un tel vaccin se situent entre 0,40 et 0,80 dollar US. Aussi,
fixer le prix à moins de 1 dollar US la dose ? un prix donc abordable pour l
?Afrique ? ne devrait pas être chose impossible. Pourtant, le prix proposé
par GSK après négociations avec l?OMS se situe actuellement entre 3,5 et 4
dollars US la dose, et encore ce prix est-il soumis à conditions. A ce prix,
il faudrait réunir 200 millions de dollars US pour acheter 50 millions de
doses et couvrir les besoins estimés.

Une solution à long terme : les vaccins conjugués

La nouvelle génération de vaccins, dits conjugués, diffère des vaccins
polysaccharides en ce sens qu'une protéine porteuse est ajoutée à
l'antigène. Les vaccins conjugués immunisent ainsi les personnes pendant une
période plus longue, et réduisent le nombre de porteurs asymptomatiques de
la bactérie au sein de la population. De plus, ces vaccins pourraient être
introduits dans les programmes élargis de vaccination (PEV) et permettraient
ainsi de prévenir, à long terme, les épidémies massives ? une stratégie très
prometteuse en ce qui concerne l'Afrique.

Comme les vaccins polysaccharides, les vaccins conjugués pourront immuniser
la population contre quatre séro-groupes de méningite. Cependant, le
développement de versions mono- ou bivalentes (A, C) du vaccin conjugué pour
les pays en développement a été stoppée à la fin des années 1990 parce qu?il
n?y avait pas de perspectives de profit. Par ailleurs, les gouvernements et
les donateurs n'étaient pas disposés à investir dans ce qui aurait pu
devenir un outil important en matière de santé publique pour les pays
pauvres.

La préparation d'un vaccin monovalent conjugué contre le séro-groupe A a été
reprise en 2001 par PATH, une initiative internationale dirigée par l?OMS,
et selon les estimations, les premiers vaccins issus de leurs efforts
pourraient être mis sur le marché des pays en développement en 2006, au plus
tôt.

Les sociétés commerciales développent un vaccin tétravalent conjugué pour
couvrir les besoins en Europe et aux États-Unis. Mais jusqu?à maintenant,
les compagnies actives dans la R & D du vaccin conjugué ne se sont pas
encore engagées clairement ni publiquement à couvrir le marché des pays en
développement à un prix abordable.

Quelles sont les prochaines étapes ?

La prochaine saison épidémique pourrait débuter dès novembre 2002 et la
seule solution pour pouvoir y faire face consiste à rendre l?actuel vaccin
tétravalent polysaccharide disponible pour l?Afrique et ce, à un prix
abordable. Des négociations longues et difficiles portant sur le prix et la
disponibilité de ce vaccin ont été menées entre l'OMS, les deux compagnies
et des ONG actives dans les campagnes de vaccination en Afrique, telles que
MSF. MSF continue d?affirmer que le prix ne devrait pas dépasser 1 dollar US
dose. Or, la meilleure offre faite à ce jour par GSK s?élève à 3,5 dollars
US la dose.

En attendant qu'un vaccin tétravalent conjugué soit disponible, une autre
solution pour résoudre cette crise à moyen terme consisterait à développer
un vaccin monovalent polysaccharide contre la souche W135. Il pourrait être
disponible dès la fin de l?année 2003 dans la mesure où le savoir-faire
technique existe déjà mais à la condition qu?une compagnie s?engage à le
produire, et à le produire à un prix abordable (soit moins de 0,50 dollar US
la dose) pour les pays africains. La technologie nécessaire pourrait
également être transférée à des producteurs des pays en développement.

Il est clair, et toutes les parties s?accordent là-dessus, que résoudre la
crise de la méningite en Afrique constitue un véritable challenge. Pourtant,
et avec de la volonté, les choses peuvent aller vite : ainsi, en 1974,
Mérieux (maintenant reprise par Aventis Pasteur) avait réussi à produire en
six mois 90 millions de doses de vaccin monovalent polysaccharide contre la
méningite du groupe A ? une nouvelle souche à l?époque - pour enrayer
l'épidémie qui s?était déclarée au Brésil. Si ce type de réaction rapide a
été possible avec le savoir-faire et la technologie d?il y a plus de 25 ans,
comment imaginer que cela ne puisse plus être possible aujourd?hui ?

Il est urgent de trouver une solution pour les millions d?Africains qui
risquent d?être touchés dans les mois et les années à venir. Si rien n'est
fait, des milliers de personnes mourront ou souffriront de séquelles
neurologiques alors que les moyens de les protéger existent depuis
longtemps.

· l'OMS et les pays endémiques doivent contribuer à trouver et soutenir une
solution abordable à court terme au lieu d?accepter l?approche du
"traitement seulement" pour l?année prochaine
· les gouvernements donateurs doivent contribuer à financer une solution
d'urgence réaliste et abordable
· les compagnies multinationales doivent coopérer en choisissant une ou
toutes les options suivantes:
o proposer l?actuel vaccin tétravalent à un prix abordable pour les pays en
développement, soit moins de 1 dollar US la dose
o accepter de produire le vaccin monovalent polysaccharide W135 à moins de
0,50 dollar US la dose (à titre de comparaison, l?actuel bivalent coûte 0,25
dollar US la dose)
o offrir de transférer la technologie nécessaire à un producteur d?un pays
en développement

* * * * * * * * * * * * *

Au cours des dix dernières années, Médecins sans Frontières (MSF) s?est
employé à contrôler des épidémies de méningite en Angola, au Burkina Faso,
au Cameroun, en République centrafricaine, au Niger, au Tchad, au Rwanda, au
Burundi et en Éthiopie. MSF est l?un des principaux utilisateurs des
vaccins contre la méningite en Afrique et vaccine entre 3 et 5 millions de
personnes contre la maladie chaque année.

Contacts chez MSF:
Dr Bernard Pécoul tél ++41-22-8498 405
Dr Graciela Diap tél ++34-61-6933 622
Dr Anne-Valérie Kaninda-Meyers tél ++33-(0)6-1227 7374
Laura Hakokongas tél ++41-22-8498 402

* * * * * * * * * * * * *

Annex 1

MENINGITIS VACCINE:

APPROXIMATE COST OF DIFFERENT APPROACHES FOR SHORT TERM NEEDS IN AFRICA

Timeframe: end of 2003 until 2007

Option Minimum need for Africa: Maximum need for Africa:
20 million doses 50 million doses
in $US in $US
GSK quadrivalent
polysaccharide:
1) at 3.5 $US per dose 70 million 175 million
(GSK?s current offer to WHO)
2) at 1 $US (target price) 20 million 50 million

GSK, Aventis Pasteur or
CHIRON producing a monovalent
W135at 0.50 $US to be used 10 million 25 million
in connection with a bivalent 5 million 12.5 million
(A+C) at 0.25 $US * = 15 million = 37.5 million

A company accepting to
transfer technology to
another company in a
developing country
at 0.15 $US per dose, 3 million 7.5. million
and a bivalent (A+C) 5 million 12.5 million
at 0.25 $US *plus costs of 10 million 10 million
technology transfer
(appr. 10 million $US) = 18 million = 30 million

*This is a conservative scenario because it will not be necessary to use
both vaccines in all cases.

Médecins Sans Frontières / Campagne pour l?Accès aux Médicaments Essentiels
Rue du Lac 12, CP 6090, 1211 Genève 6, Suisse
Tél ++41-22-8498 405 Fax ++41-22-8498 404 www.accessmed-msf.org


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