[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]

[e-med] Réflexions sur le générique (4)


  • From: "Laurent.Ziegelmeyer" <Laurent.Ziegelmeyer@aventis.com>
  • Date: Thu, 19 Sep 2002 13:31:13 -0400 (EDT)

E-MED: Réflexions sur le générique (4)
-------------------------------------------------------------------------
Bonjour,

Syndicaliste dans l'industrie pharmaceutique, je voudrai donner quelques
éléments d'appréciation sur les génériques :
c'est un extrait d'un paier qui va sortir bientôt dans la revue Politique,
revue européenne de débats :

"Revenons sur la notion de médicaments génériques, et les différences entre
Nord et Sud. Les médicaments fabriqués au Brésil, en Inde par exemple
dénommés génériques sont des copies de médicaments encore protégés. Par
contre, en Europe, le terme générique évoque des molécules dont le brevet a
expiré. Et souvent, les fabricants de ces génériques sont des filiales de
grands groupes pharmaceutiques ! Il y a aussi une différence dans le débat,
ce que font les brésiliens est l'appropriation de médicaments pour répondre
à des besoins de santé, appropriation inévitable face à Big Pharma. Au nord,
les gouvernements disent augmentons la part des génériques, pour diminuer
les dépenses de santé. Au delà de l'aspect contestable de cette approche
comptable, il faut évoquer également le marchandage avec les industriels,
qui est en gros, nous augmentons la présence des génériques, si vous
augmentez nos prix sur les molécules innovantes, avec le risque d'aggraver
encore l'écart entre une médecine pour les riches et une médecine pour les
pauvres Il ne faudrait pas qu'à terme on aille vers des médicaments pour les
pauvres les génériques, et des médicaments pour les riches avec des prix
libres que seraient les molécules innovantes ! ! Et puis cette réflexion sur
le générique, cette mode devrai je dire, part d'un principe contestable :
considérer le médicament comme un produit anodin. Enfin il serait illusoire
de croire que dans un cadre exclusivement privé, sans réforme des brevets,
la concurrence entre grands groupes pour la fabrication de génériques ferait
réellement baisser les prix de manière durable. C'est un secteur où pour
protéger les profits, l'entente est de mise. Prenons l'exemple de Pretoria,
mais surtout la découverte récente aux USA et en Europe d'un accord illicite
entre trusts sur le prix des vitamines ! Il faut dire également
qu'aujourd'hui les génériques les moins chers restent encore hors de portée
pour la plupart des habitants des pays pauvres."

La question de fond me semble t il reste le rôle des états, autre extrait de
l'article :

"En fait c'est bien de changements radicaux dont nous avons besoin. Il
s'agit tout d'abord de débattre de la notion de propriété intellectuelle et
de son appropriation. Les brevets dans ce domaine ne sont qu'une
confiscation pour des intérêts lucratifs. Il faut sortir de ce système. Je
rappellerai ce que disait le docteur Salk, créateur du premier vaccin contre
la polio en 1955. Un journaliste lui demanda à qui appartenait cette
découverte, il répondit : « Eh bien au peuple, il n'y a pas de brevet. Peut
-on breveter le soleil ? ».

Il ne s'agit pas d'imposer aux labos de faire l'aumône mais bien de donner à
chaque être humain le droit à la santé et cela repose la question du
médicament pour qui, pour quoi faire ? Je rajouterai avec quelle industrie
pharmaceutique ?

Le médicament n'est pas un produit comme les autres, il faut le considérer
comme partie intégrante de la politique de santé, comme un bien public, au
même titre que l'eau, l'énergie... La recherche, la production et la
distribution pharmaceutique ne doivent donc pas être régis par les lois du
profit, sous le contrôle exclusif de quelques grands groupes privés. Il
apparaît clairement que ceux ci doivent être placés sous contrôle public. En
France dans les années 80, nous avons connu une nationalisation de
l'industrie pharmaceutique. Cela n'a pas empêché il est vrai des scandales
comme l'Oltipraz, traitement contre la bilharziose découvert chez
Rhône-Poulenc mais jamais produit. Cela n'a pas permis la constitution d'un
grand pôle pharmaceutique permettant de répondre aux besoins. En fait cette
nationalisation a remis ces entreprises à flot, ce qui a permis des
privatisations juteuses ensuite. Ce contrôle public peut prendre plusieurs
formes. Tout d'abord on peut évoquer la mise en place d'un véritable conseil
scientifique du médicament, indépendant de Big Pharma, qui en lien avec les
ONG établissent des priorités. Les conclusions de ce conseil pourraient
servir d'orientations tant à la recherche publique, j'y reviendrai qu'à
l'industrie privée. Comment ? Les aides publiques pourraient être soumises à
ces orientations, et on peut imaginer également l'obligation pour les trusts
d'utiliser une partie de leurs bénéfices à des recherches et des productions
utiles et indispensables. D'autres pistes peuvent être évoquées : fond
alimenté par une taxe sur ces bénéfices, fond de soutien à la recherche
publique et à des initiative de solidarité internationale. On peut penser
également à la réquisition des unités de fabrication qui ne sont pas
utilisées afin de produire les médicaments faisant défaut aujourd'hui. Il y
a également nécessité à réfléchir sur la recherche publique, il faut la
sortir de son asservissement au privé. Cela veut dire lui donner plus de
moyens mais aussi lui donner une autre dimension. Pour développer un
médicament après sa découverte, elle est quasi obligée de passer par Big
Pharma, cela suppose donc la mise en place d'un secteur de développement
pharmaceutique public.

Cette dernière proposition m'amène à pousser plus loin la réflexion,
réflexion que l'on pourrait résumer par une déclaration d'Yves Salesse,
président de la fondation Copernic : « La réalité d'aujourd'hui est que des
choix fondamentaux pour la vie immédiate et l'avenir de nos sociétés,
relèvent de décisions privées, alors qu'ils devraient être au coeur du débat
démocratique. ». Toutes les propositions évoquées précédemment ne sont pour
moi que des mesures temporaires. C'est vers la constitution d'un grand pôle
public de recherche et de production pharmaceutique qu'il faut aller, mais
avec un mode de gestion qui ne soit pas calqué sur le privé, pôle public
géré par les chercheurs, les salariés, impliquant les syndicats, les
associations de malades, les ONG, pôle public très ouvert sur les
collaborations internationales notamment avec le Sud, pôle public dont les
décisions seraient impulsées par le débat démocratique et non par le
profit."


Cordialement,

Laurent Ziegelmeyer, CGT Aventis



Note du modérateur : la réforme en gestation dans les instances européennes
et qui sera discutée le 23 octobre prochain développe le concept de
générique et surtout la base légale de ce type de produit dans l'espace
européen ce qui est pour une avancée notable dans le domaine. Pour en
savoir plus : http://pharmacos.eudra.org ou www.euractiv.com ou
http://europa.eu.int

--
Adresse pour les messages destinés au forum E-MED:
<e-med@usa.healthnet.org>
Pour répondre à un message envoyer la réponse au forum
ou directement à l'auteur.
Pour toutes autres questions addresser vos messages à :
<e-med-help@usa.healthnet.org>