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[e-med] L'impact du sida sur le développement durable


  • From: remed@remed.org
  • Date: Mon, 2 Sep 2002 04:27:19 -0400 (EDT)

E-MED: L'impact du sida sur le développement durable
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Discours à la séance plénière du

Sommet mondial pour le développement durable,
http://www.unaids.org/whatsnew/newadds/index.html
Johannesburg, 30 août 2002

par

Peter Piot,

Directeur exécutif

Monsieur le Président, Distingués Délégués,

Le SIDA est l?ombre qui plane sur toutes les délibérations de ce sommet. Si
nous continuons à permettre au SIDA d?épuiser les ressources humaines à une
cadence de plus en plus rapide, le développement durable sera impossible. C?
est tout simple, si vous ne survivez pas, vous ne pouvez pas vous
développer.

La réalité, c?est que dans les pays les plus touchés par l?épidémie de SIDA,
nous sommes au début d?une crise des ressources humaines qui ne peut que s?
aggraver à moins que les personnes infectées ne soient traitées et les
efforts de prévention sérieusement élargis. Cette crise va non seulement
mettre en péril le progrès vers un développement durable, mais elle va même
« dé-développer » certains pays parmi les plus touchés.

D?après la mesure du développement la plus fondamentale ? l?espérance de
vie ? le SIDA a déjà effacé cinquante ans de progrès dans les pays les plus
sérieusement atteints. A travers toute l?Afrique subsaharienne, l?espérance
de vie est aujourd?hui de 47 ans ? sans le SIDA, elle aurait été de 62 ans.

L?Afrique n?est pas seule à ressentir cet impact. Par exemple, en Haïti, six
ans ont été supprimés de l?espérance de vie à cause du SIDA, et au Cambodge
quatre ans.

L?impact du SIDA est fondamentalement un impact humain. Le SIDA fait
disparaître en grand nombre les enseignants, les agriculteurs, les mineurs,
les médecins et les administrateurs. Le SIDA arrache les ressources et les
capacités humaines dont dépend l?avenir du développement durable.

L?interconnexion du développement, de la population, de l?environnement, de
la santé, du commerce et de la stabilité n?est jamais mieux illustrée que
dans le domaine du SIDA.

Laissez-moi prendre juste deux exemples :

Tout d?abord, les jeunes. La moitié de toutes les infections touchent les
personnes de moins de 25 ans. Dans de nombreux pays parmi les plus pauvres,
la première moitié de ce siècle verra une poussée majeure de la population
des jeunes. C?est cette jeune génération qui se prépare à être dévastée par
le SIDA. Certains mourront prématurément, mais un bien plus grand nombre
verront leur vie déstabilisée.

Des millions d?enfants seront privés des soins et des conseils des adultes.
Une génération de jeunes ravagée par le SDA constitue non seulement une
tragédie humaine, mais représente une menace fondamentale pour la sécurité
communautaire. Dans un tel contexte, les sociétés elles-mêmes ne peuvent
durer.

Deuxièmement, la vie en milieu rural. Le SIDA ébranle la sécurité
alimentaire tandis que les réserves de nourriture, le bétail et les terres
sont vendus pour payer les coûts de la santé. L?appauvrissement suit
rapidement l?apparition du SIDA. Dans l?agriculture, la perte des
compétences signifie que l?impact du SIDA sur l?alimentation aura des
retentissements pendant des générations. Alors que l?urbanisation se
poursuit, les zones rurales menacent de devenir les dépositaires non
durables d?individus très jeunes, très âgés et de malades. Et le SIDA
exacerbe les crises alimentaires, telles que celle que l?on voit émerger
aujourd?hui en Afrique australe.

Certains pays parmi les plus pauvres du monde ont montré que ces
répercussions peuvent être évitées ? mais seulement avec une action contre
le SIDA à grande échelle. La mise en ?uvre complète des stratégies de
prévention existantes, et qui ont fait leurs preuves, d?ici à 2005 éviterait
29 millions de nouvelles infections à VIH au cours de cette décennie. De
même, le traitement du VIH a fait chuter la mortalité due au SIDA dans les
pays à revenu élevé, ainsi que dans des contextes moins riches, comme au
Brésil. Mais dans les pays à faible et moyen revenus à travers le monde, ce
traitement atteint actuellement moins de 300 000 personnes sur les 6
millions dont il sauverait la vie.

Un consensus mondial a déjà été atteint sur les clés du succès dans le
domaine du SIDA. La réussite du combat contre le SIDA fait partie intégrante
des Objectifs de développement du Millénaire, et d?ailleurs, les buts du
progrès de l?éducation et de l?émancipation des femmes sont des éléments
essentiels du combat contre le SIDA.

Ce n?est qu?en rassemblant les forces que nous parviendrons à vaincre cette
épidémie. C?est la raison pour laquelle l?ONUSIDA est un programme commun
qui unit dans un même effort huit organismes du système des Nations Unies.
En dirigeant la lutte mondiale contre le SIDA, l?ONUSIDA est engagé dans un
partenariat qui optimise les ressources disponibles ? en provenance de
sources multilatérales et des pouvoirs publics, de la société civile et des
entreprises.

Investir dans le SIDA est un bon investissement, mais nous sommes encore
loin du financement requis pour inverser la propagation du VIH, traiter les
personnes infectées et soutenir les orphelins laissés pour compte. L?ONUSIDA
estime que, dans les pays à faible et moyen revenus, les dépenses relatives
au SIDA doivent s?élever pour atteindre 10 milliards de dollars des
Etats-Unis par an, soit trois fois le niveau actuel.

Trouver ces ressources est notre défi collectif.

Si le monde veut avoir la moindre chance de réaliser ses aspirations à un
développement durable, alors notre programme d?action doit inclure une
attaque à grande échelle contre le SIDA.

Cette dernière comporte quatre éléments indispensables :

Premièrement, des engagements sérieux en matière de ressources pour financer
pleinement les programmes de prévention et de traitement du SIDA, partout
dans le monde, afin d?atteindre les cibles convenues dans la Déclaration d?
engagement adoptée par l?Assemblée générale des Nations Unies et incluses à
nouveau dans la proposition de plan d?action de ce Sommet.

Deuxièmement, le leadership à la fois des gouvernements et des communautés
requis pour briser le silence qui entoure le SIDA et développer les
capacités de riposte.

Troisièmement, l?intégration de l?action contre le SIDA dans la pratique du
développement à travers les divers secteurs, au sein des pouvoirs publics et
de la société civile,

Quatrièmement, un engagement majeur pour remédier à la crise des ressources
humaines provoquée par le SIDA, engagement qui va d?une prévention accrue et
un traitement accessible, à l?investissement dans de nouveaux modèles de
développement qui reconstruisent les capacités humaines en partant de la
communauté.

Mesdames et Messieurs, le choix est clair.

Tourner le dos à l?épidémie et, dans les pays les plus touchés, le
développement continuera à glisser rapidement vers le « non-développement ».
Mais agir dans la bonne direction et en partenariat, et les conséquences de
l?épidémie de SIDA peuvent être inversées.

Merci.

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