[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]
[e-med] Les PED doivent doubler leurs dépenses de santé
- From: remed@remed.org
- Date: Wed, 28 Aug 2002 04:21:13 -0400 (EDT)
E-MED: Les PED doivent doubler leurs dépenses de santé
-------------------------------------------------------------------------
Les pays en développement doivent doubler leurs dépenses de santé
JOHANNESBURG, 26 août (AFP) - 16h58 - Les Nations-Unies ont lancé lundi un
appel aux pays en développement pour qu'ils doublent leurs dépenses en
matière de santé d'ici 2010, les portant à un total annuel de 60 milliards
de dollars.
David Navarro, directeur pour le développement durable et l'environnement
sain de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a souligné au premier
jour du Sommet de la Terre de Johannesburg que les gouvernements devaient
considérer ces dépenses non pas comme un coût mais comme un investissement,
ajoutant qu'elles jouaient un rôle de "locomotive" pour sortir ces pays de
la pauvreté.
Citant un rapport de la Commision de l'OMS sur la macroéconomie et la santé,
David Navarro a précisé que le doublement annuel du niveau actuel de 30
milliards en dépenses de santé dans le monde en développement permettrait de
"sextupler la valeur de la production et de sauver huit millions de vie (par
an)".
Le haut-fonctionnaire a exprimé l'espoir que les pays riches contribuent
pour moitié aux 30 milliards de dollars supplémentaires, les 15 autres
milliards additionnels provenant des gouvernements des pays concernés.
Actuellement, a-t-il rappelé, les pays riches fournissent six milliards de
dollars/an sous forme de programmes officiels d'aide au développement.
"Cet accroissement est important, mais il ne représenterait que 0,1% du
produit national brut des nations riches", a souligné M. Navarro.
Cette aide supplémentaire, a-t-il ajouté dans une interview à l'AFP, devrait
se concentrer principalement sur l'Asie, la région la plus peuplée du monde
et qui comporte le plus grand nombre de pauvres, ainsi que sur l'Afrique qui
souffre le plus durement de la pandémie du sida et de la contamimation par
le virus VIH.
*****************
Modérateur: le rapport cité est celui de Jeffrey D. Sachs dont nous avons
déjà parlé sur e-med. Vous trouverez ci-dessous le résumé en français.
Carinne Bruneton
MACROECONOMIE ET SANTE :
INVESTIR DANS LA SANTE POUR LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE
La Commission Macroéconomie et Santé a été mise sur pied en janvier 2000 par
le Dr Gro Harlem Brundtland, Directeur général de l?Organisation mondiale de
la Santé, pour déterminer la place de la santé dans le développement
économique mondial. Même si nul ne conteste que la santé est à la fois un
objectif central et une retombée non négligeable du développement, l?
importance d?investir dans la santé pour promouvoir le développement
économique et faire reculer la pauvreté est en revanche beaucoup moins bien
comprise. Nous avons constaté qu?en donnant aux populations pauvres du monde
accès à des services de santé essentiels, notamment à quelques interventions
spécifiques, on pourrait sauver chaque année des millions de vies, combattre
la pauvreté, favoriser le développement économique et promouvoir la sécurité
internationale.
Le présent rapport propose une nouvelle stratégie d?investissement dans la
santé pour le développement économique, particulièrement dans les pays les
plus pauvres du monde, sur la base d?un nouveau partenariat mondial
associant pays en développement et pays développés. Des mesures audacieuses
prises en temps voulu permettraient de sauver au moins 8 millions de vies
chaque année d?ici la fin de la décennie, tout en prolongeant l?espérance de
vie, en accroissant la productivité et en favorisant le bien-être économique
des groupes défavorisés. Cet effort exige deux importantes initiatives : un
développement massif des ressources consacrées à la santé par les pays
pauvres comme par les donateurs ; et l?élimination des obstacles autres que
financiers qui empêchent les pays pauvres d?assurer des services de santé.
Nous sommes convaincus que le surcroît d?investissements en santé ? qui
représente pour les donateurs environ un dixième d?un pour cent de leur
revenu national ? serait plus que rentabilisé du fait des millions de vies
sauvées chaque année, de l?accélération du développement économique et du
renforcement de la sécurité internationale. Faute d?un tel effort concerté,
il sera impossible d?atteindre les objectifs de développement pour le
millénaire par lesquels la communauté mondiale s?est engagée à améliorer les
conditions de vie des déshérités.
A bien des égards, l?ampleur des efforts requis pour passer à l?échelle
supérieure s?explique par les niveaux de revenus extrêmement faibles dans
les pays concernés, et donc par les montants dérisoires qu?ils consacrent
aujourd?hui à la santé, ainsi que par les sommes nécessaires pour garantir
ne serait-ce qu?un niveau minimal de dépenses de santé.
Une action ambitieuse ne saurait se limiter au secteur de santé, et c?est
pourquoi les auteurs du rapport insistent sur l?importance d?une aide accrue
en faveur des pays les plus pauvres du monde d?une façon plus générale. C?
est, selon nous, de la plus haute importance, au moment même où l?on prend
mieux conscience de la nécessité d?atténuer les tensions et les inégalités
qui accompagnent la mondialisation.
Nous exhortons la communauté internationale à saisir les possibilités d?
action pendant l?année à venir en développant massivement l?accès des
populations pauvres aux services de santé essentiels. Par des décisions
audacieuses en 2002, le monde pourrait instaurer entre riches et pauvres un
partenariat inégalé, en faisant le don de la vie à des millions de
déshérités et en prouvant à tous les sceptiques que la mondialisation peut
être mise au service de l?humanité tout entière.
Jeffrey D. Sachs, Président
Isher Judge Ahluwalia
K. Y. Amoako
Eduardo Aninat
Daniel Cohen
Zepherin Diabre
Eduardo Doryan
Richard G. A. Feachem
Robert Fogel
Dean Jamison
Takatoshi Kato
Nora Lustig
Anne Mills
Thorvald Moe
Manmohan Singh
Supachai Panitchpakdi
Lauron Tyson
Harold Varmus
Novembre 2001
RESUME D?ORIENTATION DU RAPPORT
Technologie et politique ont rapproché les pays comme jamais auparavant. La
mondialisation peut avoir d?énormes retombées, du fait de l?intensification
des échanges d?idées, de cultures, de techniques salvatrices et de procédés
de production, mais elle est mise en accusation, d?un côté parce que des
centaines de millions de pauvres n?en bénéficient pas et, de l?autre, parce
qu?elle engendre de nouveaux défis planétaires : des désordres dans une
région du monde peuvent en effet s?étendre rapidement à une autre, qu?il s?
agisse de terrorisme, de conflit armé, de dégradation de l?environnement ou
de maladies (on en a un exemple avec la propagation catastrophique du SIDA
dans le monde en l?espace d?une génération).
Les responsables politiques du monde entier ont pris conscience de cette
interdépendance planétaire et l?ont affirmé dans des déclarations où ils s?
engageaient solennellement à améliorer les conditions de vie des pauvres d?
ici 2015. En adoptant en septembre 2000 les objectifs de développement pour
le millénaire, le Sommet du Millénaire réuni par l?Organisation des Nations
Unies plaidait en faveur d?un recul massif de la pauvreté et d?améliorations
sensibles de la situation sanitaire des populations pauvres. S?il est
possible d?atteindre ces objectifs, cela ne se fera pas automatiquement. En
fait, compte tenu de la trajectoire actuelle, ils ne se concrétiseront que
pour une petite frange des pauvres du monde. Pour ce faire, il faudra une
détermination à agir, une volonté politique et un transfert durable et ciblé
des ressources suffisantes des pays riches vers les pays pauvres.
En un sens, l?importance des objectifs de développement pour le millénaire
en santé n?a pas besoin d?être démontrée. Améliorer l?état de santé et l?
espérance de vie des pauvres est une fin en soi, un but fondamental du
développement économique. Mais c?est aussi un moyen d?atteindre les autres
objectifs de développement liés à la lutte contre la pauvreté. Les liens
entre santé, recul de la pauvreté et la croissance économique à long terme
sont étroits, beaucoup plus étroits qu?on ne le pense généralement. La
charge de morbidité dans certaines régions à faible revenu, en particulier l
?Afrique subsaharienne, est un obstacle redoutable à la croissance
économique et il faut donc l?affronter sans hésiter en s?aidant d?une
stratégie de développement globale. La pandémie de SIDA est un défi inouï
qui, par son urgence et son intensité, n?a pas de précédent. A elle seule,
cette épidémie risque de compromettre le développement de l?Afrique pour
toute une génération et pourrait entraîner des dizaines de millions de décès
en Inde, Chine et dans d?autres pays en développement si l?on ne redouble
pas d?efforts.
Notre rapport s?intéresse surtout aux pays à faible revenu et aux
populations pauvres vivant dans les pays à revenu intermédiaire.1 (voir
notes dans le rapport). Les pays à faible revenu peuplés de 2,5 milliards de
gens ? et en particulier les pays d?Afrique au sud du Sahara, avec leurs 650
millions d?habitants ? font état d?une espérance de vie bien inférieure
Tableau I. ESPERANCE DE VIE ET TAUX DE MORTALITE, SELON LA CATEGORIE DE
DEVELOPPEMENT DES PAYS (1995-2000)
Catégorie dedéveloppement Population(1999, enmillions) Revenuannuelmoyen(en
USdollars) Espérancede vie àlanaissance(enannées) Taux
demortalitéinfantile(décèsavant l?âged?un anpour 1 000naissancesvivantes)
Mortalitéparmi lesmoins de5 ans (décèsavant l?âgede 5 anspour 1
000naissancesvivantes)
Pays les moins avancés 643 296 51 100 159
Autres pays à faible revenu 1 777 538 59 80 120
Pays à revenu intermédiaire inférieur 2 094 1 200 70 35 39
Pays à revenu intermédiaire supérieur 573 4 900 71 26 35
Pays à revenu élevé 891 25 730 78 6 6
Pour mémoire : Afrique subsaharienne 642 500 51 92 151
Source : Rapport sur le développement humain 2001, Tableau 8, et calculs de
la Commission à partir des indicateurs du développement dans le monde de la
Banque mondiale 2001.
et de taux de mortalité ajustés sur l?âge bien supérieurs à ce qu?ils sont
dans le reste du monde, comme il ressort du tableau 1 ci-dessus. Les
chiffres sont les mêmes pour les populations pauvres de pays à revenu
intermédiaire comme la Chine. Pour faire reculer ces taux de mortalité
effrayants, les toutes premières priorités en santé publique restent la
lutte contre les maladies transmissibles et l?amélioration de la santé
maternelle et infantile. Les principales causes de décès évitables dans les
pays à faible revenu sont le VIH/SIDA, le paludisme, la tuberculose, les
maladies infectieuses de l?enfant, les pathologies maternelles et
périnatales, les carences en micronutriments et les maladies liées au tabac.
Avec la maîtrise de ces maladies, conjuguée au développement des programmes
de planification familiale, les familles défavorisées pourraient non
seulement vivre en bonne santé plus longtemps et plus productivement, mais
aussi choisir d?avoir moins d?enfants, tout en sachant que leurs enfants
survivront, ce qui leur permettrait d?investir davantage dans l?éducation et
la santé de chaque enfant. Quant aux femmes, étant donné le fardeau très
lourd que font peser sur elles certaines de ces pathologies, de telles
mesures viendraient particulièrement améliorer leur situation. Les
améliorations en santé se traduiraient par une hausse des revenus, une
intensification de la croissance économique et un ralentissement de la
croissance démographique.
Si nous nous intéressons avant tout aux maladies transmissibles ainsi qu?à
la santé maternelle et périnatale, nous ne négligeons pas pour autant les
maladies non transmissibles qui revêtent une grande importance pour tous les
pays en développement ; dans de nombreux pays à revenu intermédiaire, la
mortalité par maladies transmissibles a déjà beaucoup diminué, de sorte que
les maladies non transmissibles deviennent peu à peu la priorité N° 1. Bon
nombre des maladies non transmissibles, notamment les maladies
cardio-vasculaires, le diabète, les maladies mentales et le cancer, peuvent
être maîtrisées grâce à des interventions relativement peu coûteuses, en
particulier des mesures préventives axées sur le régime alimentaire, l?usage
du tabac ou le mode de vie.2 Notre perspective mondiale quant aux priorités
doit être complétée par une analyse où chaque pays définira ses propres
priorités sanitaires à partir de données épidémiologiques détaillées
régulièrement mises à jour. Plaider en faveur de systèmes de santé fondés
sur les résultats implique d?autre part la capacité de s?attaquer à d?autres
problèmes que nous n?avons pas évoqués en détail ici, comme la prise en
charge pour un coût modique des maladies mentales, du diabète et des crises
cardiaques. La réalité des faits donne également à penser que les méthodes
requises pour développer le système de santé afin d?assurer des
interventions orientées vers les maladies transmissibles et la santé
génésique permettront également d?améliorer la prise en charge des maladies
non transmissibles.3
La possibilité de concrétiser les objectifs de développement pour le
millénaire dans les pays à faible revenu est dans l?ensemble mal évaluée.
Dans le débat qu?elle suscite, il y a d?un côté les optimistes qui pensent
que les objectifs sanitaires se réaliseront d?eux-mêmes, en tant que
retombée quasi-automatique de la croissance économique. Avec des taux de
mortalité parmi les moins de cinq ans qui se situent à 159 pour 1 000
naissances dans les pays à faible revenu, contre 6 pour 1 000 dans les pays
à revenu élevé,4 ces optimistes radieux pensent que c?est une question de
temps et que les taux de mortalité des pays à faible revenu rejoindront ceux
des pays riches. Ils ont tort pour deux raisons. Tout d?abord, la charge de
morbidité va ralentir la croissance économique censée résoudre les problèmes
de santé ; ensuite, si la croissance économique est forte, elle est
cependant très loin de suffire. Pour un même niveau de revenu, les
indicateurs sanitaires varient énormément. Les faits laissent à penser que
73 pays sont loin de réunir les conditions nécessaires à la concrétisation
des objectifs de développement pour le millénaire en ce qui concerne la
mortalité infantile (66 sont dans le même cas pour la mortalité
infanto-juvénile).5 On ne pourra réduire la charge de morbidité conformément
aux objectifs de développement pour le millénaire que s?il existe une
stratégie globale concertée pour donner aux pauvres du monde plus largement
accès aux services de santé essentiels.
De l?autre côté campent les pessimistes, qui sous-estiment les progrès
considérables réalisés dans le domaine de la santé (à l?exception notable du
VIH/SIDA) par la plupart des pays à faible revenu et pensent que ce lourd
reliquat de maladie est une retombée de systèmes de santé corrompus et
désorganisés au-delà de tout espoir dans des pays à faible revenu mal
gouvernés. Cette autre vision est elle aussi lourde de malentendus et d?
exagérations. Les données épidémiologiques livrent un message crucial : l?
essentiel de la charge excessive de morbidité est dû à relativement peu de
pathologies identifiables qui se prêtent chacune à des interventions
sanitaires aptes à améliorer spectaculairement la situation et réduire le
nombre des décès associés à ces pathologies. Le problème est que ces
interventions n?atteignent pas les déshérités ? en partie pour des raison de
corruption, de mauvaise gestion ou de déficience du secteur public ;
toutefois, dans la plupart des pays, il se pose un problème plus fondamental
auquel on peut remédier. Les pauvres n?ont ? pas plus que leur
gouvernement ? les moyens financiers d?accéder à ces interventions
essentielles. Dans bien des cas, les programmes de santé publique n?ont pas
été revus pour tenir compte des pathologies et des interventions évoquées
ici.
La Commission recommande avant tout que les pays à faible revenu et à
revenu intermédiaire, en association avec les pays à revenu élevé, donnent
aux pauvres plus largement accès aux services de santé essentiels, en s?
attachant à certaines interventions. Les pays à faible revenu et à revenu
intermédiaire s?engageraient à fournir eux-mêmes un complément de ressources
financières, à assurer la direction politique et la transparence voulues et
à mettre en place des mécanismes de participation communautaire et de
rigueur comptable pour que des systèmes de santé bien financés puissent
?uvrer dans de bonnes conditions à la solution des grands problèmes de
santé. Les pays à revenu élevé s?engageraient dans le même temps à fournir
une aide financière beaucoup plus importante sous forme de subventions, en
particulier pour les pays qui ont le plus urgemment besoin d?aide et sont
concentrés en Afrique au sud du Sahara. Ils décideraient que ce ne doit
pas être l?absence de fonds de la part des donateurs qui limite la capacité
à assurer des services de santé aux populations les plus pauvres du monde.
Le partenariat devrait se développer progressivement : les interventions
dans les pays à faible revenu créeraient les conditions d?un financement des
donateurs, celui-ci créant par son ampleur le cadre financier concret d?un
système de santé beaucoup plus large et plus efficace où un seul et même
programme ferait l?objet de bilans, d?évaluations et de vérifications
fréquentes et de corrections à mi-parcours. On éliminerait ainsi le problème
de l??uf et de la poule consistant à décider s?il faut commencer par les
réformes ou par le financement des donateurs, car les bailleurs de fonds
tout comme les bénéficiaires reconnaîtraient honnêtement qu?il faut à la
fois un financement et des réformes à chaque étape et que les deux doivent
être garantis par un partenariat étroit. Pour les pays à revenu
intermédiaire inférieur où beaucoup de gens sont pauvres, l?une des tâches
primordiales du gouvernement serait de mobiliser des ressources
supplémentaires pour financer des interventions prioritaires permettant d?
atteindre les groupes défavorisés.
Engager massivement des ressources financières supplémentaires en faveur de
la santé, aux niveaux national et international, est sans doute une
condition nécessaire pour faire passer les interventions sanitaires à l?
échelle supérieure, mais la Commission reconnaît qu?une telle mesure ne sera
pas suffisante. L?expérience montre, s?il en était besoin, que l?engagement
politique et administratif de la part des donateurs comme des pays est la
clé du succès. Pour mettre en place des systèmes de santé qui soient à l?
écoute des usagers, notamment des populations pauvres difficiles à
atteindre, il faut procéder à des choix délicats sur le plan politique et
rigoureux sur le plan administratif. Certains problèmes, par exemple la
place relative à accorder aux besoins sanitaires des nantis et à ceux des
pauvres, relèvent du secteur de la santé, mais d?autres, par exemple savoir
si le systèmes de budget et d?achat du secteur public fonctionnent ou s?il
existe un bon encadrement et une transparence locale de la prestation des
services publics, relève de la gestion publique. On retrouve au fond des
questions plus fondamentales de gouvernance, de conflit et d?importance
relative au développement et de la lutte contre la pauvreté dans les
priorités nationales.
La Commission est consciente de l?importance de ces problèmes, parmi d?
autres, et elle les analyse de façon approfondie dans plusieurs parties du
rapport. Pour réussir, il faudra une forte impulsion politique et un
engagement sans faille de la part des pays qui peuvent apporter des
ressources de même que des pays en développement ? dans le secteur privé et
public tout comme dans la société civile. Il faut que les rapports entre
donateurs et bénéficiaires s?inscrivent dans un climat de franchise, de
confiance et de respect. Le succès exige des efforts spéciaux précisément
dans les contextes où la situation sanitaire est la plus difficile et où le
secteur public est déficient. Les donateurs ne devraient pas compter leur
appui pour aider à éliminer les obstacles. Mais, si les pays ne veulent pas
faire un effort sérieux ou si les fonds sont mal gérés, la prudence et le
souci de crédibilité imposent de ne pas fournir de financement massif. Même
dans ces cas, l?expérience montre toutefois que l?aide des donateurs peut
faire beaucoup en aidant à renforcer les capacités locales et en associant
la société civile et les ONG. C?est un enjeu de taille mais aussi un
objectif dont la pertinence stratégique est plus grande que jamais. Les
autorités et les dirigeants qui aideront à encourager et approfondir ces
actions apporteront un antidote certain au désespoir et à la haine que peut
engendrer la pauvreté.
La Commission s?est tout particulièrement demandé si les pays à faible
revenu pourraient se permettre de financer sur leurs fonds propres les
systèmes de santé en éliminant les gaspillages dans le domaine de la santé
comme dans d?autres. Notre réponse est claire : la pauvreté elle-même
constitue un formidable obstacle financier, même s?il y a des gaspillages à
éliminer. Il est certain que les pays pauvres devraient améliorer la gestion
de leur secteur de la santé, rééquilibrer les différents programmes dans ce
secteur et accroître les montants consacrés à la santé même si leur budget
est limité. Nous pensons qu?il est possible pour les pays à faible revenu et
à revenu intermédiaire d?augmenter en moyenne les crédits budgétaires
consacrés à la santé de 1 % du PNB d?ici 2007 et de 2 % du PNB d?ici 2015
par rapport aux niveaux actuels, même s?il s?agit là d?une prévision
optimiste compte tenu de l?acuité de besoins concurrentiels face à des
ressources publiques limitées. D?autre part, les pays à faible revenu et à
revenu intermédiaire pourraient faire davantage pour que les dépenses
publiques et privées actuelles soient plus équitables et plus efficaces. Les
dépenses publiques devraient être mieux ciblées sur les pauvres, les
priorités étant fixées compte tenu des faits épidémiologiques et
économiques. Dans certains cas, les dépenses privées prises en charge par
les usagers pourraient être remplacées par des systèmes de financement
communautaire prépayés. Or, pour les pays à faible revenu, il y a encore
entre moyens et besoins financiers un fossé que la communauté internationale
des donateurs ne viendra combler que s?il y a des chances d?atteindre les
objectifs de développement pour le millénaire.
Dans la plupart des pays à revenu intermédiaire, les dépenses de santé
moyennes par habitant sont déjà suffisantes pour assurer une couverture
universelle des interventions essentielles, mais celles-ci ne touchent qu?
une minorité de gens pauvres. Le phénomène d?exclusion est souvent concentré
dans certaines régions (par exemple les zones rurales de l?ouest de la Chine
ou du nord-est du Brésil) ou dans certaines minorités ethniques. Quoi qu?il
en soit, les dépenses du secteur public consacrées à la santé ne prennent
pas suffisamment en compte les besoins des pauvres. De plus, étant donné
que, dans de nombreux pays à revenu intermédiaire, une grande partie de la
population n?est pas assez protégée sur le plan financier, des dépenses
médicales catastrophiques contribuent souvent à la paupérisation des
ménages. Vu les conséquences préjudiciables d?un mauvais état de santé sur
le développement économique et la lutte contre la pauvreté, nous invitons
instamment les pays à revenu intermédiaire à entreprendre des réformes
budgétaires et organiques pour veiller à ce que les interventions sanitaires
prioritaires touchent l?ensemble de leur population.6 Nous sommes également
convaincus que la Banque mondiale et les banques régionales de développement
peuvent, moyennant des financements octroyés à des conditions normales,
aider ces pays à passer en quelques années à une couverture universelle des
services de santé essentiels.
La Commission a examiné les impératifs en matière d?organisation que
suppose un changement d?échelle et les principaux obstacles à surmonter.
Fort heureusement, les interventions indispensables évoquées ici n?exigent
pas dans l?ensemble de moyens techniques démesurés. Peu d?entre elles font
appel à des hôpitaux. La plupart peuvent être menées dans des centres de
santé, dans de petites structures que nous appelons postes de santé ou par
des services à la périphérie émanant de ces structures. Nous qualifions
collectivement ce système de proche des usagers, et il faut lui donner la
priorité pour que ces interventions soient accessibles à tous. Mettre en
place un bon système proche des usagers n?est pas chose aisée. Il faut
impérativement une capacité de direction au niveau national, conjuguée à des
capacités et à une volonté de transparence au niveau local. Il faudra pour
cela de nouveaux engagements politiques, de meilleures capacités d?
organisation et d?encadrement au niveau local et aux échelons supérieurs
ainsi qu?une plus grande transparence des services publics et de la
budgétisation ? avec dans tous les cas un financement plus important. Ces
mesures doivent s?appuyer sur une solide surveillance et des capacités d?
action communautaire si l?on veut être à l?écoute des déshérités, assurer la
transparence des services locaux et veiller à ce que les familles tirent
pleinement parti des services dispensés.
Quelques initiatives mondiales lancées récemment contre certaines maladies,
notamment la tuberculose, la lèpre, la dracunculose et la maladie de Chagas,
ont réussi à assurer des interventions de qualité et, dans certains cas, à
faire évoluer les mentalités et les comportements dans des contextes très
difficiles sur une base géographique très large. Ce qui caractérise ces
initiatives, c?est qu?elles comportent des systèmes rigoureux de suivi, d?
évaluation, de notification et ce contrôle financier qui permettent de
vérifier que les objectifs sont atteints, que les problèmes sont repérés et
résolus et qu?il est pleinement rendu compte de l?usage des fonds. On
dispose ainsi d?une somme de plus en plus grande de connaissances sur le
degré de progrès accompli ainsi que sur les stratégies opérationnelles et
gestionnaires qui contribuent au succès. Les enseignements tirés de ces
expériences peuvent être utiles sur le plan pratique, en particulier pour l?
organisation d?interventions proches des usagers.
Dans la plupart des pays, un système proche des usagers supposerait un
dosage de prestataires publics et privés de services de santé dont l?Etat
garantirait le financement. Le gouvernement peut soit créer et gérer
directement les unités de service, soit passer des contrats de services avec
des prestataires travaillant dans un but lucratif ou non. Comme ces
dernières années les systèmes de santé publique des pays pauvres se sont
avérés très démunis sur le plan de l?organisation et des finances, il s?est
développé un important secteur sanitaire non gouvernemental qui s?appuie sur
des praticiens privés, des praticiens affiliés à des groupes confessionnels
et des organisations non gouvernementales. Cette multitude de prestataires
est favorable à la concurrence et constitue une soupape de sécurité en cas
de panne du système public. C?est aussi un fait accompli dans presque tous
les pays pauvres.
Une bonne stratégie mondiale en faveur de la santé consiste aussi à
investir dans de nouveaux savoirs. L?un des domaines déterminants à cet
égard est la recherche opérationnelle sur les protocoles de traitement dans
les pays à faible revenu.7 Il y a encore beaucoup à apprendre sur ce qui
fonctionne et ne fonctionne pas, et pour quelles raisons, dans bon nombre de
ces pays, particulièrement là où les interventions n?ont jusqu?ici pas été
appliquées ou documentées. Même lorsque les techniques fondamentales de
lutte contre la maladie sont explicites et universellement applicables, il
se pose dans chaque contexte local des problèmes spéciaux de logistique, d?
observance, de posologie, de distribution et de formulation pharmaceutique
que la recherche opérationnelle au niveau local doit aider à résoudre. Nous
recommandons que les projets de pays affectent régulièrement au moins 5 % de
toutes les ressources à des activités de recherche opérationnelle afin d?
étudier les questions d?efficacité, l?optimisation des protocoles de
traitement, les aspects économiques des différentes possibilités d?
intervention, les modes de prestation ainsi que les préférences des patients
et de la population.
Il faut d?autre part investir de toute urgence dans la quête de nouvelles
techniques ou l?amélioration de celles qui existent pour lutter contre les
maladies les plus meurtrières. Les récents progrès de la génomique, par
exemple, devraient bientôt déboucher sur la mise au point de vaccins contre
le paludisme et le VIH/SIDA et assurer une protection contre la tuberculose
pendant toute la vie. Mais la science ne livre pas tous ses secrets et l?
issue est incertaine. Les faits donnent à penser que d?importants
investissements dans la recherche pourraient avoir des retombées sociales
bien supérieures à celles d?aujourd?hui. Que l?on trouve ou non les vaccins
souhaités, il faudra certainement de nouveaux médicaments étant donné l?
apparition constante de souches pharmacorésistantes de micro-organismes
pathogènes. La Commission demande donc un accroissement important du
financement de la recherche-développement au niveau mondial sur les maladies
qui représentent le plus lourd fardeau pour les déshérités. Nous attirons
particulièrement l?attention sur les maladies concentrées dans les pays
pauvres et pour lesquelles les marchés des pays riches n?offrent que peu d?
incitation de recherche-développement puisque les cas y sont relativement
peu nombreux.8 Nous insistons d?autre part sur la nécessité de faire de la
recherche en santé génésique ? par exemple, pour mettre au point de nouveaux
microbicides susceptibles d?interrompre la transmission du VIH/SIDA et pour
améliorer la prise en charge des problèmes obstétricaux potentiellement
mortels.
Mais il faut aussi investir davantage dans d?autres savoirs. Il faut
développer la recherche fondamentale et appliquée en sciences biomédicales
et sanitaires dans les pays à faible revenu, en même temps qu?intensifier
les travaux de recherche-développement sur certaines maladies. L?état des
connaissances épidémiologiques (déterminer qui souffre et meurt de quelle
maladie) doit être approfondi grâce à l?amélioration de la surveillance et
des systèmes de notification.9 En santé publique, ce savoir est l?un des
outils essentiels pour la lutte contre les maladies. La surveillance est
également vitale pour le combat contre de nombreuses maladies non
transmissibles comme les maladies mentales, contre les effets de la violence
et les accidents, et contre la montée rapide du tabagisme et des maladies
liées à l?alimentation/la nutrition. Enfin, il faut un système de conseil et
de formation bien plus perfectionné pour tous les pays à faible revenu, de
façon à pouvoir transposer les leçons tirées de l?expérience dans un pays.
La diffusion internationale des nouveaux savoirs et des «meilleures
pratiques» est l?un des éléments moteurs du passage à l?échelle supérieure
et c?est une responsabilité centrale d?instances comme l?Organisation
mondiale de la Santé ou la Banque mondiale ; c?est aussi un but désormais
plus facile à atteindre grâce aux méthodes peu coûteuses aujourd?hui
disponibles sur l?Internet.
La guerre contre la maladie demande non seulement des moyens financiers,
une technologie suffisante et un engagement politique, mais aussi une
stratégie, des axes opérationnels de responsabilité et la capacité d?
apprendre tout au long du processus. C?est pourquoi la Commission s?est tout
particulièrement attachée à analyser les aspects organisationnels du
développement massif des interventions sanitaires avec l?aide des donateurs
dans les pays à faible revenu. Nous avons commencé par prendre note des
changements qui seront nécessaires dans les pays eux-mêmes. Après tout, c?
est là où vivent les gens pauvres que les interventions sanitaires
essentielles sont assurées. Le passage à l?échelle supérieure doit donc
commencer par l?organisation du système de prestations proche des usagers au
niveau local. Là, le rôle de la participation communautaire et plus
généralement de la mobilisation d?un large partenariat du secteur public et
privé et de la société civile est crucial. Un système proche des usagers
doit également s?appuyer sur des programmes nationaux de lutte contre
certaines maladies, comme le paludisme, le VIH/SIDA ou la tuberculose. Ces
programmes ciblés ont d?énormes avantages s?ils sont bien intégrés dans les
services de santé communautaires, parce qu?ils permettent de mobiliser des
groupes de compétences qui ne sont pas disponibles au niveau communautaire,
de susciter une attention et un financement publics, de canaliser les
énergies politiques et de garantir la transparence du secteur public en vue
de résultats précis.
Puisque le passage à l?échelle supérieure exigera une augmentation sensible
des financements internationaux, il faut impérativement instaurer un
partenariat efficace entre donateurs et pays bénéficiaires fondé sur la
confiance mutuelle et la performance. A cet égard, il faut revoir les
mécanismes de financement des donateurs, un aspect que le système
international a pris en compte ces trois dernières années puisqu?il a
introduit un nouveau cadre de lutte contre la pauvreté fondé sur un document
de stratégie.10 Les premiers résultats de son application sont prometteurs,
et la Commission approuve ce nouveau processus.11 Une attaque concertée
contre la maladie dans le sens que nous recommandons aidera à assurer le
succès de cette nouvelle approche des relations entre donateurs et
bénéficiaires. Le cadre de lutte contre la pauvreté comporte plusieurs
points forts : 1) amélioration des conditions d?annulation de la dette ; 2)
rôle directeur des pays dans la préparation de la stratégie nationale ; 3)
prise en compte explicite de la société civile à chaque étape du processus ;
4) approche globalisante de la lutte contre la pauvreté ; 5) meilleure
coordination entre donateurs pour parvenir aux buts fixés par les pays. Tous
ces éléments sont importants et même vitaux pour le succès de l?initiative
de santé proposée ici. Si les pays veulent recueillir les fruits de l?
application du cadre, ils doivent établir un calendrier de financement
durable et un plan d?investissement en santé qui feront partie intégrante du
cadre stratégique de lutte contre la pauvreté pour ce qui est de la santé.
Tout en préconisant de développer très nettement les investissements dans
le secteur de la santé proprement dit, nous insistons sur la nécessité de
procéder à des investissements complémentaires dans les domaines qui
conditionnent le recul de la pauvreté (notamment par leurs effets sur la
santé). Il s?agit en particulier de l?éducation, de l?eau et de l?
assainissement ainsi que de l?amélioration de l?agriculture. L?éducation,
par exemple, est l?un des principaux déterminants du niveau d?instruction. C
?est quand ils sont associés que les investissements dans ces divers
secteurs donnent les meilleurs résultats ? un aspect que souligne le
processus stratégique de lutte contre la pauvreté. Nous n?avons toutefois
pas établi d?estimations des coûts en dehors du secteur de la santé.12
Dans le cadre de la stratégie de lutte contre la pauvreté, la Commission
recommande que chaque pays en développement crée à titre temporaire une
commission nationale Macroéconomie et Santé ou une instance équivalente,
dirigée conjointement par le Ministre de la Santé et le Ministre des
Finances et composée de représentants de la société civile, afin d?organiser
et de diriger la tâche du passage à l?échelle supérieure.13 Chaque
commission évaluerait les priorités nationales de la santé, fixerait une
stratégie pour développer sur plusieurs années la couverture des services de
santé essentiels, compte tenu des synergies avec d?autres secteurs
déterminants pour la santé, et garantirait la cohérence avec le cadre de
politique macroéconomique. Le plan serait lié à l?octroi sous forme de
subventions d?une assistance internationale nettement plus importante. Les
commissions nationales travailleraient avec l?OMS et la Banque mondiale pour
établir une base épidémiologique, des cibles opérationnelles quantifiées et
un plan de financement à moyen terme. Chaque commission devrait achever ses
travaux en deux ans, d?ici fin 2003.
Nous recommandons que chaque pays définisse un programme général d
»interventions essentielles» dont la couverture universelle serait garantie
par un financement public (auquel s?ajouterait un financement des
donateurs). Quatre grands critères pourraient être appliqués au choix de ces
interventions essentielles : 1) elles doivent être techniquement efficaces
et pouvoir être menées à bien ; 2) les maladies qu?elles visent imposent un
lourd fardeau à la société, compte tenu aussi bien des maladies
individuelles que de leurs retombées sociales (par exemple épidémies et
impacts économiques négatifs) ; 3) leurs avantages sur le plan social
doivent être supérieurs à leur coût (les avantages comprenant les années de
vie sauvées et des retombées comme la diminution du nombre d?orphelins ou l?
accélération de la croissance économique) ; enfin, 4) les besoins des
pauvres doivent être prioritaires.
Selon nos estimations, les interventions essentielles préconisées ici
contre les maladies infectieuses et les carences nutritionnelles devraient
en principe permettre de sauver d?ici 2010 environ 8 millions de vies par
an ? principalement dans les pays à faible revenu.14 La Commission
Macroéconomie et Santé a calculé le coût de l?élargissement de la couverture
de ces interventions,15 y compris le coût général de l?expansion et de la
supervision du système, pour tous les pays dont le PNB par habitant était en
1999 inférieur à $1200, ainsi que pour les quelques pays restants de l?
Afrique subsaharienne dont le revenu est supérieur à $1200 (voir le Tableau
A2.B dans le rapport).16 Le total des dépenses annuelles de santé pour ce
groupe de pays augmenterait de $57 milliards d?ici 2007 et $94 milliards d?
ici 2015 (voir le Tableau A2.3 dans le rapport). Les pays de ce groupe
engageraient $35 milliards supplémentaires par an d?ici 2007 et $63
milliards supplémentaires par an d?ici 2015.17 Les donateurs, quant à eux,
financeraient par des subventions un montant supplémentaire de $22 milliards
par an d?ici 2007 et $31 milliards par an d?ici 2015 (voir le Tableau A2.6
dans le rapport).18 Actuellement, l?aide publique au développement (APD) est
de l?ordre de $6 milliards.19 L?ensemble des dépenses des donateurs, y
compris les programmes dans les pays et la fourniture de biens publics au
niveau mondial, s?élèverait à $27 milliards en 2007 et $38 milliards en
2015. Ce financement accru des donateurs en faveur de la santé viendrait s?
ajouter aux transferts d?aide actuels, puisqu?il faudra en même temps
accroître l?assistance dans bien d?autres domaines que celui de la santé.
La plupart de l?aide des donateurs serait axée sur les pays les moins
avancés, qui ont le plus besoin de subventions pour développer la couverture
des services de santé. Pour ces pays, le total des dépenses annuelles de
santé augmenterait de $17 milliards d?ici 2007 et de $29 milliards d?ici
2015 par rapport à 2002. Vu les très faibles revenus dans ces pays, il
serait toutefois difficile de mobiliser des ressources suffisantes pour
répondre aux besoins, puisqu?elles augmenteront de $3 milliards d?ici 2007
et de $9 milliards d?ici 2015. Le déficit serait comblé par les donateurs,
dont l?aide sous forme de subventions s?élèverait à $14 milliards par an en
2007 et $21 milliards par an en 2015. Nous notons d?autre part que, sur le
plan régional, c?est l?Afrique qui recevrait la plus grande partie de l?aide
des donateurs, compte tenu de la pauvreté et de la forte prévalence des
maladies sur le continent africain. La prévention du SIDA et la prise en
charge des malades représenteraient environ la moitié de l?ensemble des
coûts du passage à l?échelle supérieure.20
Pour saisir ce que représentent ces sommes, il n?est pas inutile d?examiner
les coûts des interventions sanitaires par habitant. On constate qu?en
moyenne, la série d?interventions essentielles coûte environ $34 par
personne et par an, ce qui est une somme très modique, surtout si on la
compare à une dépense moyenne par habitant pour la santé de plus de $2000
par ans dans les pays à revenu élevé. Les pays les moins avancés peuvent
mobiliser environ $15 par personne et par an d?ici 2007 (près de 5 % du
revenu par habitant). Le déficit est donc de $19 par personne et par an.
Avec 750 millions d?habitants dans les pays les moins avancés en 2007, on
arrive à un chiffre proche de $14 milliards. Les autres pays à faible revenu
peuvent mobiliser en moyenne à peu près $32 par personne (là encore, plus ou
moins 5 % du revenu par habitant). Certains de ces pays auront besoin de l?
aide des donateurs pour atteindre l?impératif de $34 par personne, mais d?
autres pourront s?en passer. Les autres pays à faible revenu auront à eux
tous en 2007 une population d?environ 2 milliards d?habitants et, si on
procède à un calcul pays par pays, il leur faudra à peu près $3 par habitant
en moyenne pour combler le déficit de financement, si bien que le niveau
total d?aide nécessaire de la part des donateurs représente
approximativement $6 milliards. Les pays à revenu intermédiaire inférieur
auront besoin de $1,5 milliard supplémentaire, principalement pour faire
face au coût élevé de la prise en charge du SIDA.
Il est important de situer en perspective l?ensemble de l?aide des
bailleurs de fonds. Si l?assistance requise est importante par rapport à ce
qu?ils donnent aujourd?hui pour la santé, elle ne représenterait qu?environ
0,1 % de leur PNB et laisserait de très nettes marges d?augmentation dans d?
autres domaines, en fonction des besoins. Nous insistons sur le fait que l?
accroissement de l?aide en faveur de la santé doit venir s?ajouter aux flux
d?aide actuels, puisqu?il faudra un surcroît d?aide non seulement pour la
santé, mais aussi pour l?éducation, l?assainissement, l?approvisionnement en
eau et d?autres activités. D?autre part, même si les apports des donateurs
semblent importants par rapport aux dépenses de santé actuelles,
particulièrement dans les pays les plus pauvres, il faut noter la modicité
des sommes que ces derniers dépensent et donc la modicité de leurs revenus.
Ce développement de l?aide en faveur du secteur de la santé doit être
échelonné dans le temps pour que les ressources puissent être utilisées
efficacement et de façon transparente, et c?est ce qui nous a conduits à
établir le calendrier de développement de la couverture, qui présente notre
base de calcul (voir le Tableau 7 dans le rapport). Il faut noter que l?aide
des donateurs sera nécessaire pendant longtemps, vingt ans peut-être, mais
qu?elle cessera un jour lorsque les pays arriveront à un revenu par habitant
plus élevé et seront donc mieux à même de financer par leurs propres moyens
les services de santé essentiels.
Ce programme aurait des avantages économiques de valeur bien supérieure à
son coût. Les 8 millions de vies sauvées grâce à la lutte contre les
maladies infectieuses et les carences nutritionnelles se traduiraient par un
nombre bien plus élevé d?années de vies gagnées, de même que par une plus
grande qualité de vie. Les économistes parlent de gain en matière d?années
de vie ajustées sur l?incapacité (DALY),21 ce qui regroupe l?augmentation du
nombre d?années de vie et la diminution du nombre d?années de vie avec
incapacité. On estime qu?environ 330 millions d?années d?incapacité seraient
épargnées pour chaque tranche de 8 millions de décès évités. En supposant,
de façon prudente, que chaque DALY épargnée comporte un avantage économique
d?une année de revenu par habitant pour un montant prévu de $563 en 2015, l?
avantage économique direct que comporterait ces 330 millions de DALY
épargnées serait de $186 milliards par an et vraisemblablement plusieurs
fois ce montant.22 La croissance économique en serait accélérée et donc les
DALY épargnées contribueraient à rompre le cercle vicieux de la pauvreté qui
freine jusqu?à présent la croissance économique dans les pays à faible
revenu et à mortalité élevée. L?accroissement du revenu par habitant
représenterait des dizaines voire des centaines de milliards de dollars
supplémentaires par an.
Les $27 milliards d?aide accordée sous forme de subventions en 2007
seraient orientés vers trois objectifs : 1) l?aide aux pays à faible revenu
(et à quelques pays à revenu intermédiaire pour des dépenses liées au
VIH/SIDA) pour contribuer à financer le développement des interventions
essentielles et la mise en place du système de santé ($22 milliards, voir
les détails à l?appendice 2) ; 2) les investissements dans la
recherche-développement (R&D) sur les maladies qui frappent les pauvres ($3
milliards) ; 3) la fourniture accrue de biens publics dans le monde par les
institutions internationales chargées de coordonner l?effort planétaire,
notamment l?Organisation mondiale de la Santé, la Banque mondiale et d?
autres institutions spécialisées du système des Nations Unies ($2
milliards). Il y aurait également une aide supplémentaire en faveur des pays
à revenu intermédiaire sous forme de prêts à des conditions normales.23 Nous
pensons que, s?ils étaient bien gérés et échelonnés selon le calendrier que
nous recommandons, ces flux d?aide pourraient être absorbés par les pays en
développement sans déstabilisation macroéconomique ou sectorielle majeure.
Ces cibles financières correspondent à ce qu?il faudrait faire plutôt qu?
elles ne rendent compte de ce qui va se produire. Nous savons trop que des
pays donateurs se soustraient à leurs obligations internationales malgré
leurs énormes richesses et que des pays bénéficiaires renoncent à la bonne
gouvernance nécessaire à la protection de leur population. Peut-être l?
accroissement des financements ne sera-t-il que modeste ; il se peut que les
bailleurs de fonds donnent des millions alors que des milliards seraient
nécessaires et que des pays paupérisés se trompent de cible et se battent
contre des êtres humains et non contre des maladies, ce qui empêchera la
communauté mondiale d?apporter de l?aide. Nous ne sommes pas naïfs ; ce n?
est pas par hasard que des millions de gens ? sans voix ni pouvoir, à l?insu
des médias ? meurent chaque année alors qu?ils pourraient être sauvés.24
La gestion de ces énormes flux financiers émanant des donateurs exigera une
nouvelle façon de procéder. La Commission soutient sans réserve la création
du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme,
qui s?attaquera dans un premier temps à la riposte mondiale à ces trois
maladies. Nous recommandons de relever le montant du Fonds mondial pour le
faire passer à quelque $8 milliards par an d?ici 2007 dans le cadre des $22
milliards d?aide versés par les donateurs en faveur des programmes de pays.
Vu le défi exceptionnel que représentent le SIDA et le risque concomitant de
régression économique de l?Afrique et d?autres régions pour des décennies,
il nous semble que le Fonds mondial devrait appuyer un programme dynamique
et audacieux axé sur la prévention des nouvelles infections et sur le
traitement des personnes déjà touchées. Les efforts de prévention viseraient
à élargir considérablement la couverture des programmes de prévention parmi
les groupes très vulnérables, notamment les professionnel(le)s su sexe et
les toxicomanes qui s?injectent des drogues, et à donner largement accès au
traitement des infections sexuellement transmissibles, aux services de
conseil et de test volontaires, ainsi qu?aux interventions destinées à
interrompre la transmission mère-enfant. Vu les coûts et les enjeux de l?
élargissement du traitement, surtout si l?on applique le traitement
antirétroviral avec efficacité et sans favoriser la résistance virale aux
médicaments, les opérations d?élargissement devraient être suivies de près,
fondées sur des données scientifiques et faire l?objet de travaux
approfondis de recherche opérationnelle. Nous sommes d?accord avec les
estimations de l?ONUSIDA et du programme de traitement antirétroviral de l?
OMS selon lesquelles il est possible de soumettre, d?ici fin 2006, 5
millions de patients à un traitement antirétroviral dans les pays à faible
revenu.25
Pour aider à acheminer le surcroît de fonds nécessaire à la
recherche-développement, nous souscrivons à la création d?un nouveau fonds
mondial pour la recherche en santé, dont les décaissements s?élèveraient à
quelque $1,5 milliard par an. Ce fonds aiderait à faire de la recherche
fondamentale et appliquée en sciences biomédicales et sanitaires sur des
problèmes de santé qui touchent les démunis de la planète, ainsi que sur les
systèmes et politiques de santé nécessaires pour les résoudre. Un montant
supplémentaire de $1,5 milliard par an au titre de l?appui à la
recherche-développement devrait être financé par les canaux existants,
notamment le Programme spécial de Recherche et de Formation concernant les
Maladies tropicales (TDR), l?Initiative de recherche sur les vaccins, le
Programme spécial de Recherche, de Développement et de Formation à la
Recherche en Reproduction humaine (HRP) ? qui relèvent tous les trois de l?
OMS ? ainsi que les partenariats public-privé dirigés contre le SIDA, la
tuberculose et le paludisme, et d?autres programmes de lutte contre la
maladie récemment créés. Dans les deux cas, il serait vital de pouvoir
compter sur ce financement accru, puisque les travaux de
recherche-développement sont des entreprises de longue haleine. Le Fonds
mondial pour la recherche en santé pourrait jouer un rôle important dans la
répartition de cette assistance. De manière à appuyer le développement de
cet effort de recherche-développement, nous préconisons vivement la
diffusion gratuite sur l?Internet des grandes revues scientifiques, ce qui
donnera aux chercheurs des pays à faible revenu plus largement accès à un
outil essentiel de recherche scientifique.
Le secteur public ne saurait à lui seul supporter la charge, et il faut
associer à cet effort l?industrie pharmaceutique. Les principes d?entreprise
qui ont récemment impulsé de très louables initiatives de dons de
médicaments et de réductions de prix doivent être généralisés pour favoriser
l?élargissement des interventions sanitaires dans les pays pauvres. L?
industrie pharmaceutique doit veiller à ce que les pays à faible revenu (et
les donateurs en leur nom) aient accès aux médicaments essentiels à des prix
proches du prix à la production (c?est ce qu?on appelle parfois le plus bas
prix commercial viable), pour ne pas payer les prix bien supérieurs qui sont
ceux des marchés des pays à revenu élevé. Selon nous, l?industrie est prête
à s?engager dans ce sens, ce qui permettrait aux pauvres d?avoir accès aux
médicaments essentiels, à la fois grâce à l?établissement de prix
différentiels et à l?octroi de licences pour leurs produits aux fabricants
de génériques.26 Si l?industrie pharmaceutique n?est pas prêt à coopérer de
façon fiable et générale ou bien si cette coopération ne suffit pas, il
faudrait appliquer les règles du commerce international en matière d?accès
aux médicaments essentiels de manière à obtenir les mêmes résultats. Il est
en même temps extrêmement important de veiller à ce que l?élargissement de l
?accès aux médicaments pour les pauvres ne compromette pas à l?avenir la
capacité d?innovation liée au système des droits de propriété
intellectuelle. L?industrie privée en dehors du secteur pharmaceutique a
elle aussi un rôle à jouer, notamment en veillant à ce que ses
travailleurs ? pilier de la productivité des entreprises ? aient accès au
savoir et aux services médicaux nécessaires à leur survie et à la protection
de leur santé. Ainsi, les compagnies minières d?Afrique australe, région qui
se trouve à l?épicentre de la pandémie de VIH/SIDA, ont une responsabilité
particulière, puisqu?elles doivent aider à prévenir la transmission de la
maladie et collaborer avec l?Etat et les bailleurs de fonds pour que les
travailleurs aient accès aux soins. Les principales conclusions de la
Commission concernant les liens entre santé et développement sont
récapitulées dans le Tableau 2, tandis que le plan d?action est résumé dans
le Tableau . Nos recommandations particulières concernant l?accroissement de
l?aide internationale des donateurs et des financements nationaux sont
récapitulées dans le Tableau 4.
Maintenant que la mondialisation est en accusation, il faut réussir à
concrétiser les engagements pris solennellement de faire reculer la pauvreté
et d?améliorer la santé. On dispose des ressources ? humaines, scientifiques
et financières ? nécessaires, mais il reste à les mobiliser. Au moment même
où le monde intensifie la lutte contre le fléau du terrorisme, il est très
important qu?il s?engage en même temps à sauver des millions de vies par des
moyens pacifiques, en mettant à profit la science et la technique modernes
ainsi que les énormes richesses des pays développés. Cette action serait une
source d?inspiration et un facteur d?unité pour les peuples du monde entier.
Nous exhortons les dirigeants de la communauté internationale ? dans les
pays donateurs comme dans les pays bénéficiaires, dans les institutions
internationales comme la Banque mondiale, l?Organisation mondiale de la
Santé, l?Organisation mondiale du Commerce, l?Organisation de Coopération et
de Développement économiques et le Fonds monétaire international, dans les
entreprises privées et, enfin, dans la société civile ? à saisir les
occasions mises en relief dans ce rapport. C?est dans l?unité que le monde
va maintenant pouvoir entreprendre et favoriser les investissements
planétaires en santé qui permettront de transformer la vie et les conditions
d?existence des pauvres.
___________________________________________________________________________
Tableau 2. PRINCIPALES CONCLUSIONS CONCERNANT LES LIENS ENTRE SANTE ET
DEVELOPPEMENT
___________________________________________________________________________
1. La santé est un objectif prioritaire en tant que tel, de même qu?un
élément essentiel du
développement économique et de la lutte contre la pauvreté. L?importance qu?
il y a à investir dans la santé a été beaucoup sous-estimée, non seulement
par les analystes, mais aussi par les gouvernements des pays en
développement et par la communauté internationale des donateurs. Le surcroît
d?investissements qui seraient réalisés dans le domaine de la santé selon
les grandes lignes esquissées dans ce rapport se traduirait par des
centaines de milliards de dollars par an de revenus supplémentaires pour les
pays à faible revenu. Assurer une bonne prise en charge sanitaire des
personnes pauvres comporterait d?importants avantages sociaux et aurait
notamment des retombées sur les franges les plus prospères de la société.
___________________________________________________________________________
2. Quelques pathologies sont en grande partie responsables du bilan
sanitaire négatif : VIH/SIDA, paludisme, tuberculose, maladies infectieuses
de l?enfant (dont beaucoup peuvent être évitées par la vaccination),
pathologies maternelles et périnatales, maladies liées au tabac et carences
en micronutriments. Il existe des interventions efficaces pour prévenir ces
maladies ou les soigner. Un programme bien ciblé permettrait d?ici la fin de
la décennie de sauver environ 8 millions de vie par an.
___________________________________________________________________________
--
Adresse pour les messages destinés au forum E-MED:
<e-med@usa.healthnet.org>
Pour répondre à un message envoyer la réponse au forum
ou directement à l'auteur.
Pour toutes autres questions addresser vos messages à :
<e-med-help@usa.healthnet.org>
|