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[e-med] Pour que le droit à la santé devienne réel


  • From: infoaction@samizdat.net
  • Date: Tue, 16 Apr 2002 03:51:57 -0400 (EDT)

E-MED: Pour que le droit à la santé devienne réel
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[Modérateur: remerciements à la liste de diffusion "infoaction" destinée aux
associations de prise en charge des malades du sida en Afrique.CB]

Discours de Zackie Achmat (Président de la TAC - Afrique du Sud) à la
Commission des droits de l'homme aux Nations Unies (traduction Alisabeth
Chamorand)

Pour que le droit à la santé devienne réel : l'accès au traitement du
VIH/SIDA; le rôle de la société civile en Afrique du Sud 58e session de
la commission des droits humains de l'ONU

1. Madame la Présidente, Haut Commissaire Robins, Messieurs et Mesdames
les distingués membres de la Commission, invités et amis, Madame Miriam
Maluwa, je veux vous remercier au nom de "The Treatment Action
Campaign"(TAC) d'avoir la possibilité de m'adresser à vous. TAC est une
campagne menée par des personnes infectées par le VIH/SIDA, nos amis,
nos familles, et la communauté de façon plus large. En plus des
organisations de femmes, d'enfants et de professionnels de la santé, TAC
reçoit le soutien du Congrès des Syndicats sud-africains(COSATU), du
Conseil National des Syndicats, du Conseil des Eglises sud-africaines,
du Congrès des Evêques catholiques sud-africains et de beaucoup d'autres
organisations communautaires. Le "AIDS Law Project" est une des
organisations importantes associées à TAC. Nous luttons pour l'accès au
traitement du VIH, pour l'élimination de nouvelles infections causées
par le VIH et pour un système de soins de qualité pour tous, dans notre
pays et au-delà.

2. Pour les enfants, les femmes et les hommes infectés par le VIH/SIDA,
le droit à la dignité, le droit à la vie, le droit à l'égalité,
étroitement liés au droit aux soins médicaux et en particulier à l'accès
aux médicaments comprenant les antirétroviraux, sont notre rempart
contre la mort. C'est particulièrement vrai dans les pays pauvres et les
communautés pauvres des pays riches. Ces droits-dignité, vie, égalité-
sont des outils essentiels de notre combat contre les obstacles au
traitement du VIH et aux soins pour tous. Quels sont ces obstacles?

3. Le manque de connaissances scientifiques et médicales est un obstacle
majeur dans notre lutte pour l'accès au traitement. Les gouvernements,
les professionnels de la santé et les personnes infectées par le
VIH/SIDA ne sont pas souvent au courant des traitements existants pour
les infections opportunistes et de la façon dont agissent les
antirétroviraux. Nos professionnels dans bien des secteurs ne
comprennent pas comment fonctionnent les essais cliniques, ne possèdent
pas les rudiments de pharmacologie etc. Cependant, cet obstacle n'est
pas insurmontable. Quand nous avons commencé notre campagne pour l'accès
à l'AZT pour les femmes enceintes, les gens, y compris des médecins et
des infirmières, nous ont demandé ce qu'était l'AZT. Aujourd'hui des
millions de gens en Afrique du Sud ont entendu parler de l'AZT, de la
nevirapine et d'autres antirétroviraux, ainsi que du fluconazole, de
l'acyclovir et du cotrimoxazole. TAC a beaucoup appris des ONG du Nord,
en particulier de GMHC, TAG et Project Inform. Mais nous appliquons ces
leçons à notre propre contexte culturel. Aujourd'hui, des gens pas
instruits parlent de connaissances thérapeutiques et bien que nous ayons
encore beaucoup de travail à faire, notre expérience nous a montré que
cet obstacle peut être surmonté par la société civile en association, là
où c'est possible, avec le gouvernement et le secteur privé.

4. Les brevets et les prix : dans notre pays, l'herpes n'est pas traité
depuis de nombreuses années à cause du prix élevé dû aux brevets sur
l'acyclovir. Le brevet a expiré, mais les indications pour le traitement
syndromique des maladies sexuellement transmissibles n'incluent pas
encore l'acyclovir. Notre gouvernement
s'est engagé à changer cette situation. Le fluconazole pour le
traitement du muguet systémique et de la méningite cryptococcale n'était
pas à la portée de la vaste majorité des malades du VIH/SIDA à cause du
prix et du brevet. C'est aussi vrai des antirétroviraux pour le
traitement du VIH.

5. Le gouvernement du Président Nelson Mandela et la très compétente
ministre de la santé, Dr. Nkosazana Dlamini-Zuma, ont élaboré un
programme pour une réforme du système de santé. Il comprenait la
législation sur les médicaments "the Medicines and Related Substances
Control Amendment Act" de 1997. Comme vous le savez, les plus grandes
firmes pharmaceutiques ont intenté un procès à notre gouvernement à
propos de cette loi. En particulier, elles se sont opposées à des
mesures comme le remplacement par des génériques de médicaments qui
n'étaient plus couverts par des brevets( ce qui est communément pratiqué
aux E.U. en Europe et ailleurs),à une commission chargée de fixer les
prix, et aux importatioons parallèles. Grâce au soutien d'ACT-UP New
York et Philadelphie, de la coalition HealthGap, d'IGLHRC, de MSF et de
Consumer Project on Technology qui mobilisèrent l'opinion publique en
Europe et en Amérique du Nord, TAC mobilisa la société civile en Afrique
du Sud pour soutenir la législation et le gouvernement. Nous reçumes le
soutien d'OXFAM, d'ACTSA et d'innombrables autres ONG, et de Windhoek à
Manille, de Londres à Delhi, de Paris à Rio de Janeiro, la société
civile répondit à notre appel pour une journée mondiale d'action et une
pression continue sur les compagnies pharmaceutiques. Il y a presque
exactement un an, les compagnies pharmaceutiques capitulèrent. Quels ont
été les résultats immédiats de cette campagne?

6. Depuis la campagne contre le lait en poudre il n'y avait eu une
pareille mobilisation générale de la société civile internationale sur
une question de santé. Pour la première fois, un des plus puissants
groupes de pression devait répondre de sa course au profit aux dépens de
la santé et de vies humaines, devant la société civile, le gouvernement
et ses actionnaires.

7. Le prix des médicaments a chuté en Afrique du Sud et dans le monde.
La majorité des Sud-Africains qui ont un emploi(30% sont au chômage)
gagnent moins de 2000 R par mois. En 1998, lorsque TAC commença sa
campagne, le coût d'antirétroviraux pour un mois de traitement s'élevait
de 4500 R à 25OO R. Maintenant ils coûtent entre 1800 et 700 R par mois.
Les ARV génériques utilisés par MSF dans son étude pilote à Khayelitsha
au Cap coûtent 450 R. Des assurances privées donnent accès à une
thérapie d'ARV dans notre pays-les membres du Parlement et leurs
familles y ont accès. Depuis le début de la campagne de TAC et depuis la
fin du procès en avril dernier, le nombre des Sud-Africains sous ARV a
augmenté de 5000 à 20 000. Cependant, les outils de diagnostic et de
monitorage demeurent le plus gros problème. Nous pensons que grâce à
des initiatives comme celle du GPO thailandais et du gouvernement
brésilien, le coût des ARV peut être réduit à 250 R par mois. Le soutien
international aux efforts des gouvernements de Thailand, du Brésil, du
Nigéria et d'autres qui utilisent des ARV génériques a été renforcé à la
suite de la mobilisation de la société civile contre le procès en
Afrique du Sud. MAIS?

8. La volonté politique en Afrique du Sud reste le plus grand obstacle à
l'accès aux antirétroviraux et au traitement approprié des infections
opportunistes. Ce manque de volonté politique est un obstacle pour
affronter les compagnies pharmaceutiques-le gouvernement n'a pas utilisé
la législation acquise au prix de tant de luttes. Il possède le pouvoir
légal grâce à la loi sur les brevets(Patents Act), la loi sur les
médicaments(Medicines Act), et la loi sur la concurrence(Competition
Act). Il a aussi le soutien de l'Accord de Doha pour utiliser les
licences obligatoires pour la production de génériques, mais il ne les a
pas utilisés.

9. Ce qui est le plus significatif, alors que nous parlons, la Cour
constitutionnelle de notre pays examine un pourvoi urgent de notre
gouvernement contre un ordre provisoire lui demandant de donner la
nevirapine aux femmes enceintes infectées par le VIH lorsque les
professionnels de la santé sont en mesure de tester et de conseiller ces
femmes, en attendant un pourvoi. PLus de 70 000 enfants en Afrique du
Sud sont infectés par le virus du VIH avant leur naissance ou pendant
l'allaitement. Moins de 10% de toutes les femmes enceintes ont accès à
des services qui leur prodiguent des conseils, leur font passer des
tests et les informent sur le danger de l'allaitement et du VIH. A
regret, TAC a intenté un procès à notre gouvernement pour que la
nevirapine ou tout autre AVR approprié soit fourni aux femmes enceintes
pour aider à réduire la transmission du VIH de la mère à l'enfant, et
pour qu'il élabore un plan sur deux ans afin de donner des conseils, des
tests et des renseignements sur l'alimentation des nouveaux-nés et sur
les solutions de remplacement de l'allaitement. Nous avons pris cette
décision avec peine et regret après cinq années de négociations. TAC et
tous ses partenaires ont aidé le gouvernement sud-africain à édifier un
des meilleurs systèmes juridiques de défense des droits humains.
Personne ne peut perdre son emploi parce qu'il est infecté par le VIH,
personne ne peut être exclu d'une assurance médicale, d'une école, d'un
logement et de quelque service social. C'est le résultat de
partenariats. Mais depuis 1998 et plus précisément depuis octobre 1999,
lorsque notre Président, M.Thabo Mbeki a mis en doute le lien entre le
VIH et le SIDA, le système de santé est paralysé. La volonté politique
manque pour surmonter un autre obstacle important au traitement des
malades du SIDA : l'infrastructure de soins médicaux. Les moyens
financiers, l'accès aux médicaments et le développement des ressources
humaines peuvent être obtenus si le secteur privé, les assurances
privées et la société civile en partagent le coût.

10. Nous savons que la couverture universelle n'est pas possible dans
l'immédiat. Un engagement à instaurer une couverture universelle, un
projet thérapeutique et un engagement politique sauveront des millions
de Sud-Africains de la mort. Nous faisons appel à tous pour nous aider à
changer les conditions difficiles auxquelles nous sommes confrontés en
Afrique du Sud où la position des négateurs du SIDA est devenue une
orthodoxie.

11. Cependant il existe un défi plus important que le déni du
gouvernement sud-africain. Lorsque nous parlons des droits humains et de
l'accès aux médicaments antisida et du traitement de la malaria, de la
TB, de la leishmanioses et autres maladies négligées, nous devons aussi
parler de la responsabilité internationale. Le plus grand défi auquel
doivent faire face des pays comme les E.U., la Grande Bretagne, l'Union
européenne, le Japon, la Suisse et d'autres, c'est de fournir les moyens
financiers au Fonds mondial, comme l'a demandé le Secrétaire de l'ONU,
M. Kofi Annan. Le Fonds a besoin de 10 à 12 milliards de dollars chaque
année. C'est une honte qu'il n'en ait reçu que moins d'un quart de cette
somme.

12. En conclusion, le pouvoir des firmes pharmaceutiques de dicter leurs
conditions a été temporairement limité. La communauté internationale a
besoin d'être galvanisée pour consacrer les sommes nécessaires à la
lutte contre le VIH/SIDA. Une aide importante au développement
comprenant l'annulation de la dette du tiers monde est essentielle. Cela
peut être réalisé grâce à l'organisation de la société civile en
Afrique, en Asie et en Amérique latine ainsi qu'en Amérique du Nord et
en Europe, pour aider nos gouvernements en partenariat, et là où c'est
nécessaire, pour les convaincre par des actions.
Merci


Zackie Achmat, président de TAC
Zackie@pixie.co.za
3 avril 2002

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