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[e-med] Sida en Afrique: que feront les labos?


  • From: remed@remed.org
  • Date: Fri, 14 Dec 2001 06:04:37 -0500 (EST)

E-MED: Sida en Afrique: que feront les labos?
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Sida en Afrique: que feront les labos?
On est encore loin de la trithérapie à un dollar par jour.

http://www.liberation.com/quotidien/semaine/011214-040027099ECON.html
Libération
Le vendredi 14 décembre 2001

Ce fut le leitmotiv de la Conférence internationale sur le sida en Afrique,
qui s'est terminée, hier, dans la capitale du Burkina Faso: les médicaments
antirétroviraux contre le sida doivent désormais arriver en masse pour les
30 millions d'Africains infectés. «L'année 2001 a été celle des grandes
déclarations, a martelé Peter Piot, directeur de l'Onusida (1). L'année qui
vient doit être celle des actions.» Pour autant, la bataille de l'accès aux
médicaments des pays pauvres paraît encore incertaine: si une dynamique
s'est à l'évidence enclenchée, l'attitude des grands laboratoires
pharmaceutiques reste incertaine.

Tarifs préférentiels. A Ouagadougou, ils sont venus, mais discrètement. Dans
le hall d'exposition de la conférence, leurs stands sont minimalistes. Dans
les couloirs, des délégués des firmes répondent aux demandes des uns et des
autres. Imperturbables, ils répètent des discours désormais bien rodés.
Finies les erreurs de stratégie qui les avaient conduits à mener des actions
en justice contre certains gouvernements qui voulaient outrepasser les lois
sur les brevets. Les labos ont tourné la page. Et se veulent en ordre de
bataille. Exemple avec Kathleen Laya, directrice des relations
internationales à Glaxo SmithKline, qui développe un argumentaire en trois
points: «D'abord, nous voulons montrer que l'on est engagé dans la lutte
contre le sida. Mais, surtout, nous voulons présenter notre politique de
prix avec les tarifs préférentiels pour les quarante-neuf pays les plus
pauvres.» Et enfin: «Peut-être nos médicaments ne sont-ils pas les moins
chers comparés à certains génériques [même principe d'action, même molécule,
mais sans la marque, ndlr], mais notre politique est à long terme. Nous
sommes là pour longtemps. Et nous sommes prêts à assumer nos
responsabilités.»

Après les négociations débutées en avril 2000 entre les firmes
pharmaceutiques et l'Onusida, la baisse des prix des antiviraux est entrée
dans les faits. Pour Glaxo, l'entreprise qui a le plus grand nombre de
molécules anti-VIH, cela correspond à une diminution de 90 % de ses tarifs:
ainsi, le Combivir (mélange de deux molécules, l'AZT et le 3TC) est-il
proposé à 2 dollars (2,23 euros) par jour (au lieu de 10). Le Trizivir,
combinaison de trois médicaments (AZT, 3TC et Abacavir), est vendu en
Afrique à 7 dollars par jour. Pour bénéficier de ces tarifs, un cadre est
fixé: faire partie d'un des quarante-neuf pays retenus, la commande doit
être passée par le biais d'un gouvernement, d'une ONG ou encore d'une
mutuelle d'une entreprise.

Des prix compétitifs mais relativement plus élevés que la fameuse
trithérapie à 1 dollar par jour proposée par le «génériqueur» indien Cipa.
«On ne se dérobe pas, se défend le représentant de Glaxo pour les pays
d'Afrique francophone. Les médicaments sont directement remis à l'acheteur,
sans frais supplémentaires. Quoi qu'il arrive, on assure
l'approvisionnement. Et au final, on vérifie que, sur place, il n'y ait pas
de trafic.»

Les autres grandes firmes ont suivi la même démarche: ainsi, Bristol Myers
Squibb (BMS) vend pour 1 dollar par jour sa bithérapie (DdI et D4T). «La
plus forte baisse de toutes les industries: 96,26 %»,insiste Amadou Diarra,
responsable du développement chez BMS. Merck propose, quant à elle, sa
molécule phare (le Crixivan, l'antiprotéase la plus utilisée au monde) à
600 dollars par an (moins de 2 dollars par jour), soit une baisse des trois
quarts.

«Mais que va-t-il se passer?, s'interroge un responsable d'uneassociation
burkinabé de soutien aux malades. Les labos peuvent affirmer une politique
et, sur place, traîner les pieds. Il n'y a que la peur de l'arrivée des
génériques qui les a fait se remuer.»

Enjeu. Le docteur Joseph Saba, dirigeant d'Axios, une société privée en
conseil de santé international, se demande si l'on n'assiste pas «à un
new-deal en gestation entre les pays pauvres et les grands labos». Ce fin
connaisseur ­ il était encore récemment l'un des directeurs de l'Onusida ­
hésite. «L'enjeu est de savoir s'il y aura demain 5 millions d'Africains
soignés contre le VIH, ou si on passe simplement de quelques dizaines à
quelques centaines de milliers.» Rien n'est encore tranché. «Les firmes
peuvent tout à fait laisser tomber le sida, et mettre la priorité dans des
recherches sur autre chose, les antidépresseurs par exemple. Ou au
contraire, par le biais du sida, tenter de mettre sur pied une
mondialisation plus responsable dans l'accès aux médicaments.».

(1) Structure regroupant toutes les agences de l'ONU concernées par le sida
(OMS, Unicef, Pnud, etc.).

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