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[e-med] John Le Carré remet en cause des laboratoires pharmaceutiques


  • From: remed@remed.org
  • Date: Fri, 28 Sep 2001 11:44:37 -0400 (EDT)

E-MED: John Le Carré remet en cause des laboratoires pharmaceutiques
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Bonjour

Pour votre weekend, je vous signale la parution en français d'un ouvrage
publié en 1999 en anglais intitulé "La constance du jardinier" de John Le
Carré, son dix-huitième roman. A sa sortie dans le monde anglophone, e-drug
s'en était fait l'écho.

Vous trouverez ci-dessous le résumé du livre et l'extrait d'une interview
exclusive qu'il a donné dans le journal Télérama de cette semaine.

Bonne lecture!

Carinne Bruneton
remed@remed.org

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Résumé

"Tessa Quayle, jeune et belle avocate anglaise a été sauvagement assassinée
près du lac Turkana dans le nord du Kenya. Son compagnon de voyage et amant
supposé, médecin africain d'une organisation humanitaire, a disparu sans
laisser de trace. Justin l'époux de Tessa, diplomate de carrière au
haut-commissariat britannique de Nairobie et jardinier amateur, se lance
dans une quête l'entraîne à Londres, puis à travers l'Europe et au Canada,
pour le ramener en Afrique jusqu'au Sud-Soudan et se terminer sur les lieux
même du crime. Une odyssée pleine de violence et de fureur où se trament les
sombres machinations de multinationales pharmaceutiques, où se nouent
d'étranges alliances politiques.

Et tandis que s'éveille la conscience de Justin, tandis qu'il se rallie à la
cause de Tessa, allant jusqu'à achever la mission qu'elle s'était assignée,
sa plus grande révélation sera la découverte de cette femme qu'il n'a guère
eu le temps d'aimer.

La Constance du jardinier mêle l'histoire bouleversante d'un homme grandi
par la tragédie et l'impitoyable exploration de la face cachée de la
mondialisation par l'un des romanciers les plus incisifs de notre époque."


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Extrait de l'interview dans Télérama n°2698 - 26 septembre 2001

[...] "Télérama: Dans la Constance du jardinier, vous mettez essentiellement
en cause les groupes pharmaceutiques. Pourquoi ?

John Le Carré : Les exemples de l'exploitation du tiers-monde par les
multinationals ne manquent pas et sont souvent terrifiants. En Afrique en
particulier. J'en cherchais donc l'illustration la plus intéressante pour
mon roman. J'aurai pu choisir les compagnies pétrolières ou l'industrie du
tabac. J'avais le choix! Mais il m'a semblé que l'exemple le plus saisissant
était celui des groupes pharmaceutiques. C'est le domaine qui nous touche le
plus intimement. C'est de notre santé qu'il s'agit, de celle d'une mère,
d'un enfant, d'un amant... Ce milieu de la pharmacie m'attirait car il est
capable du pire comme du meilleur. On pourrait certainement vivre dans un
monde sans pétrole, mais pas sans médicaments...

J'ai donc commencé mon enquête pour nourrir le livre. Je suis allé voir les
professionnels de l'industrie pharmaceutique, des associations humanitaires,
Médecins sans Frontières, de nombreuses organisations qui travaillent dans
le tiers-monde, notamment en Afrique. J'ai rencontré beaucoup de gens en
colère, entendu des histoires terribles. Des histoires de médicaments
inadaptés ou périmés écoulés dans des pays du sud, des histoires de
corruption de médecins ou de décideurs politiques, des histoires où l'argent
prime sur toute autre considération...

Télérama: Deux ans plus tard, à sa sortie en France, votre livre se retrouve
en pleine actualité. Celle de la montée des mouvements de contestation de la
mondialisation néoliérale. Vous l'aviez vue venir?

John Le Carré : il y a deux ans, le fait d'attaquer l'industrie
pharmaceutique ou les multinationales me paraissait une idée neuve. Depuis,
il y a eu les manifestations de Seattle, de Gênes... Certains m'ont fait
l'honneur de croire que j'avais contribué à donner la parole à ces
mouvements. Mais c'est faux. J'ai simplement eu de la chance ou, au mieux,
l'intelligence du moment.

Cela ne m'a pas empêché de me réjouir quand j'ai vu les grands laboratoires
pharmaceutiques contraints de battre en retraite en Afrique du Sud. Vous
vous souvenez qu'ils avaient attaqué le gouvernement de Prétoria pour
s'opposer à l'importation de médicaments bon marché contre le sida... Jusque
là, dans le tiers-monde, leur attitude était à peu près la suivante: c'est
nous qui savons, nous dépensons des fortunes pour cela, alors laissez-nous
faire, au prix qu nous fixerons. Les choses, heureusement, ont commencé à
changer. Il était temps! Quand j'ai entrepris d'écrire mon livre, 85% de la
production pharmaceutique était consommée par seulement 12% de la population
mondiale. Aujourd'hui encore, en Afrique sub-saharienne, 1% seulement des
dizaines de millions de personnes séropositives ont accès aux médicaments.
C'est de la folie! Ou, pour appeler les choses par leur nom, un génocide.
Non planifié, bien entendu. Un génocide par abandon. Toute la question est
donc de savoir comment exercer un minimum de contrôle sur l'action des
multinationales, notamment quand l'intérêt collectif est en jeu." [...]

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