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[e-med] Politique pharmaceutique en France (3)


  • From: remed@remed.org
  • Date: Wed, 12 Sep 2001 04:40:21 -0400 (EDT)

E-MED: Politique pharmaceutique en France (3)
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Pharmacovigilance : d'une "affaire" à l'autre, par Gilles Bardelay
LE MONDE | 10.09.01 | 11h56 | analyse
MIS A JOUR LE 10.09.01 | 13h17

http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3232--221141-,00.html

Patients, médecins et pharmaciens viennent une nouvelle fois de devoir faire
face aux tourmentes médiatiques du retrait mondial d'un médicament pour
effets indésirables : en l'occurrence, un anticholestérol, la cérivastatine
(Staltor, Cholstat). Ce n'est pas la première fois, ce ne sera pas la
dernière. Les médecins et les pharmaciens n'ont pas tous été déstabilisés
par cette annonce.
En particulier, les vingt-cinq mille praticiens abonnés à la revue
Prescrire, la revue française indépendante de formation médicale et
pharmaceutique, connaissaient depuis plus de dix ans le risque d'atteinte
musculaire liée aux hypolipémiants des groupes "statines" et "fibrates", ou
à leur association (n° 92 et n° 94 de la revue, parus en 1990) ; risque
rappelé par la suite à de nombreuses reprises dans la revue.

Ces lecteurs savaient de même depuis des années que la cérivastatine n'a pas
d'efficacité démontrée en prévention cardiovasculaire, contrairement à la
simvastatine et à la pravastatine, deux autres "statines"beaucoup mieux
évaluées, et qu'elle n'a pas moins d'effets indésirables (n° 190, paru en
1998). Et dès le numéro d'avril 2001, la revue signalait des cas de
rhabdomyolyse (destruction des muscles des racines des membres) imputables à
la cérivastatine.

Bien sûr, dans le cas de la cérivastatine, on doit dénoncer le cynisme
promotionnel de la firme Bayer et son manque de transparence.
Bien sûr, une fois encore, on peut souligner les faiblesses des agences du
médicament, ballottées par les firmes.
Mais surtout, on a une nouvelle fois la preuve que les médecins,
généralistes aussi bien que spécialistes, et les pharmaciens ont besoin
d'une documentation étayée et indépendante, pour y voir clair et faire les
meilleurs choix pour les patients.

Seuls les praticiens qui peaufinent eux-mêmes posément, régulièrement et
rigoureusement leur liste personnelle de médicaments de prescription ou de
conseil, à l'abri de la pression des firmes pharmaceutiques et de leurs
visiteurs médicaux, peuvent réellement apporter un service de qualité aux
patients.

Les "affaires" de pharmacovigilance surviennent en permanence. Il y quelques
mois, c'était la phénylpropanolamine, un médicament (peu efficace) contre le
rhume, qui était mis en cause comme étant à l'origine d'hémorragies
cérébrales.

Quelle sera la prochaine affaire ? Va-t-elle concerner un anti-inflammatoire
non stéroïdien ?

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont de plus en plus souvent
prescrits, dispensés et consommés, essentiellement comme antidouleur. Les
campagnes de promotion des "nouveaux" AINS concentrent l'attention sur une
hypothétique meilleure tolérance digestive. Mais qui parle actuellement des
effets indésirables extradigestifs des AINS, auxquels n'échappent pas les
substances les plus récentes ? Ces effets indésirables sont pourtant
enregistrés aussi bien en cardiologie (insuffisances cardiaques et
hypertensions artérielles iatrogènes) qu'en néphrologie (insuffisances
rénales), en urologie (cystites, en particulier avec l'acide tiaprofénique),
en dermatologie (réactions cutanées parfois graves au kétoprofène en gel ou
crème), en gynécologie-obstétrique (infertilités, atteintes du nouveau-né à
la suite d'une utilisation malgré la contre-indication au troisième
trimestre de la grossesse), etc. Sans parler de l'interaction avec les
anticoagulants oraux.

Pour limiter les risques pris par les patients, les médecins et les
pharmaciens mal documentés ne doivent pas attendre la prochaine affaire de
pharmacovigilance : il leur faut réagir et se documenter correctement.

Une formation régulière à partir d'outils fiables, et donc forcément
indépendants financièrement des firmes pharmaceutiques, est la condition
indispensable pour que les médicaments soient utilisés au mieux : quand il
faut et seulement quand il faut ; à la dose nécessaire et suffisante ; en
pesant bien les risques possibles et les effets bénéfiques espérés.

Gilles Bardelay est directeur général de la revue "Prescrire".
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.09.01

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