[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]

[e-med] France: situation des génériques en France (2)


  • From: remed@remed.org
  • Date: Fri, 7 Sep 2001 09:43:55 -0400 (EDT)

E-MED: France: situation des génériques en France (2)
-------------------------------------------------------------------------

Dans le département de la Marne, la sensibilisation des professionnels de
santé a permis de réaliser 23,6 millions de francs d'économies en 2000
LE MONDE | 07.09.01 | 10h29
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3226--220804-,00.html

REIMS (Marne)

de notre envoyée spéciale

Il aura fallu cinq ans pour que la Marne devienne l'un des premiers
départements en France dans la prescription de médicaments génériques.
Cinq années de partenariat et de multiples réunions, parfois houleuses,
entre la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) et les professionnels de
santé ? médecins et pharmaciens ? auront finalement permis de réaliser 23,6
millions de francs d'économies en 2000 (sur 1 milliard de francs de dépenses
remboursables de pharmacie). Alain Gautron, directeur de la CPAM de la
Marne, ne cache pas sa satisfaction face aux chiffres obtenus. Désormais,
dans le département, près d'une boîte de médicaments délivrée sur deux est
un générique. "Il n'est pas possible de mener une politique de maîtrise des
dépenses de santé sans une collaboration très forte avec les médecins et les
pharmaciens et sans engager d'action de sensibilisation des assurés",
insiste M. Gautron.

Tout a commencé en 1996 par un constat alarmant : les dépenses de pharmacie
dans la Marne avaient augmenté de 13 % en deux ans. La CPAM décide de lancer
une campagne de sensibilisation intitulée "Evitons d'en rajouter" à
l'attention du grand public et des professionnels. Parallèlement, un groupe
de travail était mis en place afin d'étudier les ordonnances des plus gros
prescripteurs. L'action porte ses fruits : 35 des 50 médecins concernés
acceptent de réduire leurs prescriptions.

Résultat : une économie de 2 millions de francs est réalisée. En 1998, la
CPAM table sur la promotion pour obtenir davantage d'économies.
Affiches et dépliants expliquent aux assurés sociaux que le générique est
"un médicament identique aux autres mais 30 % moins cher". En partenariat
avec la commission paritaire locale des médecins généralistes, la CPAM fait
le pari d'inciter les médecins à prescrire en utilisant le nom du principe
actif à la place de la marque, c'est-à-dire en dénomination commune
internationale (DCI).
"La prescription en DCI n'est pas reconnue officiellement. J'ai pris mes
responsabilités et j'ai demandé à ma direction nationale de pouvoir lancer
l'expérimentation", explique M.Gautron.
"La DCI a permis de trouver un terrain de consensus pour désamorçer le
conflit opposant médecins et pharmaciens sur le droit de substitution",
souligne Patrick Fortier, président du Syndicat des pharmaciens de la Marne.
"Délivrer à un patient un médicament d'un nom différent de celui qu'il a sur
son ordonnance n'était pas satisfaisant intellectuellement. La solution
c'était la DCI", insiste-t-il.

De plus, cela permettait de "libérer le médecin de toute pression
commerciale et de toute contrainte économique", ajoute Claude Bertrand,
médecin-chef de la CPAM. Dans la Marne, le choix de la prescription en DCI a
effacé les divergences syndicales. "La prescription en DCI est une bonne
chose. C'est une démarche plus scientifique qui donne une clarté plus
importante dans les prescriptions et plus de liberté face au lobby des
laboratoires pharmaceutiques", estime René Nivelet, président départemental
de la CSMF. Pour Jean-Paul Brûlé, son homologue de MG France, il est plus
logique d'"utiliser la molécule originale que d'apprendre des noms
commerciaux". De plus, considère-t-il, "la prescription en DCI replace le
médecin et le pharmacien au c?ur de leur profession".

"VRAIMENT LE MÊME PRODUIT ?"

En 1999, la CPAM engage une évaluation individuelle des médecins. 40 % des
généralistes acceptent que leurs prescriptions soient étudiées sur un mois
pour déterminer le montant des économies que chacun d'entre eux aurait pu
réaliser s'il avait systématiquement prescrit des génériques. La Sécurité
sociale évalue l'économie possible à 3 800 francs par mois et par médecin.
Chaque généraliste se voit alors remettre une plaquette comportant le
dictionnaire des DCI.
Actuellement, près de 30 % des génériques délivrés dans le département ont
été prescrits en DCI (seule ou avec le nom d'un laboratoire), 58 % l'ont été
sous nom de fantaisie et 22 % résultent d'une substitution par le
pharmacien.

"On ne peut pas dire que le générique soit facile à vendre", témoigne
Georges Placet, pharmacien à Reims. "C'est vraiment le même produit ?",
"C'est pour faire faire des économies à la Sécu ?", "Vous êtes sûr que ce
n'est pas un médicament au rabais ?", sont autant de questions
régulièrement posées par les patients. "Il faut former le personnel de
l'officine et définir dans quelles conditions on fait passer le message au
client", explique-t-il. S'il est aisé de substituer un antibiotique
d'urgence, il est beaucoup plus difficile de modifier un antidépresseur ou
un anxiolytique auquel le patient est attaché, ou encore de convaincre une
personne âgée qui a un traitement depuis plusieurs années de changer la
couleur de son médicament. "Il faut prendre le temps d'expliquer, c'est
long, et parfois à 18 heures on n'a plus envie de substituer", concède M.
Placet.

Certains clients ne veulent pas en entendre parler, d'autres écoutent
poliment puis finissent par changer de pharmacie. L'attitude diffère
également en fonction des catégories sociales. "Les personnes les plus
aisées exigent souvent le médicament ?avec une marque?, faisant valoir
qu'ils cotisent suffisamment ?pour se payer le traitement le plus cher?.
Ceux qui bénéficient de la CMU veulent être ?traités comme les autres? et
demandent le ?vrai médicament?", constate M. Fortier dans son officine. "Le
générique reste un combat de tous les jours", assure M. Placet.

S. Bl.

--
Adresse pour les messages destinés au forum E-MED:
<e-med@usa.healthnet.org>
Pour répondre à un message envoyer la réponse au forum
ou directement à l'auteur.
Pour toutes autres questions addresser vos messages à :
<owner-e-med@usa.healthnet.org>