[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]
[e-med] Recherche VIH/SIDA dans le Nord ou au Sud? (4)
- From: remed@remed.org
- Date: Tue, 12 Jun 2001 10:08:04 -0400 (EDT)
E-MED: Recherche VIH/SIDA dans le Nord ou au Sud? (4)
-------------------------------------------------------------------------
<<Je crois qu'il serait plus prudent de vérifier la véracité de certaines
informations et le pourquoi avant de demander aux gens d'envoyer des
pétitions.>> [1]
Il ne s'agit pas d'une pétition mais d'un sondage.
Tout le monde peut y répondre, par oui comme par non. Mais pour l'instant
ceux qui y ont répondu, semblent considérer plus PRUDENT d'impliquer
l'université du Botswana dans la recherche VIH/SIDA.
Les résultats actuels sont:
* 100% des réponses sont pour que les recherches se fassent
à l'université du Botswana au lieu du Harvard Institute of AIDS
* et estiment à 6,11 Millions de dollars le budget
de recherche nécessaire pour l'université du Botswana pour
entreprendre une recherche sur le VIH/SIDA
Notez que le sondage comporte plusieurs liens vers le site du Harvard
Institute of AIDS. Autrement dit les personnes qui ont répondu, pouvaient
lire la présentation de cette "collaboration" avant d'y répondre.
Voyons maintenant si vos remarques convaincront les lecteurs de venir voter
différemment. Ce sondage est là pour cela:
http://citation.thread.free.fr/survey/africanhivresearch.php3
La lecture de votre description des faits confirme qu'Harvard a le contrôle
de la recherche qui est menée sur le VIH/SIDA au Botswana.
Autant que je puisse en juger d'un entretien personnel avec l'Acting-Dean
ès sciences en novembre 2000, la faculté des sciences prenait conscience de
la nécessité de s'impliquer dans la recherche VIH/SIDA mais n'en avait pas
encore les moyens financiers de le faire.
Autrement dit, elle attendait une allocation de recherche du gouvernement
du Botswana. Mais cela prenait du temps, surtout suite à la situation de
révolte des étudiants, l'année dernière, qui dans un contexte de chômage
acceptaient difficilement l'augmentation de certaines cotisations
étudiantes.
Le sujet du VIH/SIDA est de surcroît très délicat, il touche les étudiants.
Autrement dit, le contexte est difficile pour l'université, mais cela ne
doit pas devenir une raison de prendre du retard dans la recherche et d'être
mise ainsi sur la touche (excusez cette expression à l'emporte-pièce
mais il faut contraster un peu).
Et puis par ailleurs, les chercheurs que j'ai rencontrés, se sentaient
intimidés à l'idée de se lancer dans un nouveau sujet de recherche avec une
compétition des grands laboratoires qui dominent la question du
VIH/SIDA en Afrique.
Pour lancer les choses à l'université du Botswana, il faudrait des moyens
pour attirer des professeurs, acheter du matériel, acquérir de nouvelles
collections de revues pour la bibliothèque, et enfin financer des thèses de
doctorat. Si la vice-présidente de l'université du Botswana est américaine,
je pense que rien ne s'oppose à ce que des chercheurs étrangers soient
engagés par l'université du Botswana. Si un professeur de Harvard
s'intéresse au VIH type 1C et désire venir au Botswana, je pense qu'il ne
devrait avoir aucune difficulté à obtenir un contrat avec l'université et
attirer les moyens financiers de ses recherches.
Or le Harvard Institute of AIDS bénéficie actuellement de plus de
subventions du Botswana pour sa recherche en VIH/SIDA que l'université du
Botswana elle-même. Est-ce juste?
Le VIH/SIDA est le problème numéro un du Botswana! Tout le monde est
conscient de la tragédie, il y a des annonces de décès sur les tableaux
d'affichages dans les couloirs de l'université, etc.
En fait le VIH/SIDA devrait être un thème majeur de recherche à
l'université du Botswana. Ce qu'il faut c'est une enveloppe financière avec
laquelle l'université puisse entreprendre quelque chose de concret. Comme
vous voyez, les personnes qui ont répondu au sondage jusqu'à présent, sont
très sensibles à cela!
Pourquoi un institut américain négocie directement avec un ministère et
court-circuite ainsi toute l'université?
Surtout que l'on sent le parrainage très présent des grands laboratoires
pharmaceutiques par derrière. Et puis pas des moindres.
<<The reference laboratory and the study of HIV-1C viral resistance in
Botswana are being funded with $4.9 million Secure The Future from
Bristol?Myers Squibb Company, along with funds from the Government of
Botswana and from Harvard.>> [2]
Sur une autre page du Harvard Institut of AIDS on lit encore: <<This program
is made possible by a grant from The Merck Company Foundation.>> [3]
Et puis tout cela fut négocié, avant la fin du procès de Pretoria. Et cela
comptait dans les négociations. Le Botswana était demandeur, maintenant la
situation est très différente, puisque le Botswana pourrait par exemple
copier la loi sud-africaine et négocier avec des entreprises génériques
sud-africaines, telles qu'Aspen Pharmaceuticals. Le Botswana pourrait même
devenir producteur, puisque l'un des impératifs de son économie est de la
diversifier.
Imaginez un institut du Botswana allant à la Maison Blanche et demandant le
droit de collecter du sang directement dans un hôpital américain pour
l'emporter et puis l'étudier dans son université en Afrique. Comment se
sentirait le Harvard Institute of AIDS?
Si vous relisez le sondage dans le détail, vous comprendrez que son but est
aussi de demander si oui ou non, on peut prendre des échantillons dans un
pays d'Afrique et les étudier dans un autre continent. Car cela ne concerne
pas seulement le Botswana, mais tous les pays affectés par le VIH sous-type
1C. Si l'université du Botswana ne fait pas le premier pas, alors les
autres pays auront encore moins la chance de pouvoir rentrer dans ce
domaine de recherche.
Car il s'agit d'amméliorer des médicaments pour les adapter spécifiquement
aux besoins d'autres continents:
<<HIV-1C, the focus of the reference laboratory?s research is widespread in
southern Africa, East Africa, and India.>> [2]
Or votre réponse confirme bien que les expériences seront menées aux Etats
Unis et non pas au Botswana.
Cela a une conséquence concernant les aboutissements de vos recherches et
les possibilités de brevets. A qui vont-ils appartenir?
* au Botswana
* à Harvard
* aux laboratoires pharmaceutiques
Quelles sont les conditions des contrats qui lient le Harvard Institute of
AIDS à Bristol-Squibb-Meyers et Merk?
Vous mentionnez des stages d'échange au Harvard Institute of AIDS et à
l'hôpital de Gaborone. Les deux formes sont-elles acceptables étant donné
le problème?
Vous semblez sous-entendre qu'un stagiaire d'échange revient toujours dans
son pays, mais il/elle ne le peut que dans la mesure où il existe une
infrastructure pour lui permettre d'entreprendre une recherche (lisez le
rapport HotDocs des thésards français). En vérité tout est fait pour
retenir les compétences aux Etats Unis, car un étudiant est perçu comme un
investissement. Or, votre réponse confirme que le département de biologie
de l'université du Botswana ne va pas bénéficier directement
d'investissements. Les chances qu'une personne revienne, sont faibles.
Quant au stage à l'hôpital est-ce une forme acceptable d'enseignant
recherche, il faudrait des thèses. Et comment faire une thèse sans une
université, à moins de la défendre à Harvard?
Enfin, dans le sondage, il est demandé aux personnes d'estimer combien les
professeurs du Botswana devraient obtenir pour entreprendre leurs propres
recherches sur le VIH/SIDA. Combien leur propose-t-on actuellement?
Ne s'agit-il pas de l'indépendance de la recherche face aux laboratoires
pharmaceutiques privés?
Mon impression est que les labos (Merk, Bristol?Myers Squibb), essayent de
prendre de l'avance pour garder un avantage dans la compétition
pharmaceutique en Afrique australe. Doit-on le permettre?
Je pense qu'il faut relire attentivement ce qu'a écrit le Harvard Institute
of Aids. Puis comparer cela à ce que demande Oxfam dans son essai sur les
règles de l'OMC (TRIPS/ADPIC):
http://oxfam.org.uk/policy/papers/wtorules.htm
De mon point de vue, il faut établir des règles pour donner une chance aux
pays du Sud de développer leur propres médicaments et de posséder aussi
quelques patentes. Pour cela il me semble nécessaire de réglementer que les
expériences portant sur des tissus biologiques provenant d'Afrique soient
menées en Afrique. Cela permettra d'attirer plus de chercheurs dans les
universités d'Afrique et de dépolariser la recherche scientifique sur l'axe
Nord-Sud.
Enfin, puisqu'il s'agit d'améliorer un médicament, il serait souhaitable de
licencier les départements de chimie d'afrique australe pour la production
d'une petite quantité de ces médicaments de manière à ce que les étudiants
chimistes d'Afrique apprennent ces synthèses, voire puissent proposer de
nouvelles molécules. Les accords ADPIC/TRIPS autorisent ce genre de licence
obligatoire. Et quand à la synthèse des molécules anti-rétrovirales
déjà existantes, j'ai entière confiance dans l'université du Botswana
pour trouver le moyen de la réaliser, dans la mesure où on le lui
demanderait
et que l'on lui donnerait les moyens financiers. Il me semble important
que ce savoir-faire soit représenté dans tous les pays d'Afrique australe.
En somme, il est bon de discuter de ces choses là. Merci donc d'avoir
fourni votre réponse. Voyons maintenant comment le sondage évoluera:
http://citation.thread.free.fr/survey/africanhivresearch.php3
et surtout n'hésitez pas à y participer.
Christian Labadie, M.S.
CLabadie@t-online.de
http://citation.thread.free.fr/prevges/sida.html
[1] http://www.healthnet.org/programs/e-med-hma/e-med.200106/msg00022.html
[2]
http://aids.harvard.edu/overview/news_events/news/press_releases/press_botsw
ana_lab.html
[3] http://aids.harvard.edu/eci/index.html
--
Adresse pour les messages destinés au forum E-MED:
<e-med@usa.healthnet.org>
Pour répondre à un message envoyer la réponse au forum
ou directement à l'auteur.
Pour toutes autres questions addresser vos messages à :
<owner-e-med@usa.healthnet.org>
|