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[e-med] Vaccination pour tous? Les piqûres et les bonbons de Bill Gates


  • From: remed@remed.org
  • Date: Mon, 14 May 2001 06:46:04 -0400 (EDT)

E-MED: Vaccination pour tous? Les piqûres et les bonbons de Bill Gates
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Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous l'article d'Anita Hardon au sujet du GAVI publié
dans HAI light, la revue de HAI et disponible sur son site web
http://www.haiweb.org/news/news.html

Cet article a été traduit par Solidarité Internationale et publié dans leur
numéro de journal de Mai 2001

Le BMJ a publié un article à ce sujet à l'adresse suivante :
http://www.bmj.com/cgi/content/full/322/7289/754/c

Ce thème doit être abordé par les réprésentants de HAI durant l'Assemblée
Mondiale qui ce tient cette semaine à Genève et vous trouverez lz texte
préparatoire "WHO's growing 'partnership' with the private sector:
Addressing public health needs or corporate priorities?" à l'adress
http://www.haiweb.org/campaign/PPI/wha54/briefingen.html

ainsi qu'un deuxième " Increasing and Sustaining Access to Essential
Medicines"
http://www.haiweb.org/campaign/access/wha54/briefingen.html


Carinne Bruneton
ReMeD

****************


Vaccination pour tous?
Les piqûres et les bonbons de Bill Gates

Quel rapport l'homme le plus riche du monde peut-il bien avoir avec la
politique de vaccination des enfants du monde? Bill Gates, le grand patron
de l'empire informatique Microsoft, a offert 750 millions de dollars en
faveur d'un nouveau programme international de vaccination. Avec les
partenaires et les moyens que cette initiative a reçus depuis, elle est sans
doute devenue le plus important moteur mondial sur le plan de la
vaccination. Anita Hardon, de la Health Action International, a produit un
rapport à ce sujet (1).

Anita Hardon

Cette entreprise de vaccination à grande échelle est une remarquable
histoire à succès. En 1974, moins de 5% des enfants étaient vaccinés contre
les six maladies visées à l'époque: la diphtérie, la polio, le tétanos, la
coqueluche, la rougeole et la tuberculose, bien que les vaccins ne fussent
pas chers. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avant alors lancé son
Expanded Programme on Immunisation (EPI, programme étendu de vaccination),
d'après l'exemple du programme qui avait permis avec succès d'éliminer la
variole. L'EPI allait prendre une accélération rapide lorsque fut mise sur
pied la campagne de Universal Childhood Immunisation (UCI, vaccination
générale des enfants).

En 1990, au cours du Sommet mondial de l'Enfance, l'Unicef déclara que la
campagne de l'UCI avait atteint l?objectif de 80% qu'elle s'était proposé
(2). On décida de poursuivre le travail, afin de pouvoir également
atteindre les 10 à 20% d'enfants restants. Le directeur adjoint de l'OMS
avait déclaré: «Non seulement le taux de vaccination doit être maintenu,
mais il doit également augmenter. La raison de vouloir porter cet objectif à
90% pour l'an 2000 est qu'il exige l'extension de la vaccination à la
population non encore atteinte aujourd'hui. Il s'agit des plus pauvres parmi
les pauvres, ceux qui courent les plus grands risques de mourir de maladies
faciles à prévenir par la vaccination.» (3)

Chaque année, 3 millions de morts de plus

Mais les résultats de trente ans de travail de vaccination d?enfants et d?
adultes ont commencé à dégringoler dans les années 90. Les causes ? Des
guerres, de nouvelles maladies (notamment le Sida), la lassitude des
donateurs et un changement important à la tête de l'OMC (le directeur, le Dr
Halfdan Mahler, fidèle défenseur de ?Santé pour tous? (4) , a été remplacé
par le Dr Hiroshi Nakajima, du Japon). Ces différents facteurs ont à ce
point influencé les organisations internationales qui jouaient un rôle dans
les programmes de vaccination que leur priorité s?est déplacée : au lieu de
poursuivre leurs efforts en direction des populations encore hors d'atteinte
des vaccinations, elles se mirent à travailler de façon de plus en plus
sélective, se concentrant sur des problématiques spécifiques, comme
l'élimination de la polio, et mettant l'accent sur le développement et
l'introduction de nouveaux vaccins améliorés.

Les résultats de cette politique furent désastreux. En 2000, le taux de
vaccination contre les six maladies traditionnelles était retombé
mondialement à 75% (5). Plus inquiétant encore : l'Unicef a cité 19 pays,
principalement africains, où la vaccination contre la diphtérie, le tétanos
et la polio (DTP3) est retombée sous le seuil des 50%. Dans 22 autres pays,
moins de 75% des enfants ont reçu la vaccination DTP3. Et dans certains
pays, c'était encore plus grave. Au Nigeria, la portée totale de la
vaccination a baissé de 80% en 1990 à 27% en 1998. Au Congo, durant la même
période, elle est passée de 46% à 25%. Au Togo, des 100% qu'on avait
atteint, on est retombé à 54% (6). En conséquence, on estime que, chaque
année, 3 millions de morts auraient pu être évitées par la vaccination.(7)

GAVI, la bouée de sauvetage?

Pour faire face à cette dégradation des campagnes de vaccination, une
initiative de plusieurs millions de dollars, le Fonds mondial de Vaccination
des Enfants, a été lancée par la Global Alliance for Vaccines and
Immunisation (GAVI, Alliance mondiale en faveur des Vaccins et de
l'Immunisation). Cette entreprise mi-privée mi-publique a été portée sur les
fonds baptismaux lors du Forum économique mondial de Davos, en janvier 2000.
Les membres fondateurs sont l'OMC, l'Unicef, la Banque mondiale, le Bill and
Melinda Gates Children's Vaccine Program, la Rockefeller Foundation, la
Fédération internationale des Associations de Producteurs pharmaceutiques
(IFPMA) ainsi que quelques gouvernements.

Le Fonds mondial et la GAVI ont été créés suite à une donation modeste de
750 millions de dollars de la part de la Bill and Melinda Gates Foundation
afin de réaliser un but ?simple?, à savoir: «concrétiser le droit de tout
enfant à être protégé contre les maladies pouvant être évitées par des
vaccins et qui ont leur importance dans la santé publique.» (8) Depuis
cette première donation, le Fonds mondial a vu son capital augmenter grâce à
des contributions des Etats-Unis (50 millions de $), de la Norvège (125
millions de $), la Grande-Bretagne (5 millions de $) et les Pays-Bas (100
millions de $). Ce soutien financier massif au Fonds mondial a fait revivre
la politique de vaccination.
Où la GAVI veut-elle en venir? Sa stratégie générale consiste à améliorer
l'accès à des services de vaccination durables, étendre l'utilisation de
vaccins rentables, accélérer le développement et la mise en service de
nouveaux vaccins et faire de la vaccination une priorité au sein des
programmes internationaux de développement. (9)

Les documents de la GAVI déclarent que le conseil d'administration du Fonds
mondial décide de l'octroi de fonds à des projets et programmes recommandés
par la GAVI. Le Fonds n'est pas obligé de suivre ces recommandations. A la
question de savoir qui siège au conseil d'administration du Fonds, un
responsables de la communication du Bill and Melinda Gates Vaccines
Programme a répondu qu'il y a actuellement des membres dont l'affiliation
est renouvelable, et d'autres qui font partie d'un tour de rôle (voir
encadré).

ENCADRE
Conseil d'administration de la GAVI, mars 2001

Membres permanents:

Membres : Représentés par :

Bill and Melinda Gates Foundation
Mr. William H. Gates, Sr., Co-chair et Chief Executive Officer

UNICEF
Ms. Carol Bellamy, Executive Director [présidente de juillet 2001 à juillet
2003]
Dr. Suomi Sakai, Senior Health Advisor,
Immunization Health Section

The World Bank Group
Mr. James Wolfensohn, President
Mr. Christopher Lovelace, Director, Health
Nutrition and Population

WHO (OMS)
Dr. Gro Harlem Brundtland, Director-General
[président jusqu'en juillet 2001]

Dr. Yasuhiro Suzuki, Executive Director, Health Technology and
Pharmaceuticals


Membres selon un tour de rôle

Caractère Période d'affiliation Représenté par


Fondation
Rockefeller Foundation Dr. Tim Evans, Team
juillet 99 ? juillet 01 Director, Health Sciences Division

Gouvernement
pays en voie de dével.
Bhoutan Mr Lyonpo Sangay NgedupEducation

Mali Dr. Fatoumata Nafo-Traore
janv. 01 ? janv. 03 Minister of Health

Gouvernement
Canada Dr. Yves Bergevin, Senior
pays OCDE juillet 99 ? juillet 01 Health Specialist, Canadian

International Development Agency (CIDA)
Pays-Bas Dr. E. Borst-Eilers, Deputy
janv. 00 ? janv. 02
Prime Minister and Minister for Health, Welfare and Sport
Norvège Dr. Sigrun Mogedal, State
janv. 01 ? janv. 03 Secretary

Industrie
Center for Genetic Engin-eering and Biotechnology
Dr. Luis Saturnino Herrera
pays en voie de dév.
Martinez, Director-General
janv. 01 ? janv. 03

Industrie Aventis Pasteur Mr. Jean-Jacques Bertrand
pays OCDE janv. 01 ? janv. 03 Chairman and CEO

ONG
Bill and Melinda Gates Dr. Mark Kane, Director
Children?s Vaccine Program

Institut de recherche
US National Institutes Dr. John LaMontague,
of Health (NIH) Deputy Director, National Institute
juillet 99 ? juillet 01 of Allergy and Infectious Diseases

Institut technique spécialisé dans la santé
US Centers for Dr. David Fleming, Deputy Director
Disease Control for Science and Public Health
janv. 01 ? janv. 03

FIN ENCADRE

Une première estimation de la GAVI

Le fonctionnement du Fonds mondial et de la GAVI a été discuté lors de la
première conférence biennale des partenaires de la GAVI à Noordwijk,
Pays-Bas, les 20 et 21 novembre 2000. Durant cette rencontre, les
collaborateurs de la GAVI ont présenté un survol des progrès réalisés au
cours de l'année écoulée. Par le biais d'un processus d'estimation
indépendant, le conseil d'administration de la GAVI a sélectionné 23 pays
qui entrent en ligne de compte pour recevoir du soutien de la GAVI en vue de
renforcer leurs programmes nationaux de vaccination. Ces pays ont été
recommandés au Fonds mondial.

Les détails du premier tour d'attribution révèlent qu'au total, 150 millions
de dollars seront donnés sous forme de vaccins et de soutien financier (10)
aux 13 premiers pays sélectionnés et ceci, sur une période de cinq années.
(11) Un rapport des premiers paiements mentionne qu'environ 10% de ce
soutien sert à renforcer les services de vaccination, alors que les 90%
restants iront à l'introduction de nouveaux vaccins, principalement le
vaccin contre l'hépatite B.(12) La GAVI encourage le recours au nouveau
vaccin combiné DTP-Hépatite B, surtout dans les pays dotés d'un faible
programme de vaccination.

Alma-Ata dans le coin des oubliés

Ici, la GAVI insiste sur l'introduction de vaccins nouveaux et peu utilisés.
Cela concorde avec une tendance plus générale, bien éloignée du principe de
l'égalité et de l'équité, et fondée sur le renouvellement technologique et
l'élimination des maladies au moyen des programmes de santé mondiaux. Il
s'agit d'un changement fondamental dans la politique de vaccination, qui s?
écarte des principes des soins de santé de base inscrits dans la déclaration
d'Alma-Ata.(13) . A l'époque (1978 et les années qui ont suivi, ndlr)
régnaient, à l'échelle internationale, des thèmes comme la participation de
la communauté, le droit à la santé et une répartition équitable des moyens
consacrés aux soins de santé. Aujourd'hui, au seuil d'un nouveau millénaire,
il semble que les politiciens impliqués au niveau international dans les
programmes de vaccination ne considèrent plus les pays en voie de
développement en premier lieu comme des récipiendaires pour les vaccins
essentiels disponibles à l'échelle internationale, mais plutôt comme des
marchés susceptibles d'utiliser les nouveaux vaccins.

En consacrant une si grande partie de leurs moyens à de nouveaux vaccins, la
GAVI et le Fonds mondial courent le risque d'aggraver encore l'inégalité sur
le plan de la santé dans les pays les plus pauvres qu'ils ont choisi de
soutenir. Dans neuf de ces pays, le taux de vaccination reste en dessous de
75%. Avec la nouvelle réglementation, les 25% restants demeureront
probablement sans traitement. Des enfants qui ont déjà reçu les vaccins EPI
traditionnels, seront encore protégés contre une maladie supplémentaire,
grâce à la vaccination contre l'hépatite B. Et les enfants vivant dans la
plus grande pauvreté ne bénéficieront très probablement d?aucune
vaccination.

La GAVI encouragée par l'industrie

La GAVI insiste sur l'introduction de nouveaux vaccins. L'industrie
pharmaceutique s'avère être un partenaire plus qu'obligeant dans cette
entreprise. Au conseil d'administration de la GAVI, on a prévu de la place
pour deux représentants de l'industrie, l'un d'un Etat membre de
l'Organisation de Collaboration et de Développement Economiques (OCDE) et
l'un d'un pays en voie de développement. Intéressée comme elle peut l'être,
l'industrie a également fait valoir ses conditions. Celles-ci ont été très
claires dans l'un des importants discours livrés lors de la conférence. Jean
Stephenne, le président de SmithKline Biologicals (remarquez qu'il s'agit de
la firme qui produit le vaccin DPT-hépatite B!) a parlé d'une garantie de
?prix raisonnables?, de soutien à un marché crédible et durable, de respect
des droits internationaux de propriété, d'un système de prix graduel, avec
une protection contre la réexportation du produit des pays en voie de
développement vers des marchés où l'on pratique des prix plus élevés, et
d'une interdiction de patentes obligatoires. (14)

Au cours des discussions qui ont eu lieu à Noordwijk, les représentants de
l'industrie pharmaceutique ont insisté pour qu'on fasse développer les
nouveaux vaccins nécessaires par des firmes spécialisées dans la recherche.
Ils ont insisté également sur le fait que le développement de vaccins était
trop compliqué pour des instituts publics de recherche et des producteurs
locaux installés dans les pays en voie de développement. L'intérêt personnel
d'abord? Afin d'accélérer le développement des vaccins, on a proposé de
recourir à des mécanismes de ?push & pull? (?donner des coups de pouce? à
l'offre et ?accroître? la demande, ndlr), avec des subsides du secteur
public afin de procéder aux tests cliniques et d'installer des unités de
production.

Les partenaires de la GAVI ne semblent pas du tout se soucier de quelque
conflit d'intérêts que ce soit entre les grandes entreprises orientées sur
la recherche, qui veulent des marchés pour leurs nouveaux produits, et la
santé publique, qui veut empêcher la mortalité infantile dans les pays en
voie de développement. Dans ce que l'on présente comme une situation
?gagnante sur tous les tableaux?, il y a peu de place pour les remarques
critiques.

Les points douloureux ne manquent pas

Le problème avec la nouvelle idéologie de l'interaction entre l'Etat et le
secteur privé, c?est que ses partisans sont convaincus que tout le monde
gagne et personne ne perd. Dans les programmes approuvés par la GAVI, les
gouvernements des pays en voie de développement collaboreront avec des
organisations multilatérales et bilatérales afin d'administrer aux enfants
de nouveaux vaccins chers et peu utilisés. Les enfants qui restent hors de
portée des actuelles campagnes de vaccinations seront vraisemblablement
laissés pour compte une fois de plus. Vu l'inégalité qui s'accroît en
matière d'accès aux vaccins, ce sont eux qui resteront les perdants.

Si plusieurs pays en voie de développement approuvent la politique
préconisée à Noordwijk et attendent avec impatience le soutien de la GAVI,
quelques-uns ont toutefois fait entendre un tout autre son de cloche. «Nous
savons ce qui doit se passer», a déclaré le Dr Muga du ministère kenyan de
la Santé publique. «Mais les partenaires de la GAVI ne prennent pas le temps
de s'enquérir des raisons pour lesquelles nous ne faisons pas ce que nous
devrions faire.» Il a insisté sur le besoin de soutenir le fonctionnement
des systèmes locaux et de permettre aux gens, au niveau national, de pouvoir
faire leur boulot.

C'est un fait que l'OMS et l'Unicef avaient atteint un niveau de vaccination
quasi universel en 1990. Mais où en sont-elles, aujourd'hui? Leur rôle
est-il renforcé ou affaibli par la GAVI? Au cours des deux premières années,
le directeur de l'OMS occupera les fonctions de président du conseil
d'administration de la GAVI et ce sera le directeur de l'Unicef qui lui
succédera. On ne sait pas encore très bien qui, ensuite, reprendra la
présidence. En effet, au sein de la GAVI, les organisations dépendant des
Nations unies ne sont plus dirigeantes de fait, mais sont des partenaires
intégrés, et cela suscite des questions. En ce qui concerne la personne qui
va assumer les responsabilités financières, la structure de la GAVI est fort
évasive et elle est encore plus opaque en ce qui concerne le mécanisme de
prise des décisions. Celles-ci relèvent en effet du conseil d'entreprise,
dominé par des donateurs et des délégués du Nord ? parmi lesquels la Gates
Foundation et des fonctionnaires gouvernementaux de pays qui ont cotisé au
Fonds.

A Noordwijk, la GAVI a d'abord rencontré les autres partenaires et a déjà
pris avec eux un certain nombre de décisions importantes, concernant
notamment les maladies que la recherche de vaccins et les programmes de
développement allaient cibler prioritairement. Cette première rencontre des
partenaires de la GAVI ressemblait davantage à un show de relations
publiques: les partenaires ont été informés de l'état des choses et n'ont
reçu pour ainsi dire aucune possibilité de contribuer au développement des
stratégies et des décisions. Un mode de fonctionnement à l?inverse des
structures des Nations unies, où on est censé se justifier devant
l'Assemblée générale. Et là ? ce n'est pas sans importance ? ce sont les
pays en voie de développement et non les donateurs qui ont la majorité des
voix.

Un autre souci, c?est le manque de durabilité de l'initiative de la GAVI.
Etant donné une certaine ?lassitude? de la part des donateurs, les pays en
voie de développement avaient développé des systèmes de vaccination grâce
auxquels ils étaient moins dépendants de l'aide étrangère. L'Unicef a
soutenu cette stratégie au moyen de la Vaccin Independence Initiative. Avec
la GAVI, la dépendance vis-à-vis des donateurs en vue de l'obtention de
vaccins va croître de nouveau. Et que se passera-t-il dans cinq ans, si la
donation généreuse de la famille Gates est épuisée? La volonté politique
mondiale indispensable de soutenir les programmes de vaccination dans les
pays du tiers monde existera-t-elle encore? Ou ces pays ne pourront-ils
faire autrement que de grappiller péniblement des moyens pour bénéficier des
programmes de vaccinations plus onéreux de la GAVI?

La santé, une (petite) affaire pour le privé?

Il est malaisé de critiquer une initiative en faveur de la vaccination.
Personne ne peut être hostile à ce qu?on augmente le taux de vaccination ?
et là n'est pas la question non plus. Ce qu'il convient néanmoins d'examiner
et de discuter, c'est de savoir qui va diriger cette entreprise importante
et va veiller à ce que les vaccins atteignent bien les personnes qui en ont
le plus besoin. Qui va garantir que les besoins en soins de santé ne seront
pas supplantés par les intérêts du secteur privé et de l'industrie de la
recherche? Les fondations privées qui, encore une fois, fournissent la
majorité des fonds, peuvent-elles être responsabilisées de la même manière
que le sont les gouvernements et les organisations des Nations unies? Et
est-ce bien leur rôle de donner du soutien financier afin que l'on vaccine
les enfants? Quelle responsabilité prennent les gouvernements nationaux dans
leur engagement à vouloir atteindre cet objectif primordial?


(1) Anita Hardon est professeur-assistante à l'Université d'Amsterdam, où
elle dirige l'unité d'anthropologie médicale. Elle est présidente du conseil
d'administration de la Fondation HAI pour l'Europe. Cet article est tiré, en
version condensée, de HAI-Lights, vol. 6, n° 1, mars 2001. Seuls
l'introduction et les intertitres ont été ajoutés par notre rédaction.
(2) Il s'agit d'une estimation globale: dans bien des pays, le taux de la
vaccination n'atteignait pas encore 80% et, entre les pays eux-mêmes, il
existait également des différences dans la portée de la vaccination.
(3) Henderson, 1994. p.9.
(4) Le concept ?Santé pour tous? a vu le jour en 1977 lorsque le Conseil
mondial de la Santé a établi quel devait être l'objectif principal pour les
gouvernements et l'OMS: «Pour l'an 2000, la population mondiale doit
atteindre un niveau de santé qui lui permette de mener une vie sociale et
économiquement productive.»
(5) Unicef, The State of the World's Children 2001.
www.unicef.org/sowc01/tables/table3.htm.
(6) The Boston Globe, 13 novembre 2000.
(7) Brundtland GH, Statement at GAVI symposium, Oslo, Norvège, 13 juin
2000. www.who.int/director-general/speeches/2000/20000613_oslo.html.
(8) GAVI information, 26 janvier 2001.
www.who.int/vaccines/aboutus/gavi.htm.
(9) www.unicef.org/gavi.
(10) OMS, 20 septembre 2000. www.who.int/inf-pr-2000-GAVI13.html.
(11) Les 13 pays d'origine: Cambodge, Côte d'Ivoire, Ghana, Kenya,
Kirghizstan, Laos, Madagascar, Malawi, Mali, Mozambique, Rwanda et Tanzanie.
(12) GAVI, octobre 2000. www.vaccinealliance.org/reference/1stdisburs.html.
(13) www.who.int/hpr/docs/almaata.html.
(14) Le Compulsory licensing (licence obligatoire) est prévu dans l'accord
commercial mondial sur les droits de la propriété intellectuelle (TRIPs). Il
s'agit de l'octroi d'une licence à un tiers, sans l'accord du détenteur du
brevet. Ceci peut réduire les effets négatifs des monopoles sur les brevets.
Une ?licence obligatoire? peut être accordée sur différentes bases, parmi
lesquelles la santé publique. Le détenteur du brevet reçoit un dédommagement
pour cette licence.

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