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[e-med] Mali: accès aux anti-rétroviraux


  • From: remed@remed.org
  • Date: Wed, 25 Apr 2001 13:59:33 -0400 (EDT)

E-MED: Mali: accès aux anti-rétroviraux
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L'euphorie cède au scepticisme

Panafrican News Agency (Dakar)
April 25, 2001
Posted to the web April 25, 2001

Bamako, Mali

La possibilité de fabriquer des médicaments génériques est loin
d'être à portée de main, malgré l'espoir né du récent retrait de la
plainte des firmes pharmaceutiques contre le gouvernement
sud-africain, si l'on en croit certaines voix autorisées à l'usine
malienne de Produits Pharmaceutiques (UMPP).

La plainte des firmes pharmaceutiques contre l'Afrique du sud,
rappelle-t-on, bloquait, depuis trois ans, l'application d'une loi en
faveur de l'importation, par ce pays, de médicaments génériques
anti-Sida bon marché.

"Nous ne sommes pas en mesure de fabriquer aujourd'hui des
génériques pour traiter le VIH/SIDA", déclare d'emblée le directeur
adjoint de l'UMPP, M. Bakary Nana Coulibaly, démentant ainsi une
opinion généralement répandue selon laquelle la décision de ces
firmes serait une aubaine pour les laboratoires pharmaceutiques
africains.

Cette incapacité s'explique par le fait que l'usine malienne de Produits
Pharmaceutiques "ne dispose pas encore de technologies
appropriées pour produire des cachets anti-VIH", explique ce
responsable, qui précise que seules quelques dérivés de la nivaquine
(chloroquine), du paracétamol (doliprane), d'aspirine ou
d'antibiotiques sont fabriqués par son unité et écoulés sur le marché
malien.

Pour la mise au point au Mali de médicaments génériques contre le
VIH, "il va falloir un transfert de technologie", affirme-t-il.

Pour le directeur du Centre de Soins, d'Assistance et de Conseils du
Mali (CESAC), le Dr Aliou Sylla, "l'importation, de médicaments
génériques contre le Sida doit obéir au respect de certaines normes
médicales".

Les autorités sanitaires doivent faire l'effort de n'importer que des
génériques de meilleure qualité, acquis à moindre coût. Cela pour
parer à d'éventuels cas de résistance, explique le Directeur du
CESAC.

Le tri des malades éligibles aux traitements des antirétroviraux doit
être en outre rigoureux, pense le Dr Aliou Sylla, pour qui la mise sur
pied d'un comité de sélection de malades susceptibles de suivre le
traitement serait bien indiquée.

Ces craintes sont également partagées par le Dr Bassidiki Traoré du
Programme national de Lutte contre le Sida (PNLS) qui estime que
"l'euphorie de l'arrivée prochaine des génériques ou des
antirétroviraux ne doit pas nous fait perdre de vue l'application de nos
programmes de lutte contre la pandémie".

L'implication personnelle du chef de l'Etat du Mali, Alpha Oumar
Konaré, dans les activités de lutte contre le Sida et la volonté politique
de son gouvernement se sont traduites par plusieurs actions
concrètes, y compris la mise en place d'une ligne budgétaire d'un
milliard de francs CFA pour la prise en charge des personnes
infectées ou affectées par le VIH/SIDA.

A l'instar d'autres pays africains, le Mali, rappelons-t-on, s'est engagé
dans une initiative d'accès aux soins et aux traitements, dénommée
"Initiative malienne d'Accès aux antirétroviraux".

Dans ce cadre, le pays a conclu, le 7 avril dernier, un accord avec
quatre laboratoires de recherche pharmaceutique, permettant la
fourniture de médicaments antirétroviraux à des prix pouvant atteindre
une réduction de 89 pour cent par rapport aux prix pratiqués en
Occident.

Cette réduction de coût constitue une aubaine pour les 130.000
personnes infectées, dont certaines étaient contraintes de débourser,
mensuellement, entre 310.000 et 450.000 F CFA.

Avec le concours du Centre de Soins, d'Assistance et de Conseil, une
centaine de malades maliens s'approvisionnaient librement en
médicaments antirétroviraux sur le marché occidental.

L'Etat malien, totalement absent du circuit d'approvisionnement des
malades vivant avec le VIH, n'avait alors mis en oeuvre aucune
politique.

La signature de ces accords, ainsi que la mise en place d'un
mécanisme de subvention approprié de soins, devront permettre au
Gouvernement du Mali de traiter 300 à 400 patients en 2001 et 500 à
600 patients en 2002.

L'espoir suscité par la baisse du prix des antirétroviraux s'est
cependant vite estompé chez de nombreux maliens, porteurs du virus.

La présidente de l'Association féminine d'aide et de soutien aux
veuves et orphelins du Sida (AFAS), Mme Aïssata Sacko, n'est pas
sans amertume.

"Nous avons le sentiment que les autorités veulent nous marginaliser
dans le choix des candidats aux traitements. Dès l'annonce de la
baisse du prix des antirétroviraux, beaucoup de malades anonymes
se sont déclarés porteurs du virus".

Les propos de Mme Sacko ont été confirmés au Programme national
de lutte contre le Sida où affluent, de jour en jour, plusieurs malades,
jusque-là tapis dans l'anonymat.

La présidente de l'AFAS espère du gouvernement malien
"l'implication entière des associations de personnes atteintes du Sida
dans la gestion et la distribution des antirétroviraux".

Cheick Kalil Tounkara, de l'Association malienne des personnes
vivant avec le VIH (AMPV), est plus critique envers les autorités
sanitaires.

"Nous avons toujours espéré que les personnes infectées, qui militent
dans une association, seront prioritaires dans le traitement. Au regard
de la démarche cavalière des autorités, nous ne pouvons que
désespérer", s'est-il plaint.

La disponibilité des antirétroviraux ou de médicaments génériques
anti Sida est cependant vu d'un bon oeil par le corps médical malien.

Le médecin généraliste Moctar Koné, qui exerce dans un Centre de
Santé communautaire (CSCOM), trouve louable l'initiative du
gouvernement facilitant l'accès de médicaments aux malades
maliens.

"Il était grand temps pour nous autres soignants de disposer de
médicaments efficaces pour nos patients", affirme-t-il.

Le Dr Abdoulaye Diallo, qui monnaye parallèlement ses services dans
une clinique privée de la capitale, exhorte ses homologues à plus de
diligence afin de mieux appréhender les nouveaux produits.

"Les antirétroviraux ne doivent pas être administrés à n'importe quel
patient. De sérieux critères médicaux et bio cliniques doivent être
établis avant le début d'un traitement. Il va falloir que le personnel
socio-sanitaire s'y mette pour se mettre à niveau", laisse-t-il entendre.

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