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[e-med] Lettre ouverte de MSF au président et au gouvernement français


  • From: remed@remed.org
  • Date: Thu, 19 Apr 2001 03:23:21 -0400 (EDT)

E-MED: Lettre ouverte de MSF au président et au gouvernement français
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17 avril 2001 - LETTRE OUVERTE

A l'occasion de la reprise du procès demain à Pretoria, MSF adresse
aujourd'hui une lettre ouverte au Président et au gouvernement français.

Cette lettre est publiée dans le quotidien "Le Monde", daté du 18 avril
2001.


Monsieur le Président de la République française,
Monsieur le Premier Ministre,
Messieurs les Ministres de la Santé et du Commerce

Paris, le 17 avril 2001


Le 18 avril, à Prétoria, en Afrique du Sud, reprendra un procès qui retient
toute notre attention tant ses conclusions et son retentissement seront
déterminants pour les médecins impliqués dans les soins aux plus démunis.

Il n'est plus acceptable pour nous et nos patients de se voir refuser
l'accès à des médicaments efficaces. Abandon de la recherche pour les
maladies tropicales, abandon de la production de certains médicaments
essentiels et prix prohibitifs pour les nouvelles molécules conduisent à
des situations catastrophiques. L'épidémie de paludisme qui a touché un
million de Burundais, l'hiver dernier, constitue un exemple frappant de
l'impasse dans laquelle nous nous trouvons. En effet, la majorité de ces
malades a été traitée avec de la chloroquine dont l'inefficacité est
établie dans tous les pays de la région. Des alternatives thérapeutiques
existent mais leur coût interdit pour l'instant leur utilisation élargie.

Les malades atteints du sida sont un autre exemple de cette situation
inacceptable. Alors que l'Afrique du Sud prend un tournant décisif pour
permettre à ces patients de bénéficier de traitements, 39 compagnies
pharmaceutiques, parmi lesquelles Aventis, une entreprise française, ont
engagé une action en justice contre le gouvernement sud-africain. Elles
demandent que celui-ci retire une loi, votée en 1997 et bloquée depuis,
destinée à rendre les médicaments plus accessibles. Cette loi permettrait à
de nombreux patients atteints du sida ou d'autres maladies d'obtenir à un
prix abordable les médicaments essentiels à leur survie.

L' enjeu de ce procès est de savoir si la priorité sera donnée au maintien
des profits de l'industrie pharmaceutique, au détriment de l'accès à des
médicaments vitaux pour les malades. Les compagnies pharmaceutiques ont,
certes, besoin de la protection assurée par les brevets pour financer leurs
recherches. Mais cet argument est irrecevable car les bénéfices réalisés
sur la vente des anti-rétroviraux depuis le milieu des années 1990
devraient permettre, aujourd'hui, aux patients les plus menacés de disposer
d'un traitement.

Les compagnies pharmaceutiques le savent bien et elles ont déjà proposé, en
marge du procès, des tarifs préférentiels pour certains médicaments. Mais
ces annonces ne constituent pas une réponse durable et la vie des malades
ne peut dépendre de ces offres « promotionnelles ».

Depuis le 11 mars dernier, plus de 250 000 personnes à travers le monde se
sont mobilisées aux côtés de Médecins Sans Frontières en signant une
pétition qui demande aux compagnies pharmaceutiques de retirer leur plainte
sans condition. Les 626 membres du Parlement Européen, des représentants
des gouvernements belge, allemand, hollandais et danois ont pris, pour leur
part, des positions publiques fortes en soutien au gouvernement
sud-africain et en faveur de l'accès aux médicaments pour les pays pauvres.


Parce que le défi posé par l'absence d'accès aux médicaments essentiels
pour les plus démunis réclame de l'ambition, mais aussi une forte volonté
politique, nous nous adressons à vous. En demandant à la société Aventis de
retirer sa plainte, en soutenant les initiatives des pays désireux de
favoriser l'accès aux médicaments vitaux et en participant à l'élaboration
de politiques appropriées, la France pourrait jouer un rôle de premier plan
dans la mise en place de solutions plus équitables.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, Monsieur le
Premier Ministre et Messieurs les Ministres à l'expression de ma haute
considération.


Jean-Hervé Bradol
Président de Médecins Sans Frontières

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