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[e-med] Distribution des médicaments et législation communautaire


  • From: remed@remed.org
  • Date: Tue, 10 Apr 2001 05:49:37 -0400 (EDT)

E-MED: Distribution des médicaments et législation communautaire
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[Modérateur: s'informer sur l'évolution de la distribution des médicaments
en Euroe est important pour le marché pharmaceutique d'Afrique
francophone... Dans cet article, on souligne notamment les problèmes de la
traçabilité et de la responsabilité pharmaceutique...CB]

La distribution des médicaments en France sous le choc de la législation
communautaire

LE MONDE ECONOMIE | 09.04.01 | 10h42

Habitudes de prescription et de consommation diverses, législations et
systèmes d'assurance maladie différents... l'Europe des produits
pharmaceutiques reste très hétérogène. Grosso modo, on peut opposer les pays
latins aux pays anglo-saxons. " Dans la plupart des pays latins, explique
Jean-Marc Liberman, président de la commission économie de la Fédération des
syndicats pharmaceutiques de France, le pharmacien doit être propriétaire de
son officine et n'a pas le droit d'en avoir plusieurs. En Angleterre, une
même personne peut détenir plusieurs pharmacies, et celles-ci peuvent être
créées avec des capitaux étrangers à la profession."

L'Allemagne se rattache plutôt aux pays du Sud, mais il n'y existe pas
denumerus clausus ni de critères géographiques et démographiques à
l'installation comme en France. La concurrence y a entraîné une plus forte
concentration des pharmacies : 21 000 officines desservent 80 millions
d'habitants, alors que dans l'Hexagone on en dénombre 23 000 pour 60
millions d'habitants. Quant aux chaînes de pharmacies, elles prospèrent en
Grande-Bretagne, s'installent en Norvège, Belgique, Irlande et commencent à
s'attaquer à l'Italie.

Evolution souhaitable ? Dans sa "charte", le groupement pharmaceutique de
l'Union européenne, qui regroupe des syndicats d'officines, estime que " le
pharmacien doit être propriétaire de la pharmacie afin d'éviter que les
intérêts étrangers à la santé publique n'interviennent dans la distribution
du médicament".

"Le vrai sujet n'est pas le monopole du pharmacien, peu contesté, mais le
service rendu au patient par le système de distribution", estime Bernard
Lemoine, vice-président délégué du Syndicat national de l'industrie
pharmaceutique. En privé, certains responsables de l'industrie du médicament
avancent d'autres arguments : " Le droit pharmaceutique français interdit la
rationalisation de la carte des officines par la concurrence", dit l'un
d'eux. " Et la modernisation de la profession", ajoute-t-il.
Et de citer la Finlande, l'Italie où les réseaux se développent ; la
Hollande ou l'Allemagne où le suivi pharmaceutique des patients est mieux
assuré ; ou d'évoquer encore le développement de l'automédication un peu
partout en Europe, sauf en France, car le pharmacien " ne joue pas le jeu",
l'informatisation des officines qui resterait en France très comptable et
fort peu médicalisée, etc.
D'ailleurs, la Cour des comptes dans son rapport 1999 sur la Sécurité
sociale n'a-t-elle pas estimé que le coût de la distribution était trop
onéreux et a recommandé une réflexion "sur des adaptations de nature
structurelle" ? La France se distingue aussi sur un autre point : c'est l'un
des rares pays au monde, où la répartition des médicaments est placée sous
le contrôle d'un pharmacien. " Jusqu'il y a peu, explique Jean Lorenzi,
coauteur d'un livre sur La Distribution pharmaceutique en France(Editions
scientifiques et médicales Elsevier, 2001), on ne voyait pas, au niveau
européen, l'intérêt de maintenir cette distribution sous monopole
pharmaceutique." Curieusement, c'est l'affaire de l'encéphalite spongiforme
bovine qui a fait évoluer la réflexion. " Les pays anglo-saxons, commente
Jean Lorenzi, réfléchissent à l'intérêt d'avoir une surveillance sanitaire
de la circulation des produits destinés à l'usage humain, les médicaments
comme les denrées alimentaires."

TRAÇABILITÉ

Ce contrôle pharmaceutique semble d'autant plus nécessaire que le commerce
parallèle des médicaments a désormais la bénédiction de la Cour de justice
des Communautés européennes au nom du sacro-saint principe de la libre
circulation des marchandises. Un décret devrait sortir prochainement en
France pour tenir compte des injonctions des instances européennes.

Actuellement, un laboratoire connaît par avance les lieux de
commercialisation de ses lots de produits et les distribue dans les
différents pays de l'Union par l'intermédiaire d'un grossiste ou d'un
dépositaire qu'il désigne. Mais, demain, rien n'empêchera un importateur de
racheter un lot fabriqué en Allemagne à destination de l'Espagne et de le
reconditionner pour le revendre en France moins cher que le produit
similaire. Rien, si ce n'est le bon vouloir des grossistes-répartiteurs.
Ceux-ci craignent évidemment la concurrence d'un intermédiaire d'un genre
nouveau qui se spécialiserait dans les produits à forte demande.

Comme le montrent les chiffres de la chambre syndicale de la répartition
pharmaceutique (CSRP), 75 % des médicaments délivrés par une pharmacie se
vendent à moins d'une unité par mois et seuls 2 % tournent à raison de plus
de 10 unités. Autant dire que les grossistes-répartiteurs, dont la mission
est d'être capables de fournir dans les 24 heures à l'ensemble des
pharmacies d'un territoire donné n'importe quel médicament autorisé, ne
tiennent que grâce aux produits à forte rotation. " Ce sont eux qui nous
permettent de livrer au pharmacien rural le produit rare pour une pathologie
rare. Si on nous retire ces 2 %, nous sommes morts", commente Olivier Le
Guisquet, directeur général de la CSRP.

Dans ce circuit "parallèle", le laboratoire risque de perdre toute
traçabilité de ses propres produits et de ne plus pouvoir en garantir la
qualité. D'où l'idée qu'il faut organiser ce commerce en le plaçant sous une
surveillance pharmaceutique. On pourrait donc assister en Europe à un double
mouvement : revaloriser le rôle du pharmacien dans les circuits de
distribution pour garantir la sécurité sanitaire, mais assouplir le droit
pharmaceutique pour les rationaliser économiquement.

Pierre-Yves Poindron

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Une forte concentration

LE MONDE ECONOMIE | 09.04.01 | 10h42

Les produits distribués par les trois premières sociétés européennes de
répartiteurs - Gehe-OCP, Phoenix Pharma, Alliance Unicem - représentaient 57
% du chiffre d'affaires total des médicaments vendus au sein de l'Union.
Dans deux ans, ils en réaliseront sans doute les deux tiers. En France, il
faut également compter avec la CERP, un réseau de coopératives représentant
25 % du marché.

Mais il existe aussi une concentration verticale. Certains grossistes
rachètent des pharmacies. Gehe a racheté plusieurs dizaines de pharmacies
communales en Italie. Alliance Unichem a créé sa propre chaîne, Moss (730
pharmacies au Royaume-Uni, une soixantaine en Norvège), s'installe en
l'Italie et la Hollande et lorgne sur le Danemark et l'Irlande. L'idée est
de diminuer les coûts et d'augmenter les marges, tout en se diversifiant
dans des services tels le recueil de données, l'analyse des ventes et les
études de post-marketing.

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