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[e-med] [e-med ] Traitement de la trypanosomiase


  • From: Carinne.Bruneton
  • Date: Wed, 28 Feb 2001 02:26:30 -0500 (EST)

E-med: Traitement de la trypanosomiase
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Des vies africaines ne tiennent qu'à un poil américain
La maladie du sommeil soignée avec un remède cosmétique.
Par SANDRINE CABUT
Libération
Le mercredi 21 février 2001

La mouche tsé-tsé tue toujours
Quasiment disparue pendant la période coloniale, la maladie du sommeil
(aussi appelée trypanosomiase africaine) revient en force depuis les années
70 en Afrique. Près de 60 millions de personnes sont exposées à l'une ou
l'autre de ses deux formes, l'une évoluant plus rapidement que l'autre. Le
nombre de malades est compris entre 300.000 et 500.000, et les décès sont
estimés à 150 000 par an.
La maladie est provoquée par un parasite transmis par la mouche tsé-tsé.
Elle évolue en deux phases, la première, pauvre en symptômes, dure en
moyenne deux ans. Ensuite, le parasite gagne le cerveau et les méninges,
entraînant un coma progressif. Sans traitement, la maladie est mortelle.

D'un côté, des milliers d'Américaines qui disposent depuis quelques mois
d'une crème pour gommer les poils disgracieux de leur visage. De l'autre,
des dizaines de milliers d'Africains atteints par une maladie
potentiellement mortelle, la maladie du sommeil, et menacés par l'épuisement
des stocks d'un des médicaments les plus efficaces, la DFMO. Grâce aux
premières, les seconds vont pouvoir continuer à être soignés, car la crème
anti-hirsutisme et le traitement qui peut sauver des vies en Afrique sont
issus d'une seule et même molécule: l'eflornithine. Et les laboratoires
Bristol-Myers Squibb (BMS), qui commercialisent la crème Vaniqa (en
collaboration avec la firme Gillette), viennent d'accepter de fabriquer
spécifiquement des ampoules de DFMO. Celles-ci seront fournies gratuitement
à hauteur de 60 000 doses annuelles pendant trois ans, une quantité qui
devrait suffire à couvrir les besoins mondiaux.
Ce sont Médecins sans frontières (MSF) et l'Organisation mondiale de la
santé (OMS), à l'origine de l'accord avec BMS, qui distribueront les
traitements. Si la fin de l'histoire est aussi heureuse, c'est bien grâce à
l'acharnement de ces deux organismes qui n'ont cessé de se battre pour que
l'eflornithine ne disparaisse pas de la pharmacopée.
Produit miracle. L'épopée commence vers 1985, quand le laboratoire américain
Merrel-Dow, qui travaille sur les propriétés anticancéreuses de la DFMO,
découvre presque par hasard ses effets sur le parasite de la trypanosomiase.
Des essais sont menés en Afrique au début des années 90, sous l'égide de
l'OMS. Les résultats sont si spectaculaires (certains malades semblent
sortir du coma presque comme par miracle) que Merrel-Dow se lance dans la
production. Des cures d'eflornithine en injections intraveineuses sont
proposées aux patients qui sont dans la deuxième phase de la maladie (lire
encadré ci-dessous), en cas d'échec du mélarsoprol. Celui-ci est un vieux
médicament à base d'arsenic, certes actif, mais très toxique puisqu'il tue
directement 5 à 10 % des patients.
En 1995, après cinq ans à peine de production, le laboratoire - alors en
phase de fusion avec Hoeschst - décide d'arrêter définitivement
l'eflornithine. L'antiparasitaire, vendu à prix coûtant à l'OMS, n'est pas
rentable. Pour calmer les esprits, le laboratoire cède les droits
d'exploitation de la molécule à l'OMS. A charge, pour l'organisation, de
trouver un fabriquant. Des dizaines de laboratoires sont contactés, sans
succès car les prix proposés sont trop élevés. Les malades ne sont cependant
pas privés de traitement. Le laboratoire, devenu Aventis après des fusions
successives, fournit des stocks à l'OMS et à MSF.
Mais les réserves finissent par s'épuiser. «Il y a dix-huit mois, la
situation est devenue franchement préoccupante, se rappelle le Dr Jean
Jannin (spécialiste de la maladie du sommeil à l'OMS). Pour l'eflornithine,
il devenait évident que l'on tomberait en panne avant la fin de l'année
2001. Quant aux autres traitements, leur situation n'était guère plus
brillante. Qu'il s'agisse des médicaments destinés aux phases précoces de la
maladie (pentamidine ou suramine), ou de ceux s'adressant aux phases
tardives, comme le mélarsoprol ou le lifurtimox (une alternative à
l'eflornithine), tous étaient plus ou moins menacés. Les laboratoires Bayer
et Aventis se demandaient s'ils allaient poursuivre la production pour cette
indication.»

Alors, quand MSF et l'OMS ont appris l'été dernier que Bristol-Myers Squibb
s'apprêtait à commercialiser une crème dépilatoire à l'eflornitine, ils ont
repris espoir... et contacté avec la firme. «Nous n'avons pas été étonnés de
cette indication, note Jean Jannin. Comme beaucoup d'anticancéreux,
l'eflornithine fait tomber poils et cheveux.» BMS devrait prendre le relais
dès le mois de juin, ce qui permettra d'échapper à la rupture de stock.
Sursis. Mais que se passera-t-il dans trois ans? «Ce que nous souhaiterions,
souligne Cécile Gutman (MSF France), c'est que BMS continue à assurer la
production, à un prix raisonnable: 10 dollars l'injection.» Du côté du
laboratoire, on répond s'être engagé sur le principe de l'aide aux deux
organisations, mais les termes précis de l'accord restent, semble-t-il, à
trouver. En tout cas, les malades sont sauvés pour quelque temps. Et, comme
un bonheur n'arrive jamais seul, «les négociations avec Aventis et Bayer
pour les autres médicaments de la maladie du sommeil sont aussi en bonne
voie», annonce Jean Jannin.
Posté par CB

Jérôme Dumoulin
IREPD
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tel 33 4 76 82 54 50

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