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[e-med] Barrages africains et catastrophes sanitaires
- From: remed@remed.org
- Date: Tue, 2 Jan 2001 08:22:55 -0500 (EST)
E-MED: Barrages africains et catastrophes sanitaires
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Les barrages africains peuvent engendrer des catastrophes sanitaires
Le développement de l'irrigation dans les pays pauvres ne s'accompagne pas
suffisamment d'études d'impact préalables sur les populations locales. D'où
la prolifération de maladies graves favorisées par la mise en eau permanente
des terres agricoles.
OUAGADOUGOU (Burkina Faso),
le Monde du 21 décembre 2000
La création de 1 200 hectares de rizières dans la plaine de Loumana, en
1957-1958, a suscité une flambée d'onchocercose (cécité des rivières) qui a
ruiné l'aménagement de cette région du Burkina Faso. Pas moins de 15 % des
femmes et de 20 % des hommes adultes sont devenus aveugles en cinq ans.
Entre les casiers rizicoles, de petites chutes d'eau fournissaient des
conditions propices à l'installation permanente de larves de simulies, alors
qu'auparavant les seuls gîtes larvaires naturels étaient saisonniers.
Lors du colloque international « Eau et santé - Impacts sanitaires et
nutritionnels des hydro-aménagements en Afrique » qui s'est tenu à
Ouagadougou, au Burkina Faso, du 21 au 24 novembre 2000, André Prost
(OMS-Genève) a énuméré les principales catastrophes sanitaires qui ont
jalonné la réalisation des barrages africains. A commencer par le premier
barrage d'Assouan, construit par les Britanniques en 1902. La mise en eau
progressive de l'installation a favorisé l'expansion de la bilharziose chez
les riverains, la faisant passer d'un taux de 10 % en 1934 à 75 % en 1937.
Une épidémie de paludisme, la plus grave jamais observée dans le monde sans
doute, y fit également 130 000 morts en 1942-1943. En 1968, au Ghana, 90 %
des enfants de 10 à 14 ans habitant près des rives du barrage d'Akosombo ont
été atteints par la bilharziose en quelques mois à la suite de la création
de la retenue d'eau. Actuellement, les effets les plus néfastes sont dus au
barrage anti-sel de Diama, entre Sénégal et Mauritanie, qui a provoqué une
importante épidémie de bilharziose intestinale.
Pour analyser les causes de telles catastrophes sanitaires, de nombreuses
équipes de chercheurs ont étudié les différents facteurs qui facilitent
l'irruption de maladies dans des zones peu touchées avant l'édification de
barrages. Pascal Handschumacher (Institut français de recherche pour le
développement, IRD-France) et deux de ses collègues du Sénégal et de Côte
d'Ivoire se sont penchés sur une épidémie de bilharziose intestinale apparue
en 1988 au Sénégal. La maladie s'était alors développée dans la ville de
Richard-Toll, située en plein coeur du Sahel, un secteur très éloigné de son
aire endémique. L'exploitation de la canne à sucre sur 6 000 hectares de
terres irriguées et l'installation d'une usine de transformation avaient
drainé une très importante main-d'oeuvre vers cette région. Mais l'absence
d'un réseau d'eau potable et des maladies.
La plupart des travaux indiquent que de tels problèmes pourraient être
limités, voire éliminés, si une étude d'impact sanitaire et social était
réalisée avant la construction d'un nouvel ouvrage hydraulique. La
consultation de toutes les parties concernées et, en particulier, des femmes
dont le rôle est essentiel dans la vie locale, conduirait à
l'établissement d'un projet global intégré où l'on éviterait d'opposer les
différents techniciens entre eux ou encore les techniciens avec les
décideurs », plaide Blaide Sondo, chercheur au CNRST.
LUEUR D'ESPOIR
Si les risques sanitaires liés à l'eau sont en général connus, les
aménageurs eux-mêmes les considèrent encore trop souvent comme secondaires.
Bien souvent, « personne ne prend en compte les conséquences d'une retenue
d'eau sur la santé car nous manquons d'une culture de la santé publique »,
précise Matthias Somé, du ministère de la santé à Ouagadougou. Le docteur
Jean-Philippe Chippaux, de l'IRD-Sénégal, exprime sa frustration à ce sujet
: « Nous disposons à la fois des moyens et des stratégies pour lutter contre
le paludisme, la bilharziose et l'onchocercose. Mais sur le terrain, les
populations ne suivent pas les procédures et la continuité administrative
fait défaut. »
Face à ce constat négatif, le colloque de Ouagadougou laisse néanmoins
percer une lueur d'espoir. Des techniques limitant la diffusion d'une
maladie existent. Les Chinois contrôlent la bilharziose dans les canaux
d'irrigation en creusant deux canaux parallèles mis en eau alternativement.
La succession des assèchements empêche le développement des mollusques.
D'autres études indiquent que les répercussions sanitaires de la mise en
eau d'un barrage ne sont pas toutes dramatiques et varient fortement d'une
région à l'autre. Les ouvrages hydrauliques de Côte d'Ivoire (Soubre,
Kossou) n'ont pas entraîné de catastrophe, ni ceux d'Afrique centrale. En
Chine, les barrages ont régularisé les cours d'eau, évité les inondations et
contribué à la régression du paludisme.
Dans l'état actuel des choses, la suppression de l'irrigation n'est pas
envisageable en Afrique, car « l'objectif de l'autosuffisance alimentaire
n'est pas encore atteint », a rappelé Moïse Sonou, responsable de la mise en
valeur des eaux au bureau régional pour l'Afrique de la FAO. « Un hectare
irrigué produit deux à trois fois plus qu'un hectare non irrigué », a-t-il
précisé. Actuellement, le rendement moyen des zones irriguées en Afrique est
de 4 à 5 tonnes à l'hectare, et celui de la riziculture pluviale sans
irrigation de 1 tonne à l'hectare.
Au sud du Sahara, seulement 3 % des terres cultivées sont irriguées.
D'ici 2025, la pression démographique rendra le problème de l'eau encore
plus crucial. Une dizaine de pays se retrouveront en état de stress
hydrique, avec moins de 1 000 mètres cubes d'eau par tête d'habitant »,
ajoute le spécialiste. Il faudra alors trouver d'autres stratégies que la
simple construction de barrages, en améliorant la « productivité de chaque
goutte d'eau » grâce à des techniques d'économie de l'eau ou de collecte
plus efficace de l'eau de pluie.
Christiane Galus
[Informations complémentaires disponibles sur le site de l'IRD
http://www.ird.fr/fr/inst/actualites/dossiers/eau-sante.shtml
Posté par CB]
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